‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 101 sur 106 · POMMIER · texte numérisé non relu

POMMIER

D'un fossé de cinq pieds ma prestesse se rit;

Et, dût certain Zoïle en crever de dépit,

Les vers que fait jaillir ma verve octogénaire

Aa public qui m'entend n*ont pas Tair de déplaire. »

On lit aussi avec un vif intérêt Tépitre Sur les mots nouveaux^ où Tauteur a fait ressortir, en des vers corrects et faciles, les néologîsmes les moins harmonieux delà langue littéraire^ philosophique, politique et industrielle.

Yiennet, dans ses ^j^i^res, a beaucoup imité Boileau.

POMMIER (Amédée)

;^ Les Colifichets ou Jeux de rimes d'Amédée Pommier sont l'œuvre la

plus étrangement fantaisiste, au point de vue du rythme, qui fut

jamais écrite. ^:rt^ëS!!

Le livre s'ouvre par une Êpître apologétique, La prenaiière impression est fâcheuse. On est désagréablement surpris d'entendre le poète vanter d'abord son habileté et jeter à des critiques supposés cette bravade fanfaronne: « qu'ils en fassent autant^. » Cet écrivain d'un mérite incontestable a eu le tort de laisser trop fréquemment voir le sentiment qu'il avait de lui-môme, d'offrir trop de place au moi dans ses écrits, et de prendre en ses vers un soin trop vif de son apothéose.

' Les Colifichets sont un défi constant à la langue, aux mots, aux rîmes. Aucune difficulté, aucun obstacle n'a arrêté le poète dans sa témérité d'expressions. Il a écrit des pièces uniques, où les curiosités les plus extraordinaires du rytbme ont été dépassées : tapage étourdissant de rimes revenant pressées, sonores et régulières, dans un cadre restreint jusqu'aux dernières limites du possible ; assemblage inou! de pièces fantastiques où la poésie se dessine, se taille physiquement et géométriquement ', où l'inspiration peut, sans rien perdre de son soufQe, se répandre, pendant douze pages, en vers monosyllabiques '.

Amédée Pommier, dans quelques pièces d'une certaine étendue, a fait rendre à l'expression tout ce qu'elle pouvait tenir; mais cette perfection môme devait avoir son désavantage et sa monotonie.

Le procédé favori du poète est l'énumération, procédé commode pour triompher des entraves du rythme, car il u ne suppose qu'une

< Voir Vapereau, Année littéraire ^ p. 32. > La Pyramide, • Biaise et Rose.

imagination acharnée à la recherche des mots, une grande patience et une ingénieuse deïtérité à manier le vers ^. »

L'intarissable rimeur ne s'arrête plus, lorsqu'il descend ce courant rapide de Ténumération.

Atcc un charme, un pittoresque inimaginables d'expression, il manque souvent de mesure, il ne sait pas arrêter à temps sa course, et lance ses vers, sans ordre, comme un fleuve de mots grotesques.

Après les Colifichets ^ Amédée Pommier publia le poème humoristique: Paris (1866)' , où son pinceau vigoureux et hardi peint

a . . . .ce temple pétaudière, Bourbier, brasier, rouge chaudière, Pleine de lave incendiaire. »

La grande cité nous est montrée là sous ses aspects multiples, aux différentes époques de son histoire.

Paris forme une ode de quatre cent quarante et une strophes, dont chacune a douze vers. Créée par Malherbe, augmentée par Victor Hugo de deux rimes féminines. Tune au septième, l'autre au onzième vers, cette strophe « est d'une sonorité très retentissante, mais d'une facture horriblement difficile. Il faut enfermer sa pensée dans un cadre très étroit, se jouer des entraves de la rime qui revient coup sur coup, à de courts intervalles, suspendre deux fois la phrase poétique à des repos commandés par le rythme de la strophe et la clore définitivement au dernier vers *. » Un tel travail rendait inévitables l'abus de rénumération et l'inégalité de l'inspiration. Mais le poème renferme, à côté de ces longueurs et de ces faiblesses, d'excellentes descriptions. De nombreux dizains ont un merveilleux éclat de style ; tel le CXXXIX*.

Paris est une œuvre unique au point de vue de la forme et de l'étendue; elle ne pouvait être entreprise que par un virtuose de la rime comme Amédée Pommier.

1 Francisque Sarcey, les Artistes en rythme *

> Chez Garnier frères.

• Francisque Sarcey, ies Artistes en rythme.

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