XVI LE TRADUCTEUR AU LECIEUR
Puis, passant des voyelles aux consonnes , il aurait montré comment le b s'ajoute par euphonie dans les mots hombre ^ nombre , legumbre^ lumbre , de homine , nonùne , legumine , lumine^ et le plus souvent se supprime comme dans /ai7?er,/o/7;r>, palonia , plomo , codo^ duda , de lambere^ îumbo , pahmiba , plomba^ cobdo^ dubda ; ou s'adoucit en u comme dans caudal , caudillo^ ciudadj deuda, recaudarde cabdal^ cabdillo ^ cibdad^ iUibda^ recabdar.
C se change en ch^ diantre^ chabeta^ chinche , de cantore , capitej cimice ; en g^ dans amigo , agora , hormiga^ segundo^ pago^ de amicoy hac hora^fornùga^ secundo^ facio; en q^ dans iUtque^ estoraque^ de duce^ styrace; en z, dans cortezaj calzar^ lanza^ de cortice, calcarcy lancea ; se simplifie , s'il est redoublé, boca^ pecadoj suco^ de bucca, peccado^ succo; disparaît ou se change en / dans lamar^ Uamar^ llave^ de clamar, claçe ; se change en ch, s'il est suivi d'un t^ estrecho^ lechoy rvoche^ ocho^ pecho^ provecho^ de stricto^ lecto^ nocCCy octOj peclore^ pro* Jtcto.
/>, en /et en /•, dans co/a, olor^ lampara^ de couda , odor^ lampada ; ou se supprime comme dans^îc/, juicioj paraiso^ de fidelis^ judicio^ paradiso.
F, tu h y comme hado , harirui , hacienda , qui s'écrivaient avant le seizième siècle, fado, farina, facienda; eny , jabla, jerw , jurto , de fabla^ feno , /wr/o.
(?, en A , par adoucissement, de germano^ hermano; en .f, de cjcno, cijno; en^, Aegelu, gemma ^yelo,yenunaXéà g s'ajoute quelquefois, comme amargo à'amaroj et se supprime dans/zio, /er//, maestro^ real^ saeta^ de frigore, legalis, mugistro^ regalis, sagitta. Gn se change en /î, arana^ cunado^ leno, puno, séria , de aragna^ cognato, ligno^ P^gf^o, signa.
Hj d'abord inspiration , se change en j. Yerba , jredra , de herba ^ hedera; ou s'ajoute comme dans Huerfano, htuesca^ liueso^ hue\>o, de Orphano^ Osca, osse, o^^o.
L se change en j dans a/eno, consejo^ espejo, de alieno, con^
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sitio , speculo ; se redouble dans consillo , mcllor ; redoublé devient simple, dsinspalidoy iliiso^ mile y coloquio ^ de pallido ^ illuso^ millej eolloquio ; se change en ch, si elle est suivie d'un r, cuchUlo^ mucho, de cultello^ multo; en /, si elle se mouille avec une autre, gajrina^ pojro^ ramiyeie^ murq/a, de gallina , polio ^ ramilleie^ muralla.
M s'adoucit en n, asunto^ ^i^fcfy triunfo, de assumpto^ nim-pha^ iriumpho; se simplifie s'il est redoublé , comodo^ flama^ sumoj de commodoj Jlamma^ summo ; se change en n , s'il est suivi de /i, dano^ oiono^ sueno, de damno , automno , somno,
A^ se supprime, asa^ esposo^ mes^ mesura ^ no^ deansa^ sponso^ mense^ mensura^ non; se change en tî, si elle est suivie d'un autre n ou d'un g*, cener^ luene^ tarie r^ de cingere^ longe, tangere.
Pla forte se change en sa douce b , abrir , cahet\ lobo, pueblo , de aperire^ capere^ lupo^ populo ; se supprime une fois , s'il est double, aplicar^ popa , de applicare , puppa ; se supprime au commencement des mots, neuma^ salino^ tisana^ pour pneumay psalmo^ptisana, Ph se change eny*; /7/en //. Philosopfùa, filosofin ; llorar, llenoj lUma^ deplorar, pleno^ pluvia.
Q se change en c ou en ^ , cuando , cual , agua , aguila , seguir^ de quandoj qualis^ aqua^ aquila^ sequi,
R, en ly arùol ^ carcel^ marmol ^ peligro^ de arbor^ carcere periculo.
Sj^enCj CerdenUj cerrnre^ Corcega^ de Sardinia^ serare. Corsica ; prend e devant elle au commencement des mots, escena^ escribir^ espiritu^ estabile^ descena^ scribere^ spiritus^ stabile ; ou représente l'esprit rude des dérivés grecs, sex^ de ?Ç ; sudor^ de îi^wp ; seplem^ ïiTTa; sus^ 3; ; silva^ u^ti ; devient d'abord x et plus tard / dans les mots sapone^ salone^ setabi, xabon^ Xalon^ Xaliva^ et Jabon^ Jalon^ Jativa ; se supprime au commencement des mots dérivés , et dans le milieu si elle est double, ceniella^ cetro, cienda^ pasmo^ confesor^ pasio^ santisimo^ de scintilla^ sceptrOy scienciaj spasmo , conf essor , passio ^ sanctissimo , et
LITTÉBATCRE ESPVGNOIK. 6
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dans les mots qui la recevaieot sans raison comme apresciar , rescibir^ carescery de apreciare^ recipercj carere.
3r, en c, marcialy oracion, ocio^ de martial^ oraUo^ otio ; en z, razorij Uzon, mastuerzo y à^ ratio ^ tUioney nasturtio ; end y dans cadenuy nadary padrty sedy redondoy viduy de catenuy ruitarcy pâtre y sitiy rotundoy vita ; il s'adoucit en 6^ , à la fin des mots; beltaty equaltat 'çnmx'CxU deviennent beldudy egualfiad; V/i qui l'accompagne disparait, et alors Thaliay theatrurriy tltesaururriy deviennent Taliuy teatrOy tesoro.
/^devient souvent b , et Ton écrit bixit, Danusfius , baron , abogary pour viœity DanubiuSy varoriy ai^ocar.
X se conserve longtemps et finit par s'adoucir en y. On écrit maxilUiy exemplo y et Ton arrive à l'orthographe mejilla y ejemplo.
Z se change en c ou se conserve , et l'on écrit zefiro ou cefiroy etc.
A ces nombreuses transformations , il faut ajouter les nombreuses suppressions de lettres qui font de lacerato y lazrado ; de rhoy rio; de populo ^ poblo et pueblo; de seculo ^ seclo e£ siglo; de tabulalOy tablado ; de ingerierare y engendrar ; de honorarty ondrar; de aliquarUa rcy alguandre ; il faut signaler les formes archaïques qui se sont conservées jusqu'au seizième siècle, depuis lequel on a dit par contraction, amais, veis , venis^ au lieu àeamadeSyVeedeSy vetddes ; arnariaisy vitrais y vieseisy virûerais , viniesiesy au lieu de anidradeSy amasades , vieradesy viesedesy virUeredeSy viniesedes , on a substitué les inflexions ugOy upo, u\fo , aux inflexions plus rudes ogo y opo , o\fo ; on a introduit une lettre euphonique dans tnorirày placerày placeritty pondédy pondriuy tendra, vendria y qui s'écrivaient primitivement morrày plazrdy plazriuy porrd y terrdy verrdy ou ponrdy tenrày venrd, venria; on a changé IV de l'infinitif en /, lorsque le pronom Isy la, lo est venu s'y apposer, decille y oilluy velloy pour decirle , oirla , verlo. Enfin il faut expliquer comment dans les siècles primitifs de la langue vulgaire, l'ortho-
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graphe n*étaDt pas encore nettement fixée , la réduplication des consonnes au commencement des mots , l'emploi des fortes au lieu des aspirées, ont donné un caractère de rudesse à la langue qui devait être la plus harmonieuse et la plus sonore parmi les idiomes modernes. Par cette initiation grammaticale , Ticknor eût rendu son lecteur capable d'apprécier la langue et le style des nombreux passages qu'il cite dans ce premier volume^ consacré aux origines du langage et de la littérature espagnols.
Un silence qui étonne est celui sous lequel Ticknor passe toute la littérature des juifs espagnols. Le Uvre des Conseils de Rabbi Santob aurait dû exciter son attention. C'est une lacune dans une histoire de la littérature espagnole. Heureusement pour nous^ cette lacune a été remplie par D. José Âmador de los Rios, qui consacre à cette étude deux intéressantes parties de son livre intitulé : Estudios histôricos^ polilicos y literarios sobre los Judios de Espana. Comme j'ai déjà traduit cet ouvrage, qu'il me soit permis d'y renvoyer le lecteur.
Un autre oubli, c'est le silence sous lequel il passe toute la littérature arabe. Je n'ignore pas que dans le premier appendice, après l'exposé de la conquête rapide de l'Espagne par les armes musulmanes, se trouve un curieux tableau des efforts des conquérants pour fonder des écoles , pour introduire leur langue et leur civilisation parmi les populations chrétiennes. Si, dans le huitième siècle, les Espagnols fréquentaient ces écoles, si Alvaro de Cordoue, dans son Indiculus luminosus^ nous affirme, en 854, que les chrétiens avaient oublié le latin et rivalisaient avec. les Arabes eux-mêmes pour la composition poétique dans la langue de ces derniers; si Juan, évêque de Séville, fut obligé de faire traduire la Bible en arabe, parce que ses fidèles ne comprenaient pas d^autre langue ; si dans le quatorzième siècle les actes et les documents publics de l'Espagne maure étaient rédigés en langue arabe, comment ne pas trouver des traces plus nombreuses de cette civilisation dans le livre de Ticknor? Nos lecteurs feront, je n'en doute pas, à cet égard, la réflexion que