‹ Histoire de la littérature espagnole de G. TicknorChapitre 5 sur 65 · I.E TRADUCTEUR AU LECTEUR · texte numérisé non relu

I.E TRADUCTEUR AU LECTEUR

Silvestre , d’Argote de Molina ; mais, dans celte lutte, la vieille école nationale cède au goût du jour, et, après avoir flotté dans l’incertitude, après avoir écrit tantôt pour tantôt contre, le plus grand nombre des poètes acceptent, pour la poésie lyrique et la poésie pastorale, les formes italiennes.

Pendant ce temps, la poésie didactique, qui ne se composait guère que de preguntas y respueslas, devient plus grave et plus sérieuse. Les gloses et les proverbes reçoivent de meilleurs développements, et les œuvres didactiques se changent en Livres de Problèmes, Décades des Césars , Horloge des Princes , Lettres familières; en traités scientifiques, politiques et philosdpbiques dont Ticknor nous donne les titres et l’appréciation. Le mélange des Espagnols avec les diverses nations devait nécessairement importer quelques éléments étrangers dans l’idiome national castillan. Il est certain que l’étude des vocabulaires, des dictionnaires, des dialogues des langues, peut nous faire comprendre comment et à quelle époque se sont successivement introduits les mots américains, allemands, italiens, français, dont ils nous signalent l'existence dans la langue castillane ; comment et par quelles transformations le castillan a fini par être prédominant sur tous les autres dialectes parlés dans la péninsule ibérique, jusqu’au point de devenir la langue officielle de l’Espagne, et de compléter par là le travail de centralisation de la monarchie espagnole, dont Madrid était devenue la capitale.

C’est dans cette prose castillane que Diego de Mendoza compose son Lazarillo de 'formes, modèle et type du genre picaresque, qui depuis a eu tant d’imitateurs; sa Guerre des Morisques, où des narrations dignes de Tite-Live se mêlent à des traits dignes de Tacite. C’est dans cette prose que les chroniqueurs officiels et les historiographes de Charles-Quint, racontent, avec plus ou moins de méthode, les événements de son règne agité; que s’écrivent les chroniques du Nouveau-Monde, où les récits de Fernand Cortez, de Gomara, de Bernai Diaz del Castillo, d’Oviedo, de Las Casas, de Sépulveda, sans compter ceux que l’Espagne conserve encore inédits dans ses bibliothèques, font oublier les narrations des vieilles chroniques espagnoles. C’est dans cette prose que Cervantès nous donne son immortel Don Quichotte, ses Novelas exemplares; Quevedo, son Gran Tacaào, cette satire si mordante contre tous les ordres et toutes les conditions de la société du temps ; ses lettres du Caballero de la Tcnaza, ses Visions et ses Sue/ios, où

LE TRADUCTEUR AU LECTEUR apparaissent les brillantes qualités de l’esprit le plus hardi, le plus original, le plus indépendant.

Quel que soit l’écrivain qui passe sous nos yeux, dans les chapitres de ce volume, Ticknor le prend et ne le quitte qu’après l’avoir examiné sous toutes ses faces, analysé sous tous les points de vue. Son origine, sa naissance, sa famille, son éducation, ses études, ses voyages, s’s amis, ses ennemis, grands et petits, ses relations avec les ministres et les ambassadeurs, ses rapports avec la cour et la ville, tout, jusqu’aux moindres détails de la vie intime, trouve sa place dans les tableaux que nous trace sa plume. Les questions de théorie littéraire sont loin d’être négligées suivant le genre de l’auteur : soit que, poète, il tire de son imagination féconde les sujets de ses compositions; que, dans l’ode, il puise ses inspirations aux sources sacrées ou aux vieilles romances nationales; que, dans la pastorale, Théocrite ou Virgile lui serve de modèle ; que, dans la satire, Juvénal ou Perse lui prête son fouet; soit que, prosateur, il invente ou s’approprie les données de ses romans, de ses contes, de ses nouvelles; qu’il expose dans un ordre nouveau les faits de l’histoire, ou que sa palette donne des couleurs plus vives aux tableaux divers qui nous représentent la vie et les mœurs contemporaines.

Le lecteur s’apercevra aisément de la justesse de ces observations, surtout pour la poésie dramatique, dans l’examen des œuvres de Lope de Vega et de Caldéron , ces immortels auteurs du théAtre espagnol, autour desquels viennent se grouper tant d'autres écrivains d’un génie inférieur. En parcourant les pages que Ticknor consacre au théâtre, on est frappé de la profondeur d’études et de vues qui lui ont été nécessaires pour saisir et résumer, d’une manière si nette et si vive, toutes les questions relatives à l’art dramatique. Là nous trouvons tout ce qui concerne / les origines du théâtre, en Espagne, l’influence de l’Église, l’autorité de l’Inquisition, le goût du peuple pour les autos et les représentations scéniques, comme le peu d’action que les traductions des pièces de l’antiquité ont exercé sur le théâtre national, dont le caractère n’a rien de commun avec la tragédie ou la comédie classique.

Dans le premier volume, nous avons vu les origines de ce théâtre, avec les simples églogues et dans le singulier mélange des églogues de Juan de l’Encina et des comédies de Torres Naharro. Ici nous suivons Lope de Rueda, auteur et acteur, donnant, avec ses troupes

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