‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 14 sur 106 · CASIMIR PÉRIER · texte numérisé non relu

CASIMIR PÉRIER

disait-il, mais j'ai du cœur, du tact et du bonheur. » — Môlant Tardeur au calcul, l'entrainement do Tattaque au calme de la défense, il comprenait avec passion les trois choses que la passion comporte le moins : la raison, la force, la loi K 1»

Cet esprit de calcul et cette vérité d'observation devenaient plus rares dans ses derniers discours. L'orateur se laissait emporter davantage par la violence de son caractère ; ses ripostes à la tribune semblaient autant de secousses de son orgueil révolté.

a n faut avoir vu Casimir Perler dans ces moments-là, raconte Cormenin, ravoir vu face à face comme je Tai vu^ pour le peindre fidèlement. Sa haute taille s'était déjà voûtée. Sa belle et majestueuse figure se chargeait d'ombre et de rides. Ses joues se cavaient, ses yeux roulaient un feu mêlé de sang, ses paroles brûlaient comme la fièvre. »

Étrange activité de parole qui devait exercer sur les Chambres la plus malheureuse influence, et faire passer dans tous les esprits le môme besoin désordonné de luttes, de ripostes, d'interpellations fougueuses I Combien n'est-il pas regrettable qu'un si puissant esprit ait tant de fois donné l'exemple de cette éloquence convulsivcj de cette frénésie parlementaire !

i Vie, opinions et discours de Casimir Périer.

ARAGO (Dominique-François)

Arago possédait une étonnante diversité d'aptitudes. Savant illustre, il fut aussi Tun des plus grands orateurs de son époque, dans la chaire professionnelle, à Ûlnstitut, à la tribune. Qu'il démontrât les principes de l'astronomie devant un auditoire immense, qu'il fit entendre à l'Académie les éloges de savants tels que BaiUy, Condorcet, Ampère, ou développât dans l'Assemblée les plus importantes questions parlementaires, sa peu^ole était toujours la môme : lumineuse, facile et puissante. On retrouvait dans toutes ses joutes oratoires les mêmes dons d'éloquence, la même souplesse, la même clarté de style. « Cette dernière qualité, dit Louis Blanc, avait chez lui quelque chose d'éblouissant, et faisait d' Arago un des plus féconds vulgarisateurs qui aient jamais paru^ »

Ainsi organisé, doué d'un esprit naturellement dominateur, avide de mouvement et d'activité, il ne devait point seulement aimer le recueillement, l'immobilité de l'étude, la contemplation solitaire des mondes, il lui fallait encore le tumulte des assemblées, les agitations, les tempêtes du forum. Sa stature fière, imposante, ses yeux étincelants, sa voix nette, accentuée^ la limpidité de sa parole, les ressources fécondes de son imagination, tout assurait ses triomphes oratoires. « Lorsque Arago monte à l'estrade, disait Cormenin en 1844, la Chambre, attentive et curieuse, s'accoude et fait silence. Les spectateurs des tribunes se penchent pour le voir. A peine est-il entré en matière qu'il attire et qu'il concentre sur lui tous les regards. Le voilà qui prend, pour ainsi dire, la science entre ses mains. 11 la dépouille de ses formules techniques, et il la rend si perceptible que les plus ignorants sont aussi étonnés que charmés de le comprendre. Des jets de clartés semblent sortir de ses yeux, de sa bouche, de ses doigts. »

Dans les débats exclusivement politiques, dans les luttes de tribune, Arago se laissait quelquefois troubler par les contradictions, par les murmures, par « les frémissements d'une assemblée hostile » ; mais souvent aussi sa parole était ardente, fougueuse, irrésistible. L'un de ses plus éloquents discours est celui qu'il prononça en 1837, lors de la demande de la mise en accusation d'Audry de Puyraveau. L'orateur rappelle la condamnation et la mort du maréchal Ney. Le maréchal avait été jugé dans ce même palais où Ton voulait traîner M. de Puyraveau. Les membres de la cour des pairs qui avaient

^ Histoire de dix ans*

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