‹ Histoire de la littérature espagnoleChapitre 35 sur 70 · AUTOR · texte numérisé non relu

AUTOR

Pienso yo que en tal defecto Cae presto el coraxon.

Del DO sabio en religion, Creyendo que a lo perfecto Puede dar mas perfldon.

Este mal tiene el glosar :

Luego i Dk» quiere enmeiHliir.

saDl. Et ma peine, c'est de voir — Le danger qu'il y a pour tous — Degloier ou deckairr ~ Ce qu'ordonne le Dieu trè8-haut« — Puisqu'il ordonne, obéissei-liilt — Ne lejifei pMi maiscroyes-le ; — Celui que Dieu doit entendre — DoitsaToir ce qu'il sait.

l'aotedr. Je pense, moi, qu*cu tille faute — Tombe promptement le csmr — De FigaonMoi religion, — Croyant que, à ce qui est parfait, — On peut donner plat de perfccti— i— Obi le défaut du glosateur ; — U Teut bientôt corriger Dieu.

Oviedo, daDS ses Quinqttagenas, dit, en parlant de D. Diego Lopei de Haro, « qa il fat le miroir de la galanterie de son temps , qu'il fut très-connu, tant pour ta mvices dans la guerre de Grenade que pour la manière dont il remplit wmi iml— i^f à Rome » (voyez Clémencin, Blémoirei de VAcad. roy. d'hisMre, tom. VI, p. 4t4). Diego figure aussi dans Vinfiemo de Amor de Sanchez de Badajox» et • insérées dans le Cancionero général de 1573, fol. 82-90, et ailleurs.

(1) Ce Davalos fut le fondateur de la fortune de la famille dont le marquia de 1 était un membre si distingué du temps de Charles-Quint Son premier exploit Mb mort qu'il donna en combat singulier, et en présence des deux annéesi à nachm* lier portugais. Il s'éleva jusqu'aux fonctions de connétable de GasIîUe. (IfiiMi de don Hemando Davalos^ marquis de Pescara^ Anvers, 1&S8, in -13, UticI. cb. I.)

(2) Outre les poésies de cet auteur insérées dans les Canciofierof gémirmu^ pv exemple,' dans celui de lô73, fol. 148-52 et 189, il existe un manuserit à la BibUfllh^ que de TAcadémie royale d'Histoire de Madrid portant le n** 144, et qui oodImbIIh GBuvres de ce poète. Alvarez Gato fut un personnage important de son tempe. WmxvH dans les affaires d*Ëtat les rois D. Juan II, Henri IV, Ferdinand et IsabcUe. Ane D. Juan II, il vivait dans les termes de la plus grande amitié. Un joar, le roi, voyait qu'il manquait à une chasse, demanda où il était à ceux de sa suite, el ceox-ct !■ ayant répondu qu'il était indisposé : •< Allons le voir, reprit le roi, e'esl on ds av amis, et nous devons aller le voir . » Il quitta donc la chasse et vînt visiter le poAe. Alvarez Gato mourut après 1495. (Jeronimo Quintana, iiistoria de Madridf Madrid 1629, in-fol.,fol. 22.)

Les poésies de Gato ont de nombreux rapports avec les affaires publiques deiM temps. Mais, en général, comme toutes les autres compositions caractérisaBl Vé\ où les premières ont été écrite», elles ont un air d'afféterie et de cour et sont ] toutes consacrées à l'amour ou à la galanterie. Plusieurs ont cependant plos de fpâcv et de naturel que beaucoup d'autres vers de ce genre. Telle esl la réponse que Ch11«

d'Astorga, Diego de san Pedro et Garci Sanchez de Badajoz. Ce dernier est un poëte dont la versification constitue le principal mérite , niais il a été longtemps cité par les poètes, qui lui ont succédé, en raison de ce qu'il devint fou par amour (1). Ils appartiennent tous à l'école courtisanesque, et nous savons peu de choses sur chacun d'eux, à part les allusions de leurs poésies, et ces dernières sont tellement fastidieuses par leur pesanteur identique que leur lecture n'est plus qu'une tâche pénible.

Le vicomte d'Âltamira, par exemple, a composé un long et fati* gant dialogue entre le Sentiment et la Connaissance; Diego Lopez de Haro, un autre entre la Raison et la Pensée ; Heman Mexia, un autre entre le Sens et la Pensée; Costana, un autre entre l'Affection et l'Espérance. Ils appartiennent tous à cette classe de poésies à la mode, appelées moralités ou discussions morales, toutes sur la même mesure et dans le même style, toutes ayant une contre-partie grave, pleine de subtilités métaphysiques et pauvre d'idées. D'un auti*e côté, nous rencontrons des poésies erotiques dont quelques-unes, comme les Lecciones de Garci Sanchez de Badajoz sur le livre de Job, les stances de Rodriguez del Padron sur les dix commandements et celles du plus jeune des Manrique sur les formes de la profession monastique, appliquées avec irrévérence à la profession d'amour, sont, on peut le croire, essentiellement irréligieuses, quoiqu'elles aient été différemment considérées à l'époque où elles furent écrites. Dans toutes ces compositions, ou du moins dans toute la série d'ouvrages de vingt auteurs différents qui remplissent cette partie du Cancionero, nous trouvons à peine une pensée poétique, excepté dans les pièces d'un petit nombre de poètes que nous avons déjà fait connaître et dont

poète à une dame qui lui parle raison et à laquelle il dit qu'il Ta perdue dès qu'il l'a vue, puis il continue en ces termes :

Si qaeres que de Terdad Tome i roi senso y sentido , Usad agora bondad; Tomame mi libertad E pagaine lo serfido.

5t vous Toutes en ? érité -- Me voir reprendre raison et bon lens, ~ lises maintenant de bonté; — Rendez-moi ma liberté — El payez moi mes 8ervices«

(1) Mémoires de V Académie royale d^Hisloire, tom. VI, p. 404. Les Lecciones de Job, p.ir Badajoz, ont été comprises des les premiers instants dans V Index expurgatoire de rinquisition.

les principaux sont le Marquis de Santillane, Juan de Mena et le plus jeune des Manrique (1).

Immédiatement après la série d'auteurs que nous menons de mentionner, nous trouvons une collection de cent vingt-six Cancioms ou chants, portant les noms d'un grand nombre de poètes et de gentilshommes espagnols des plus distingués du quinzième siècle. Pres^ que toutes ont une construction régulière et se composent chacune de deux stances, la première de quatre, et la seconde de huit vers : la première exprime Tidée principale, la seconde la répète etTamplifie. Ces Caîiciones nous rappellent, sous certains rapports , les sonnets italiens ; mais leur mouvement est plus serré, et leur alliance avec la pensée est plus naturelle. A peine peut-on en trouver une dans la collection du Canciotiero qui soit aisée et coulante. La pièce suivante, de Carthagène, nom qui se présente souvent, et qui appartient à Fud des membres de cette famiUe juive qui s'éleva si haut dans TEglise, après sa conversion, cette pièce est une des meilleures du genre :

No se para que nasci, Pues en tal estremo estô Que el morir do quiereàmi Y el vivir no quiero yo.

Todo el tiempo que viviere Tendre muy justa querella De la muerte, pues no quiere A mi, queriendo yo à ella.

Que fin cspero de aqui Pues la muerte me negô.

Pues que daramente vîo Que'ra vida para mi (2) ?

C'était là une manière d'adresser un tendre compliment à la dame dont rindifférence portait l'amant à désirer une mort qui n'obéisBait pas à ses prières.

(1) Le Cancionero de 1533 se compose de 191 feuilles grand in folio, eo leltra 9>- (hiques, à trois colonnes. Les poésies religieuses remplissent les dix-huit premim feuilles. La série des auteurs cités ci-dessus s'étend du folio 18 au ioU 27. Ua fût digne de remarque, c'est que les belles stances deBlanrique ne se trouvenl dans a«cai de ces Cancioneros à l'usage des gens de la cour.

(2) « Je ne sais pourquoi je suis né, — Et je suis réduit à une extrémité telle — Qm la mort ne veut point de moi — Et que moi je ne veux pas de la vie. «-Tout letea^ que je vivrai, — J'aurai de très justes sujets de plainte — Contre la mort, piiitqa*fllli ne veut pas — De moi, alors que moi je la désire. — Quelle fin puif -je atteiidra W — Puisque la mort me refuse, * Alors que j'ai clairement vu — Qu'elle était f9tt moi la vie? » (Voyez fol. 98-106 du Cancionero,)

ent ensuite trente-sept romances, collection charmante de impêtres, et que nous avons déjà suffisamment examinées en le la poésie des romances, dans le premier siècle de la littépagnole (1).

les romances suivent les Invenciones, les « Inventions^i» forme Murticulière et caractéristique de cette époque, et dont nous luvé deux cent vingt spécimens; elles appartiennent aux in»* de la chevalerie et spécialement aux préparatiCB des joutes umois, divertissements publics les plus splendides que nous ions, sous les règnes de D. Juan II et Henri III. Dans ces occhaque chevalier avait une devise ou prenait celle que le tonnait. Cette devise ou cimier était accompagnée d*une exen vers que le chevalier lui«même attachait et qui s'appelait n. Plusieurs de ces poésies sont tout à fait ingénieuses; sie y trouve sa place. Le roi D. Juan, par exemple, tira i cimier une grille de prison et il donna pour explication ou

Qualqnîer {Nrision y dolor

Qae 86 sufra, es jusla cosa ;

Pues 86 8ufr6 por amor

De la mayor y iii6Jor

Del mondo y la mas hemuMa (I).

tmte de Haro, si connu, tura une noria ou roue autour de la* isse une corde avec une série de seaux qui y sont attachés, mt pour se remplir dans un puits et remontant pleins d*eau. L pour invention :

Los llenos, de maies mioti D'esperanza, los Taiioa (3)*

une autre circonstance il tira, comme le roi, Temblème d'une i prison, il y répondit par ces rimes imparfaites :

En esta carcél que veys.

ooMBoes, dont nous avons parlé an ehapitre VI , te iRNifent disi H Camdh' »3»,foL 106-115.

idqae prison et douleur --Qae Ton toolfre, eVil juBle ehoae^ — • Poiaqu'oa («r amour — De la plus grande et de la meilleure — Du monde» et de lapltts

s pleins, le sont de mes maux; «* Bt d'e^érattee, ki vidie. »

nmi ESFACNOLK. M

Que DO se halla salida, Viviré, mas ved que vida (1) !

Analogues aux Inventions sont les Motes con sus glosas^ les a Sentences et leurs gloses. » Les Motes sont de courts apophthegmes accompagnés chacun d'une lourde glose rimée, que nous trouTons dans le Cancionero au nombre de quarante environ. Ces motes euxmêmes sont en général des proverbes, ont un air national et parfois une certaine animation. Ainsi dofia Catalina Manrique prenait pour devise : Nunca mucho costô poco [2), faisant allusion à la difficulté d'obtenir sa faveur, et Carthagène lui répondit par cet autre proverbe : Con merecerlo sepaga (3) : et ils expliquent ou ils subtilisent Tun et Fautre leur pensée par une glose ennuyeuse. Les autres motes ne sont pas meilleurs , et tout ce qui fit leur mérite, au temps de leur composition, est précisément ce qui nous les rend aujourd'hui si peu dignes de prix (4).

Les Villancicos qui suivent sont des chansons en vieille mesure espagnole, avec un refrain mêlé de vers courts de temps en tempe. C'est un genre fort agréable et qui n'est pas sans mérite parfois. Us ont reçu leur nom de leur caractère nistique ; et Ton croit qu'ils ont été primitivement composés par des villanos ou paysans pour célébrer la Noël ou toute autre fête de TÉglise. Nous avons trouvé, comme nous Tavons vu, des imitations de ces chants grossiers dans Juan de TEncina ; il s'en présente dans une multitude de poètes venus après lui. Mais les cinquante-quatre du Cancionero portant, pour la plu-

(1) «Dans ceUe prisou que vous voyez, — Où Ton ne trouve pai de porte,— Je vivnit mais voyez quelle existence ! »

Les Inventions^ quoique en grand nombre, ne remplissent que trois feuillet dn Ctaf eioneroy de 1 15 à 1 17. On en trouve fréquemment dans les vieilles chroniqaci eldiM les romans de chevalerie. La Question de amor en conUent beaucoop.

(2) « Jamais beaucoup n'a peu coûté. >

(3) « Cest en les méritant qu'on les paye. »

(4) Quoique Lope de Vega, dans sa Justapoélka de San Isidro, Madrid, 16t0, i»4^ fol. 76, déclare que les Gloses sont un genre de poésie fort ancien, paiiicolMr i TEspagne, et cultivé par aucune autre nation, il est évident que leur inventiM ctl duc aux poètes provençaux, et il n'y a pas de doute qu'elles furent introduites par ens a Espagne (Raynouard, Troubttdours, U II, pp. 248, 254). Les règles anxqudleelw composition était sujette, en Espagne, étaient très-sévères, d'après Gerfantètlai-Btet (D. Quichote, part. H, ch. lxxxi); mais elles étaient rarement obeerréet. Anaî je m peux m'empêcher de convenir avec l'ingénieux hidnlgo que les réeiiltats poétiqttf obtenus ne soient peu dignes du travail qu'exigeait cette composition. Les Gtoen i» Cancionero de 1535 se trouvent aux toViùB 1 18-120.

part, les noms des poètes les plus distingués dans le siècle précédent, sentent trop Tesprit de cour et se rapprochent du caractère des Canciones (1). D'un autre côté, ils nous rappellent les vieux madrigaux français, ou, mieux encore, les poèmes provençaux composés presque dans la même mesure (2).

La dernière division de cette espèce d'afféteries poétiques réunies dans les premiers Cancioneros généraux est intitulée ; Preguntas ou « questions, » et plus proprement, « questions et réponses, » preguntas y respuestas : c'est une série d'énigmes avec leur solution en vers. Quoiqu'elles ne nous semblent aujourd'hui que des enfantillages et des bagatelles, elles ont été admirées réellement, au quinzième siècle. Baena, dans la Préface de sa collection, en fait mention comme un des attraits les plus grands, et la série qu'il nous en donne, et qui en comprend cinquante-cinq, commence par des auteurs tels que le Marquis de Santillane, Juan de Mena, et finit avec Garci Sanchez de Badajoz et d'autres poètes remarquables qui vivaient sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle. C'était là, probablement, un agréable exercice de l'esprit pour se former à l'improvisation en vers, pratiquée à la cour de D. Juan II, comme nous la trouvons pratiquée, un siècle plus tard environ, par les bergers dans la Galatéede Cervantes (3) . Mais, dans les spécimens des Cancioneros, nous saisissons une contrainte évidente : puisqu'on exige dans la réponse une concordance particulière en mesure, en nombre, en succession de rimes égales à celles de la question précédente. D'un autre côté, les énigmes elles-mêmes sont parfois trop simples et parfois trop familières. Juan de Mena, par exemple, propose gravement l'énigme du Sphinx d'Œdipe au Marquis de Santillane, comme s'il était possible que le Marquis n'en eût jamais entendu parler (4).

(1) L'autear du Dialogue des langues, Mayans y Siscar (Origines^ tom. II» p. 158)« dte le reff-ain ou ritournelle d'un viUancico chanté, dit-il, de son temps en Espagne et qui est un des plus heureux spécimens que je connaisse de ce genre de poésie pleine d'afféterie :

Paes qne os tI, mereci Teros, Que si sefiora iiô*s Tien, Nunca veros mereden.

Puisque Je vousai vae, J*ai mérité de vous voir; — Car, sefk>ra, si je ne tous avals vue, — Jamais Je n'aurais mérité de vous voir.

(2) Les villancicos se trouvent au Cancionero de 1535, fol. 120-125; voyez aussi Covarrubias, au mot VUlancico.

(3) Galatée, liv. VI.

(4) Les Preguntas vont du folio 126 au folio 134.

Ainsi donc les poésies contenues dans le Cancionero général datent du quinzième siècle, et particulièrement de la moitié ou du dernier tiers. Postérieurement à cette époque, nous avons une série de poètes qui appartiennent plutôt au règne de Ferdinand et d'Isabelle, tels que Puerto Carrero, le duc de Médina Sidonia, D. Juan Manuel de Portugal, Ileredia et quelques autres. Après eux, viennent dans les éditions primitives la collection des poésies intitulées Obras de hurlas provocmites à risa^ « Œuvres bouffonnes provoquant le rire,» et qui ne sont, en réalité, qu'un assemblage de poésies gi*ossières, formant une partie d'un Cancionero indécent, imprimé séparément, à Valence, plusieurs années après. Ces dernières ont été exclues du Cancionero général, où Ton a inséré un petit nombre d'énigmes, parfois en dialecte valencien, pour remplir l'espace qu'occupaient les premières (1). Le ton de cette deuxième grande division de la collection est le même que celui de la première, avec moins de valeur poétique. Vers la fin des éditions de 1537 et 1573, nous trouvons des compositions appartenant au temps de Charles-Quint^ entre autres deux de Boscan, un petit nombre en langue italienne , et plus encore suivant le goût ite* lien ; toutes indiquent un nouvel ordre de choses, un développement nouveau des formules de la poésie espagnole (2).

(1) Voici la liste complète des auteurs dont les œuvres font partie du Canekmen : Coslana, Puerto Carrero, Avila, le duc de Médina Sidouia, le comte de Castro, Lois de Tovar, D. Juan Manoel , Tapia, Nicolas Nunez, Soria, Pinar, Ayllon, Badajoi le muicien, le comte d'Oliva, Cardona, Francès Carroz, Heredia, Artes, Quiros, Goroad, Escrivà, Vasquez et Luduena. De la plus grande partie de ces poètes, le Canekmen ne contient que quelques vers. Les « Burlas provocantes à risa » viennent aprèi lei vers de Luduena, dans Tédition de 1514; on ne les trouve plus dans l'édition d6lftlS« ni dans les suivantes. Le plus grand nombre a été cependant inséré dans réditÎM citée ci-dessus et intitulée : Cancionero de obras de Burlas provocantes â rUa (Tience, 1519, in-i""). Ce Cancionero commence par une composition anei loogna el ttui par une autre, qui est une mauvaise parodie des Trescienias de Juan de Meni. Ui poésies les plus courtes appartiennent souvent à des noms trcs-connos, tdf qu George Manrique, Diego de San Pedro, et ne sont pas toujours expoaéet «a repiwhi d*inconvenance. Mais le ton général de l'ouvrage, attribué à une main eodctiailîqve, dépasse trop souvent les bornes de la décence. En 1841, on en a fait nne réimpiCMM à Londres, in-8*, édition qui porte sur le frontispice les mots suivants : « Gam privilégie, en Madrid, por Luis Sanchez. » H y a de plus une prélace aaes curienaeet bkt écrite, et un court mais savant glossaire. De la page 203 à la fin page 34tt, on trorni certaines poésies qui ne sont point dans Toriginal, telles que les « LamenlacioMide nmores » de Garci Sanchez de Badajoz ; des « Copias » de Francisco de Ar^ellOpdi Francisco de Heynoso, etc.

(2) Cette partie du Cancionero de lô3:'>, qui a peu ou presque point de valear» s'é-

Mais ce changement appartient à une autre période de la littérature castillane ; avant d'y entrer nous devons faire connaître sur les Cancioneros quelques circonstances qui caractérisent le dernier dont nous venons de parler. La première chose qui nous frappe , c'est le grand nombre de personnes dont les vers s'y trouvent réunis. Dans le Cancionero de 1S3S, qu'on peut regarder comme le meilleur de toute la série, il n'y en a pas moins de cent vingt. Dans cette multitude , le nombre de ceux qui méritent une mention particulière est petit , c'est vrai ; plusieurs n'y apparaissent que par le tribut qu'ils payent à de singuliers badinages, tels que devises , cancto^i^^ , qu'ils n'ont probablement jamais écrits. D'autres ne contribuent à la collection que par deux ou trois poésies courtes que leur fit risquer leur position sociale plutôt que leur goût ou leur talent ; de sorte que le nombre de ceux qui apparaissent avec le caractère propre de poète, dans le Cancionero général^ se réduit à quarante environ, et, parmi ces derniers, quatre ou cinq seulement méritent d'être transmis à la postérité.

Mais le rang et la considération personnelle des poètes dont les noms se pressent dans ces collections sont peut-être plus remarquables que leur nombre, ils le sont certainement plus que leur mérite. Nousy trouvons D. Juan II, le prince Henri, plus tard Henri IV ; le Connétable Alvaro deLuna(l) , le comte Haro, le comte de Placencia , les ducs d'Albe , d'Albuquerque, de Médina Sidonia ; le comte de Tendilla et D. Juan Manuel ; les marquis de Santillane , d'Astorga, de Villa-

teod des folios i34 au foL 1^1. L'ensemble du volume contient environ quarante-neuf mille vers. Les éditions d*Anvers de 1557 et de 1573 sont plus complètes et en renferment cinquante-huit mille ; mais, dans toutes ces éditions, la dernière partie est la moins bonne. A la fin on trouve une romance sur l'abdication de Charles-Quint, abdicaUon faite, en octobre 1555, à Bruxelles. Cette date est par conséquent, comme je l'ai observé, la plus récente qu'on puisse assigner aux poèmes compris dans cette collection.

(1) C'est un petit poème du Connétable sur le Commentaire de Femand Nunez à la deux cent soixante-cinquième stance des Trescientas de Juan de Mena. 11 en est fait mention à la lin de la Chronique sur la vie du Connétable (lit Lxvin) : « Fue muy inventivo é mucho dado à fallar invendones y sacar entremeses, 6 en justas ô en guerra; en las qualesinvenciones muy agudamente signiflcaba loque queria. » Il passe aussi pour l'auteur d'un traité en prose, inédit, daté de 1446, sur les Femmes vertueuses et célèbres. Juan de Mena en écrivit la préface, alors que le Connétable était arrivé à l'apogée de sa puissance. Ce n'est pas là, comme le titre semblerait l'indiquer, une traduction du livre de Boccace, qui porte presque le même nom, mais une composition originale du grand ministre d'État castillan (Mémoires de VAcad. Toy. d'histoire, tom. VI, p. 464, note).

Franca; le vicomte d'Altamira , et d'autres principaux personnages de leur temps. De sorte que Lope de Vega a dit avec raison : « Los mas <( de los poetas de aquel tiempo eran grandes seûores, almirantes , « condestables 5 duques, condes, y reyes (i) , » ou, en d*autres termes, composer des vers était de mode, à la cour de Castille durant le quinzième siècle.

Tel est, en réalité , le caractère indélébile que Ton trouve imprimé dans les collections des vieux Cancionero$ générales. Quant à la vieille poésie nationale, telle qu'elle est dans la légende du Cid, dans llerceo , dans Tarchiprôtre de Ilita , npus n'en voyons aucune trace; si on y insère quelques romances, c'est par égard pour ces tristes gloses qui les encombrent. Mais l'esprit provençal des troubadours y est présent partout, s'il n'est pas partout profondément marqué. Nous y trouvons aussi accidentellement des imitations de la vieille école italienne, de Dante et de ses successeurs immédiats ; imitations plus apparentes qu'heureuses ; cette masse de poésies est fatigante et mo* notone. Chacun des poèmes un peu plus longs qu'ils contiennent se compose de vers de huit syllabes , divisés en redondillas^ qui ont presque toujours un mouvement facile , mais rarement gracieux. La stance est parfois coupée par le retour régulier d'un vers de quatre ou cinq syllabes seulement, et appelé par conséquent quebrado^ «pied brisé ; » plus fréquemment les redondillas se composent de stances de huit ou de dix vers uniformes. Presque toute la poésie est du genre erotique , et les pailies qui composent ce genre respirent presque toutes la métaphysique et l'affectation. C'est un genre de la cour; la poésie en est par conséquent courtisane , violentée , formaliste et froide. Tout ce qui n'est pas écrit par des personnes de haut rang est écrit pour leur plaisir; et, si l'esprit chevaleresque du temps s'y montre parfois, ce qu'il y a de meilleur dans cet esprit est obscurci par le désir dominant de se livrer aux formes superficielles, aux conceptions fantastiques qui devaient en même temps le détruire.

Il était impossible qu'un si triste état de culture poétique restât permanent dans une contrée pleine d'un intérêt croissant, telle que l'Espagne, dans le siècle qui suivit la chute de Grenade et la découverte de l'Amérique. La poésie, ou du moins l'amour de la poésie, fit de grands progrès avec le développement de la nation sous le règne

(1) « Le plus grand nombre des poètes de ce temps étaient des grands i amiraux, connétables, ducs, comtes et rois » (O^rcu suf M/», Madrid» 1777» iB-4*, tom. XI, p. 358).

de Ferdinand et d'Isabelle, quoique le goût de la cour continuât pour tout ce qui regarde la littérature espagnole, dans une voie mauvaise et erronée. D'autres circonstances favorisèrent aussi le grand et favorable changement qui commençait à paraître partout. La langue de Castille avait déjà établi sa suprématie, et, avec le vieil esprit et la vieille civilisation castillane, elle s'était répandue en Andalousie et en Aragon, et s'était implantée au milieu des ruines de la puissance musulmane sur les bords de la Méditerranée. Les chroniques , plus fréquentes , commençaient à prendre les formes plus régulières de l'histoire. Le drame en prose s'était avancé jusqu*à la Célestine^ et , en vers , jusqu'aux efforts scéniques plus sévères de Torres de Naharro ; les romances se trouvaient à la hauteur de leurs événements. Le vieil esprit de ces romances, véritable fondement de la poésie espagnole, reçut une impulsion nouvelle et des matériaux plus riches de la lutte où toute l'Espagne chrétienne joua son rôle, au milieu des montagnes de Grenade, ainsi que des sauvages récits des discordes et des aventures des factions rivales dans les murs de cette cité maudite. Tout annonçait donc un mouvement décisif dans la littérature de la nation espagnole , et presque tout semblait le favoriser et le faciliter.

Page 1