‹ Histoire de la littérature espagnole de G. TicknorChapitre 7 sur 65 · I.E TRADUCTEUR AU LECTEUR · texte numérisé non relu

I.E TRADUCTEUR AU LECTEUR

nuevo tnundo de Crislobal Colomb; par l’histoire nationale, comme El ultimo Godo , Bernurdo del Carpio en Francia; par l’histoire étrangère, comme l’usurpation de Boris Godunow, la conquête de l’Arauco, la bataille de Lépante; que ce soient ces drames sans nombre, tirés de la vie commune, comme la Moza de canturo , El sabio en su casa ; les comcdius de ruido et les comedias de apariencias; les succès de l’auteur et le goût populaire pour les représentations profanes alarment l’Église toute-puissante qui fait fermer les théâtres. Lope de Vega s’adonne alors aux comédies qu’il tire de la vie des saints populaires, aux comedias de sanlos , aux Autos sacramerdalcs dont la /on, l’en Ire} nés, avec la Tarasca, les Gigantones et les Carros, font les délices de la population madrilègne, le jour de la fête du Corpus Chrisli. Le point saillant du théâtre de Lope, c’est qu’il sacrifie tout à l’intérêt du sujet et au goût du public. Pour plaire aux spectateurs, histoire, géographie, convenances morales, régularité du drame, tout est foulé aux pieds par notre auteur. D’un autre côté, il relève ses pièces par l’intrigue comique, par ses graciosos , et par ses picaros qui n’en sont qu'une variété dramatique, par son style, par le charme de ses vers, où il mêle habilement les vieilles romances qui flattent tant l’orgueil national. Toutes ces qualités donnent à Lope une réputation sans égale sur le théâtre espagnol, qu’il a occupé pendant près de quarante années, et lui acquièrent au dehors, en France et en Italie, une renommée, justifiée par ses immenses succès populaires et par son extraordinaire puissance d’improvisation.

A côté de ce monarque absolu de la scène, apparaissent les poètes des écoles de Séville et de Valence et les disciples de Lope de Vega, qui pour se faire une réputation accourent tous à Madrid, devenue la véritable capitale de la monarchie espagnole. Au milieu d’eux nous distinguons Guilten de Castro, qui inspire le Cid à Corneille ; Montalvan, à qui Raynouard doit les Templiers; Tirso de Molina, dont le Jîurludor de Scvilla est le type primitif du Don Juan, joué sur toutes les scènes d’Europe, et, parmi nous surtout, dans le Festin de Pierre de Molière ; Alarcon, dont la Verdad sospechosa sert de modèle au Menteur , et tous ceux qui, appartenant au clergé ou à la noblesse, et ne voulant pas être connus comme auteurs dramatiques, composent pour la scène, sous la dénomination nébuleuse de Jngenios de esta corte.

Mais le rival le plus éminent de Lope de Vega est sans contredit D. Pedro Caldéron de la Barca. Poète, distingué dans les concours

LE TRADUCTEUR AU LECTEUR vil

poétiques, dès l’Age de vingt ans, il se vit attaché à la cour, sous le règne de Philippe IV, avec obligation de fournir des drames aux théâtres royaux.

Durant une existence de quatre-vingts ans, consacrée aux lettres, il écrivit un grand nombre de pièces pour Tolède, pour Séville, pour Madrid, loasÿ entremescs, autos , toutes allégoriques, tirées tantôt des Écritures saintes, tantôt mêlées à l’histoire nationale ; des cometlias de santos, des comedias devolas , des comédies de cape et d’épée. Si, dans les drames de Lope, l’on peut voir Adam et Ëve paraître vêtus à la française, veslidos de franeeses y muy galanes , et les Espagnols débarquer sur les côtes de la Hongrie, on peut dire que l'histoire et la géographie sont également absentes dans les pièces de Caldéron. Ici, Coriolan est un général de Romulus; Véturie, une des Sabines enlevées; le Danube coule entre la Suède et la Russie; Jérusalem est située sur les bords de la mer, et Hérodote donne la description de l’Amérique. Malgré ses erreurs, Caldéron charmait son public. C’est que ses drames étaient remplis d’aventures extraordinaires, de retours de fortune inattendus, de déguisements, de duels, de méprises de tout genre ; c'est que des ressorts inconnus étaient mis en jeu pour augmenter la vivacité de l’action et l’intérêt des personnages. C’est que partout ce sont les Espagnols de son temps qu’il représente sur la scène, avec des allusions flatteuses pour les personnes, ou rap- \ pelant des événements agréables aux auditeurs, tant de la cour que de la ville. C’est que, plus que tout autre, dans une versification riche et harmonieuse, il provoque la curiosité et attire l’attention par la peinture extravagante de l'amour, de la jalousie, de la loyauté, du point d’honneur, des droits domestiques portés au suprêmfe degré de l’exagération.

Telle est la substance de ce second volume oii le lecteur trouvera, sur la prose et la poésie espagnoles, une multitude de faits intéressants, de détails inconnus qu’il m’était impossible de relever dans les lignes qui précédent. Je ne peux ni ne veux répéter ici ce que j’ai dit ailleurs sur tout ce qu’il y a de savoir et d’érudition dans les notes placées par Ticknor au bas de chaque page. Mais qu’il me soit permis de prier le lecteur de ne pas négliger les notes et additions des traducteurs et des commentateurs espagnols. Il y trouvera d’heureux compléments de tout ce qu’il a pu apprendre dans le travail de l’historien américain. Je crois qu’après avoir étudié le chapitre relatif au matériel du théâtre, aux troupes d'acteurs, aux

vin

Page 1