SX \M TRADUCTEUR AU LECTEUR
j'ai faite moi-même en comparant les pages où il est parlé de la décadence, de la corruption et de l'oubli de la langue latine avec la citation que nous donne D. Pascal de Gayangos, lorsqu'il nous montre, en 1G02, un alfaqui déplorant Toubli de la langue arabe chez ses coreligionnaires qui ne peuvent comprendre le dogme musulman, s'il ne leur est expliqué dans la langue de leurs tyrans et de leurs oppresseurs. Il est donc possible que les causes qui ont fait négliger par Ticknor l'état ou la condition du latin, durant l'époque des invasions et de la conquête barbare, aient agi aussi, par la destruction, sur les œuvres des écrivains arabes, et que Ticknor n'ait pu les étudier. Peut-être les a-t-il regardées aussi comme étrangères à son sujet. Félicitonsnous toutefois qu'il nous ait au moins donné un échantillon de la littérature morisque dans le Poème de Joseph.
Ce poëme constitue un des appendices ; les autres roulent sur les origines de la langue castillane, sur les romanceros, sur le Cenùm épistolaire du bachelier Fernan Gomez de Cibdareal, sur le poëme de la Danse générale de la Mort; sur le livre de Rabbi Santob. 11 serait trop long d'analyser chacun de ces appendices et de faire ressortir leur mérite. Je ferai seulement remarquer au lecteur que le Centon épistolaire ayant donné lieu à une discussion littéraire des plus intéressantes entre notre auteur et les traducteurs espagnols, j'ai jugé à propos d'ajouter l'étude faite à ce sujet par M. le marquis de Pidal, étude qui prouve que le véritable auteur du Centon n'est point, comme on l'a cru jusqu'ici, Fernan Gomez de Cibdareal, mais bien D. Antonio Veray Zuniga, comte de la Roca, et j'appelle lattention des critiques qui aiment les réhabilitations littéraires sur ces pages que j'ai traduites en même temps que les notes et additions des traducteurs espagnols.
Pourquoi ajouter ces notes aux notes déjà si nombreuses de Ticknor? C'est qu'elles ont une valeur réelle, qu'elles nous apprennent des faits que Ticknor lui-même a ignorés, malgré tous ses soins et toutes ses recherches, sur l'existence de manuscrits,
LE TRAUUCTEUH AU LIXTEUR. xzi
sur les éditions diverses qui ont été données, sur la différence qui existe entre les manuscrits et leur impression ; qu elles résolvent des questions de la plus haute importance pour Thistoire des lettres ; énumèrent les ouvrages inédits de certains auteurs, font connaître des poëtes jusqu'ici ignorés, redressent des assertions erronées, répandent sur le tableau de Ticknor une lumière qui peut nous permettre de saisir quelques défauts de loriginal, tout en nous faisant mieux apprécier la vivacité de ses couleurs, la valeur et le mérite de sa composition.
Cette composition, comment Tai-je rendue dans cette traduction française? Inutile d'observer que j'ai cherché à la rendre la plus conforme à l'original. Je sais bien qu'en fait de traductions, on parle beaucoup de la traduction libre et de la traduction littérale. Pour moi, je me suis tenu au système que j'ai déjà adopté dans la traduction de la Condition sociale des Morisques en Espagne ; des Etudes historiques , politiques et littéraires sur les juifs d Espagne; des Pensées chrétiennes^ politiques et philosophiques^ etc. En effet, j'appelle plutôt imitation que traduction le travail qui prend dans une autre langue le fonds de la pensée, sans trop s'inquiéter des mots qui la rendent, qui donne aux mots de la version la place qu'il veut, sans tenir compte de leur ordre et de leur disposition dans la langue à traduire. Latra* duction libre est, pour moi, celle où le traducteur prend la liberté de couper, dans le texte, une phrase trop longue, une période indigeste ; de mettre un substantif à la place d'un adjectif, un verbe à la place d'un substantif; d'employer la voix active au lieu de la voix passive, un mode impersonnel au lieu d'un mode personnel; d'ajouter parfois une conjonction, de la supprimer le plus souvent, pour donner à sa phrase l'allure et la tournure de sa langue, tout en respectant scrupuleusement le sens des mots. C'est ainsi que j'ai procédé, dans la traduction de ce volume, en me gardant bien d'oublier que je traduisais principalement pour des lecteurs français. Anglais et Français cependant, et ceux qui voudront étudier la langue française ou la langue anglaise, pour-*