U LE TRADUCTEUR AC LECTEUR
défiance continuelle et le soupçon où vivaient vainqueurs et vaincus, Espagnols, Juifs et Maures; au dehors, chez les populations conquises, les idées d’indépendance proclamées et répandues par ce qu'on appelait l’esprit nouveau, la Réforme, et l’esprit de rébellion contre le rôle de l’Espagne, défendant l’unité catholique dont Philippe II s’était fait le champion.
De là le besoin de cet agent docile, de cette institution puissante qui, approuvée par le gouvernement et le peuple, vit son autorité se maintenir jusqu’en 1808, servant à la fois les vues politiques du premier, répondant aux convictions religieuses du second, si hostile aux ennemis de la foi, et poursuivant la liberté de penser, sous prétexte de diriger les consciences. De là la nécessité de YIndex expurgatoire , catalogue des livres dont la lecture était défendue et au moyen duquel l’Inquisition, si habile à découvrir le moindre soupçon d’hérésie, pesait d’une manière fatale sur toutes les intelligences, et contribuait, avec les autres causes déjà indiquées, à la décadence et à la ruine de l’Espagne.
Malgré ces entraves, l’esprit public s’élève et sc développe, sous le règne de Charles-Quint, paries rapports entre l'Italie et l'Espagne. Les étudiants espagnols fréquentent les Universités italiennes, les poêles vont vivre à Rome et à Naples, et les vice-rois emmènent une cour de littérateurs. On le voit donc, les forces intellectuelles de l’Espagne sont soumises aux influences de la civilisation italienne et les événements politiques se réflètent dans la littérature. Mais à travers ces causes générales, on distingue aussi des causes particulières qui, moins fortes en apparence, n'ont pas laissé de produire de grands effets. C’est ainsi qu’une conversation de Boscan,à Grenade, avec Navagiero, ambassadeur de Venise auprès de Charles- Quint, nous vaut le Cortesano et l’introduction de l’école italienne dans la littérature castillane. Garcilaso de laVega continue l’œuvre de Boscan. Fatigué d’une vie aventurière et guerrière, nous le voyons, après bien des infortunes, s’adonner à la poésie et imiter avec succès Pétrarque, Bembo, l’Arioste et Sannazar. La forme du mètre italien est également adoptée par Fernando de Acufia, qui met en vers italiens la traduction en prose castillane d’un poëme français; elle l’est aussi par Gutierre de Cetina, par Diego de Mendoza, par Lope de Vega lui-même. Elle a bien à subir les attaques de Cristobal de Castillejo, qui flagelle les disciples de Boscan, dans sa satire contra los que dejan los métros easlcllanos y siguen los italianos ; les invectives d’Antonio de Villegas, les discussions de Gregorio