LEONOR
Cura con ella Mi vida en estando mala.
GUTIERRE.
Pues con esta condicion Te la doy.
C'est incontestable, il n’y a que le théâtre espagnol où l’on puisse représenter une pareille scène : mais c’est aussi incontestable, malgré la violation de lout principe de morale chrétienne, elle est entièrement dans le caractère national, et elle a toujours été reçue avec applaudissements jusqu'à nos jours (1).
El pintor de su deshonra est un autre drame basé sur l’amour, la jalousie et le point d'honneur ; dans cette pièce, un mari sacrifie sa femme infidèle et son amant; il reçoit encore les félicitations des pères de chacun d’eux qui, suivant l’esprit de chevalerie espagnol, approuvent non-seulement le sacrifiée de leur propre enfant, mais offrent encore leur personne au mari offensé, pour le défendre contre les dangers auxquels il se trouverait exposé, par snite de l’assassinat qu’il vient de commettre (2). A secreto agravio sécréta renganza est une troisième pièce appartenant à la même classe et finissant tragiquement comme les deux autres (3). •
Sur ma porte, parce que l’honneur, — Avec le sang, seigneur, se lave. — le hoi. Donne-la donc cette main, à Léonore; — Je sais que ses qualités — La méritent. GUT1EHHE. Oui, je la lui donne, — Mais, regarde, elle est baignée — Dans du sang, Léonore. léonore. Peu m’importe, — Elle ne m’étonne ni ne m’épouvante. — gctierre. Considère que j’ai été médecin — De mon honneur; mais je n'ai pas oublié — La science, léonobe. Guéris par elle — Ma vie, si elle est malade. — gutierre. A cette condition, — Je te la donne. (Jornada III.)
(1) El Medieo de su honra, Comedias, tom. VI.
(2) El pintor de su deshonra, Comedias, tom. XI.
(3) A secreto agravio sécréta Venganza, Comedias, tom. VI. Caldéron affirme, à
HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAi NOLE
Comme spécimen des effets de pure jalousie et de la puissance avec laquelle Caldéron porte sur la scène ses terribles résultats, le drame intitulé : El magor momtruo los celos y tetrarca de Jérusalem (1), doit être préféré à tous ceux qu’il nous a laissés. Il a pour sujet l’histoire bien connue, tirée de Josèphe, sur la cruelle jalousie d’Hérode, le tétrarque de Judée, qui donna deux fois l’ordre de faire périr Marianne, sa femme, dans le cas où il n'échapperait pas vivant, lui-méme, aux dangers auxquels il était exposée dans scs luttes successives contre Antoine et Octave, de crainte qu'après sa mort, elle ne fut possédée par un autre (2).
Dans les premières scènes du drame de Caldéron, nous trouvons Hérode qui aime passionnément sa femme, alarmé par une prédiction lui annonçant qu’il doit détruire, de sa propre dague, ce qu'il aime le plus au monde, et que Marianne doit être sacrifiée au plus formidable des monstres. En même temps nous sommes informés que le tétrarque, dans l’excès de sa passion pour sa belle et aimable femme, n’aspire à rien moins qu’à la domination du monde, que se disputent alors entre eux Marc Antoine et César Octave, empire qu'il ne convoite, lui, que pour venir le déposer à ses pieds. Pour obtenir l’objet de ses désirs, il unit en partie son sort à la fortune d'Antoine, mais il succombe. Octave découvre son projet, il le mande en Égypte pour qu’il lui rende compte de son gouvernement. Parmi les dépouilles qui tombent, après la défaite d’Antoine. entre les mains de son rival, se trouve un portrait de Marianne. Le général romain en devient tellement épris que, malgré la fausse nouvelle de la mort de l'original, Hérode, à son arrivée en Égypte, trouve la peinture de sa femme retracée partout et Octave victime de l'amour et du désespoir.
La jalousie d’Hérode n’a maintenant d’égale que son amour sans limites; voyant qu’Octave est sur le point de se porter sur Jérusalem, il se laisse aller àsa terrible influence. La crainte et la douleur l’aveuglent :
Ia fin, la véracité de ce fait, arrivé à Lisbonne peu de temps avant l’embarquement du roi D. Sebastien pour l’Afrique, en 1578.
(1) Le plus grand Monstre, la Jalousie et le Tétrarque de Jérusalem, Cumedias, tom. V
(2} Josephe, de Belle juduido, liv. I, chap. xvu-xxii, et Antiquit. Judaïcx. liv. XV, cbap. il, etc. Voltaire a pris la même histoire pour sujet de sa Marianne, représentée, pour la première fois, en 1724. Dans une brochure anonyme, publiée à Madrid, en 1828, in-18, et écrite par D. Augustin Duran. De l'influence qu'a exercée la critique moderne sur la décadence de l'ancien théâtre espagnol , on peut lire un excellent examen critique de la comédie de Caldéron (pp. lOti-l 12).
il envoieun vieil ami, un ami fidèle, avec l’ordre écrit de tuer Marianne, dans le cas où il viendrait à mourir, mais il ajoute avec tendresse :
Pero no sepa que yo Soy el que morir la manda,
No me aborrezca ri instante Que pida al cielo venganza. (1)
Son fidèle serviteur veut lui adresser quelques réflexions; Hérode l'interrompt :
Cal! a
Que sé que tienes razon, Pero no puedo escucharla. (21
Puis, dans son désespoir, il s'écrie :
Esteras altas, Cielu, sol, luna y estrellas, Nubes, granizos y escarchas, i, No hay un rayo para un triste?
Pues si ahora no lo gastas,
/.Para cûando, paracüando - Son, Jupiter, tus venganzas?(3)
Marianne obtient secrètement communication des projets d'Hérodc et, quand il arrive dans les environs de Jérusalem, elle demande avec grâce et succès sa vie à Octave, qui accorde avec plaisir une faveurà l’original du beau portrait qu'il a tant aimé inconnu. Il se montre inénte assez magnanime pour ne pas faire périr un rival que sa trahison laissait sans aucun droit à l’indulgence.
Dès que Marianne a la promesse assurée que son mari sera sauvé, elle se retire avec lui dans la partie la plus intime de son palais, et là, son amour blessé et outragé lui reproche ses desseins sur sa vie. Elle lui annonce en môme temps sa résolution de se retirer dès ce moment, avec ses femmes, dans la solitude et le veuvage, en proie à une douleur perpétuelle. Mais cette même nuit Octave parvient à pénétrer dans sa retraite, afin de la protéger contre la violence de son mari dont il a, lui aussi.
(1) Mais qu’elle ne sache pas que c’est moi — Qui la condamne à mourir; — Qu'elle ne m’abhorre pas au moment — Où elle demandera vengeance au ciel.
(2) Tais-toi, — Je sais que tu as raison, — Mais je ne peux l’écouter.
(3) Sphères sublimes, — Ciel, soleil, lune et étoiles, — Nuées, grêle, givre, — N’avez-vous pas un coup de foudre pour frapper un malheureux? — El si tu ne la lances pas maintenant, — Pour quand, pour quand, — Jupiter, réserves-tu ta vengeance? (Jornada 11.)
découvert les projets. Marianne refuse d’admettre avec lui que son mari ait des desseins contre sa vie : elle défend son seigneur et maître, elle se défend elle-même avec amour et héroïsme. Elle veut fuir, Octave la poursuit et au même instant, Hérode entre. Il les suit; une lutte se déclare immédiatement. Les lumières sont éteintes; dans la confusion Marianne tombe sous les coups que les bras de son mari adressaient à son rival. Ainsi s'accomplit la prédiction du commencement de la pièce que Marianne périrait par la dague de son mari, victime du plus redoutable des monstres, c’est-à-dire, suivant l'interprétation, de la jalousie.
Le dénoùment, quoique prévu, est habilement conduit à sa lin et il produit une impression profonde, soit sur le spectateur, soit même sur le lecteur. En effet, il ne semble pas que cette atroce et violente passion puisse être mise sur la scène à un degré plus terrible. La jalousie d’Othello, avec laquelle on l’a le plus aisément comparée, a quelque chose de moins noble, elle en appelle à des terreurs plus grossières. La jalousie d'Hérode n’a d’autre fondement, dès le principe, que la crainte de pressentir sa femme, après sa mort, en possession d’un rival qu’elle n'aura jamais vu, avant la mort de son mari ; jalousie étrange àlaquelle il veut même sacrifier la vie d’une épouse vertueuse et innocente.
Malgré la différence des deux drames, ils offrent cependant plusieurs points accidentels de ressemblance. Ainsi, dans la comédie espagnole, nous avons une scène de nuit où les femmes de Marianne la déshabillent et lui chantent, pendant que ses pensées sont toutes pleines des pressentiments de sa destinée, ces vers d’Escrivà qui font partie des moineaux choisis de la vieille poésie espagnole, insérée dans le premier Cancionero général.
Ven, muerte, tan escondida Que no te sienta venir,
Porque et placer de morir No me vuelvaà dar la vida (1).
Paroles charmantes qui nous rappellent immédiatement la scène qui précède la mort de Desdémone, lorsqu’elle parle avec Émilie qui la déshabille etqu’elle chante en même temps la vieille ballade du Saule : « Willow, Willow. »
,1) Viens, 6 mort, niais si cachée — Que je ne te sente pas venir, — Afin que le plaisir de mourir — Ne vienne pas me redonner la vie. — Voyez aussi Las Manos blancas no ofenden de Caldéron, Jornada II, où cette strophe est reproduite, et le Cancionero general, 1573, fol. 185. Lopc de Vega en fit la glose (Obras, tutu. XIII, p. 256), el Cervantès la cite (Don Quichotte, Part.II,chap xxxvni), tant elle a été admirée.
Nous nous rappelons encore la défense d'Othello par Desdémone jusqu’au moment de sa mort, dans la réponse de Marianne à Octave la pressant d’échapper avec lui à la violence de son époux.
El labia mudo ■
Quedô al veros, y al oiros Su aliento le restiluyo,
Animada para solo Deciros que algun parjuro,
Aleve y traidor, en tanto Malquisto concepto os puso.
Mi esposo es mi esposo ; cuando Me mate algun error suyo,
No me matara mi error \ lo sera si dèl huyo.
Yo estoy segura, y vos mal Informado en mi disgusto,
Y cuando no lo esluviera,
Matândome un punal duro,
Mi error no me diera muerte,
Si no mi fatal intlujo ;
Con que viene à importar roenos Morir inoccnle, juzgo,
Que vivir culpada à vista De las malicias del vulgo;
Y asi, si alguna fineza He de dcbcros, prestimo Que la mayor es volveros. (t)
Nous pourrions citer d’autres passages : quelque frappants qu’ils soient, ils n’augmentent en rien l’intérét essentiel du drame. Cet intérêt consiste dans la peinture du caractère héroïque d'Hérode, emporté par une jalousie cruelle dont la beauté et l'innocence de sa femme ne
(t) Les lèvres restent — Muettes A votre vue; en vous entendant, — Mon âme reprend son haleine — Et s’anime seulement — Pour vous dire qu’un parjure, — Un audacieux et un traître a pu — Vous inspirer une pensée si funeste. — Mon époux, c’est mon époux; lors même — Qu’une de ses erreurs me tue, — Mon égarement ne me tuera pas, — Et cela en serait un que de le fuir. — Je suis tranquille et vous, vous êtes mal — Informé de mes malheurs, — El si je ne l’étais pas, — Un dur poignard servirait à me luer, — Mon erreur ne me donnerait point la mort, — Mais bien ma destinée fatale. — Il importe moins, en effet, — De mourir, selon moi, innocente, — Que de vivre coupable, exposée — Aux malices du vulgaire. — Et si, de quelque témoignage de délicatesse — Je vous suis redevable, je présume — Que le plus grand que vous puissiez me donner, c’est de vous en retourner. (Jomada III).
triomphent qu’au moment de sa mort. Au-dessus d’eux, la dague fatale est suspendue menaçante, comme l’inévitable fatalité de l'ancienne tragédie grecque que les spectateurs seuls voyaient, en assistant aux luttes inutiles des victimes, pour échapper à une destinée où chacun de leurs efforts les engageait de plus en plus.
D'autres drames de Caldéron se basent, pour leur succès, sur un haut sentiment de loyauté, sans le moindre mélange d'amour ou de jalousie, ou seulement à un faible degré. Le plus remarquable d’entre eux, c’est El principe constante (J). Il a pour sujet l'expédition contre les Maures d’Afrique, entreprise en 1438, par D. Fernando, infant du Portugal, expédition qui se termina par la déroute complète des envahisseurs devant Tanger, et par la captivité du prince lui-même, qui mourut dans un misérable esclavage, en 1443. Son corps resta pendant trente années au pouvoir des infidèles, jusqu’à ce qu’il fût enfin conduit dans sa patrie, à Lisbonne, et enseveli avec un profond respect comme les restes d'un saint et d’un martyr. Caldéron trouva cette histoire dans les vieilles et belles chroniques portugaises de Joan Alvarez et de Ruy de Pina. Mais il rendit volontaires les souffrances du prince, il donna ainsi au caractère de don Ferdinand le dévouement de Régulus, et en fit le sujet d'un drame profondément tragique, basé sur l’honneur d'un patriote chrétien (2).
(1) Le Prince constant, Comedias, tora. III. Cette pièce a été traduite en allemand par A. W. Schlegel, jouée et admirée sur les théâtres de Berlin, de Vienne, de Weimar, etc.
(2) Caleeçdo de livros inedilos de Hist. portuguesa. Lisboa, in-fol., tom. I, 1790, pp. 290-294, ouvrage excellent, publié par l’Académie de Lisbonne et édité par te savant Correa de Serra, ancien ministre de Portugal aux États-Unis. L’histoire de D. Ferdinand est aussi racontée par Mariana, llistoria (tom. II, p. 345). Mais ta source principale  laquelle puisa Caldéron, c’est, sans aucun doute, la Vie de l'Infant, par son sincère ami et serviteur Joan Alvarès, imprimée pour la première fois, en 1527. 11 en a été fait un extrait, inséré avec de longs morceaux de l’original dans la Leben des standhaflen Prinzen, ta Vie du Prince constant, Berlin, 1847, in-8°. Pour éclaircissement à tout ce qui est relatif à ce prince, on peut encore lire une livraison de Schulze intitulée : U cher den standhaflen Prinzen, et imprimée à Weimar en 1811, in-12, au moment où ta traduction de Schlegel, mise sur la scène, sous les auspices de Goethe, était au milieu de ses succès sur le théâtre de Weimar, et que le rôle de D. Ferdinand était rendu avec beaucoup de talent par Wolf. Schulze exagère la valeur poétique du drame de Caldéron. le Prince constant, jusqu’à le placer à côté de la Divine Comédie. Mais il discute avec la plus grande habileté ses mérites comme œuvre dramatique, et il en explique les
divers éléments historiques.
La première scène est d'une grande beauté lyrique : elle se passe dans les jardins du roi de Fez dont la fille est éprise, suppose-t-on, de Muley-Hassan, général en chef des troupes de son père. Immédiatement après arrive Hassan, annonçant l'approche d’une (lotte chrétienne commandée par les deux infants du Portugal; Hassan est envoyé pour empêcher leur débarquement : il ne peut y réussir, et il est fait lui-mômc prisonnier par don Ferdinand en personne. Suit un long dialogue entre le captif et son vainqueur, entièrement composé d'une malheureuse amplification d'une belle romance de Gongora : Junte à mi casa civia; dans le but d'expliquer l'attachement du général maure pour la fille du roi, et la probabilité d’après laquelle, s’il continue d’étre prisonnier, elle se verra contrainte d’épouser le prince du Maroc. L’infant de Portugal, dans sa générosité chevaleresque, met son prisonnier en liberté, sans rançon. A peine l’a-t-il fait qu’il est attaqué par une forte armée aux ordres du prince de Maroc, et qu’il tombe lui-même prisonnier.
Dès ce moment, commencent pourFerdinand ces épreuves de patience et de courage qui donnent le titre à ce drame. Tout d’abord le roi le traite avec générosité. Il pense en faire l’échange pour Ceuta, forteresse importante, récemment conquise par les Portugais, et leur premier établissement en Afrique. Or, c’est là ce qui constitue le plus grand obstacle. Le roi de Portugal, mort de. douleur en recevant la nouvelle de la captivité de son frère, a laissé, c’est vrai, une clause dans son testament spécifiant la reddition de Ceuta et la rançon du prince; mais lorsque Henri, un de ses frères, apparaît sur la scène et annonce qu’il vient remplir cet ordre solennel, Ferdinand l’interrompt tout à coup dans sa proposition, et révéle immédiatement toute l’énergie de son caractère.
No prosigas, cesa,
Cesa, Enrique ; porque son Indignas palabras esas,
No de un portugués infante,
De un maestro que profesa De Cristo la religion,
Pero aun de un liombre lo fueran Vil, de un bùrbaro sin luz De la fe de Cristo elerna (I).
(t) Ne continue pas, cesse, — Cesse, Henri; parce que — De telles paroles sont indignes — Non-seulement d’un infant de Portugal, — D’un maître qui professe — La religion du Christ ; — Mais elles le sont même d’un homme — Vil, d’un barbare, sans lumières — De la religion éternelle du Christ. —
Mi hermano, que esté en el cielo,
Si en su testamento déjà Eaa clàusula, no es Para que se cumpla y lea,
Sino para mostrar solo Que mi libertad desea.
Y esa se busqué por otros Medios y otras conveniencias,
O apacibles o crueles ;
Porque decir : Dëse â Ceuta,
Es decir : Hasts eso haced Prodigiosas diligencias.
Que un rey catôlico y justo i, C6mo fuera, cômo fuera Posible entregar â un Moro Una ciudad que le cucsta Su sangre, pues fué el primero Que con sola su rodela
Y una espada enarbolô
Las quinas en sus almenas? (1)
Sur cette énergique et décisive résolution, dont la vieille chronique ne donne aucune indication, se fonde le reste du drame. Son enthousiasme profond est exprimé dans ces mots singuliers de l'infant en réponse â la question que renouvelle le roi maure : Por que no me dos Ceuta ? Pourquoi ne me donnes-tu pas Ceuta? question à laquelle Ferdinand répond fermement et simplement : Porque es de Bios, y no es min , parce qu'elle appartient à Dieu et non â moi. En conséquence de cette détermination linale, D. Ferdinand est réduit à la condition d’esclave ordinaire. Ce n’est pas un des incidents les moins émouvants du drame que de le voir au milieu des autres captifs portugais avec lesquels il va travailler, etqui
(i) Mon frère, qui est au ciel, — A-t-il laissé dans son testament, — Cette clause; ce n'est pas — Pour qu'elle s’accomplisse et se lise, — Mais seulement pour montrer — Qu’il désire ma liberté. — Et cette liberté se recherche par d’autres — Moyens et d'autres mesures, — Ou douces ou cruelles. — Dire, en effet, qu’on rende Ceuta, — C’est dire : Faites à ce sujet — De prodigieuses diligences. — Si un roi est catholique et juste, — Comment lui serait-il, comment lui serait-il — Possible de livrer à un Maure — Une ville qui lui a coûté — Tant de sang ; et c’est lui le premier — Qui , seulement armé de son bouclier — Et d’une épée, arbora — Les étendards sur ses tours ? (Joraada II.)
La lecture du Prince constant nous laisse i peine asses de temps pour rappeler que ce don Henri, un de ses principaux personnages, est aussi ce prince à l’esprit élevé et cultivé qui fit tant d'efforts pour pousser à la découverte des Indes Orientales.
ne le reconnaissent pas, se promettant la liberté par tes efforts dont ils connaissent sa noble nature capable pour eux. lorsque l’échange, qu’ils regardent comme si raisonnable, l’aura rendu à leur patrie.
A ce moment, entre en jeu un autre yessort dramatique, la reconnaissance du général maure. Il offre à Ferdinand les moyens d’évasion : mais le roi découvre leurs relations et enchaîne son général par les liens d’une honorable lidélité, en le constituant seul gardien du prince. Cette mesure exige de don Ferdinand un nouveau sacrifice. Non-seulement, il conseille ù son généreux ami de garder sa fidélité à son roi, mais il l’assure que d'autres moyens d’évasion lui seraient ils même offerts, il n’en prendrait aucun avantage, si, par une pareille conduite, l'honneur de son ami devait être en danger. Cependant les souffrances du prince infortuné s’augmentent par de cruels traitements, par des travaux intolérables, jusqu’à ce que ses forces se brisent. Il ne cède pas encore. Ceuta reste à ses yeux comme une place sacrée, sur laquelle la religion l’empéche d’exercer le contrôle qui pourrait lui rendre sa liberté. Le général maure et la fille du roi intercèdent d'un autre côté, mais en vain pour lui. Le roi est inflexible et don Ferdinand meurt enlin, par suite de privations, de misère et de douleur. Son Ame reste inébranlable et son héroïque constance soutient notre intérêt pour sa destinée jusqu’à la dernière extrémité. Immédiatement après sa mort une armée portugaise arrive pour lui rendre sa liberté. Dans une scène nocturne, d'un grand effet dramatique, il apparaît à la tête des guerriers, revêtu du costume de l’ordre religieux et militaire, avec lequel il désirait être enterré, et une torche à la main, il leur désigne la victoire. Les Portugais obéissent à cet ordre surnaturel ; un entier succès en est la conséquence. Ce dénoûment iherveilleux,qui délivre ses restes sacrés de la souilluredes Maures, cadre fort bien avec le pathétique romantique et le sublime enthousiasme des scènes qui nous y conduisent.