‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 10 sur 106 · ROYER-COLLARD · texte numérisé non relu

ROYER-COLLARD

Royer-GoUard naquit à Sompuis, en Champagne, d'une famille austërement chrétienne. Après de fortes études, il se tourna rers le barreau et plaida sa première cause en 1787, sous les auspices de Gerbier, devant la grande chambre du Parlement. Il acclama la Ré. Tolution qui décrétait Tégalité de tous en présence de la loi et faisait intervenir les représentants du peuple dans la gestion des affaires publiques. Devenu secrétaire de la première Commune de Paris, il en exerça les fonctions jusqu'en 1792, où, prévoyant que la République démocratique aboutiraiit au despotisme, il se sépara résolument de la Révolution.

A la fin du terrorisme, en août 1797, Royer-CoUard posa sa candidature au conseil des Cinq-Cents, et fut nommé député par l'assemblée électorale du département de la Marne, il ne monta qu'une fois & la tribune, mais ce fut pour y prononcer un courageux et véhément discours sur la liberté des cultes, et pour défendre les prêtres, les émigrés et les proscrits. Exclu de l'assemblée dans la journée du 18 fructidor, indigné de voir le gouvernement directorial asservir à son joug les premières lois de la constitution, il ne dissimula plus ses sympathies légitimistes, devint le principal membre d'un comité secret que Louis XVIII entretenait à Paris, et fit audacîeusement parvenir au royal exilé de longs rapports sur l'état intérieur de la France, sur la disposition des esprits, sur les chances de chaque parti, sur le caractère et les opinions des hommes importants placés dans le gouvernement.

Il refusa d'adhérer à l'Empire et se livra tout entier, pendant cette courte domination, aux études philosophiques.

Au retour des Bourbons, Royer-Collard rentra à la Chambre des députés. Son premier discours en faveur de la loi d'amnistie (1815) est le plus grand événement parlementaire de cette époque. Les repré sailles royalistes, la mort du maréchal Nèy avaient redoublé l'animosité des partis; les cours prévôtales, les comités des départements, les

dénonciations multipliées avaient soulevé les haines contre le gouvernement du roi et jeté la défiance autour de lui, Les hommes les plus éminents du parti monarchique applaudissaient à ces mesures de rigueur. Chateaubriand lui-même les célébrait avec enthousiasme; Pasquier jurait à la tribune par V éternité des Bourbons ; la Bourdonnais, sous Tapparence d'une loi d'amnistie, dressait des tables graduées de proscription. Les orateurs de Textrôme droite repoussaient les conseils de clémence comme des sophismes de philanthropie importune. Royer-Collard fit entendre à ces hommes surexcités par la soif de vengeance des paroles de paix et d'humanité :

« Les confiscations que vous demandez^ sous le nom d'indemnité, aux coupables, leur dit-il^ sont Tàme et le nerf des révolutions; après avoir confisqué parce qu'on a condamné, on condamne pour avoir à confisquer. La férocité se rassasie, la cupidité jamais. Les confiscations sont si odieuses, que la Révolution en a rougi, elle qui ne rougit de rien. D'ailleurs les grands coupables ont déjà subi la peine capitale : ferez-vous réagir contre eux votre loi ? Faitesles donc sortir du tombeau, pour qu'ils entendent de la bouche de leurs juges cette condamnation nouvelle qui ne leur a pas élé prononcée i. »

Abordant, aux autres sessions, les grands sujets de l'éloquence parlementaire, examinant avec la même autorité les institutions municipales, les règlements judiciaires, les lois sur les élections et sur la presse, Royer-Collard conquit à la fois l'admiration et le respect de l'assemblée par l'ampleur de ses vues et l'élévation de son langage. L'un de ses discours les plus parfaits est celui qu'il prononça en i8i6, au sujet de la police des journaux. L'orateur y dépeignait en termes magnifiques la révolution soudainement accomplie en France, les mouvements, les troubles des partis et la marche toute nouvelle de la nation qui, trente années après cet événement sans exemple, s'avançait et se rangeait autour du trône renouvelé comme elle. La même force d'éloquence éclate dans les harangues de Royer-Collard contre la loi d'aînesse, et contre la loi du sacrilège. Sa fermeté lui valut une si grande popularité, qu'en 1827 il fut réélu dans sept collèges électoraux à la fois. Nommé président de la Chambre, ce fut lui qu remit à Charles X l'adresse des deux cent vingt et un.

Après la révolution de 1830, qu'il avait voulu empêcher et qui lui sembla une irréparable calamité, Royer-Collard se renferma dans un triste silence. Siégeant à la Chambre sans prendre part à ses débats, il avait terminé sa vie active. Deux fois seulement, il fit entendre sa parole profonde et solennelle. La première, c'était le jour où l'on discutait l'hérédité de la pairie, h Nous croyons voir encore, dit un historien ', le vénérable orateur, le front haut et dédaigneux, étendre la

1 Séance du 5 octobre 1821.

* Nettement, Histoire de la littérature françaiie sous le gouvernement de Juillet^ t.l, p. 160.

Page 1