‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 16 sur 106 · GUIZOT · texte numérisé non relu

GUIZOT

vernante qu'il ne séparait point des excès révolutionnaires. 11 avait horreur des partis excessifs et les nommait le mauvais génie des révolutions. Il eut donc à combattre en môme temps Textrôme droite et la gauche ; et cette double opposition, en augmentant pour son gouvernement les obstacles et les difficultés, provoqua du moins des luttes de tribune multipliées et brillantes. Guizot croyait d'ailleurs y porter une large modération, un esprit impartial : « Né bourgeois et protestant, dit-il, je suis profondément dévoué à la liberté de conscience, à l'égalité devant la loi, à toutes les grandes conquêtes de notre ordre social. Mais ma confiance dans ces conquêtes est pleine et tranquille, et je ne me crois pas obligé, pour servir leur cause, de considérer la maison de Bourbon, la noblesse française et le clergé catholique comme des ennemis *. » En dépit de ces déclarations, la politique de Guizot fut généralement étroite ; il ne vit rien au delà de l'aristocratie bourgeoise.

Guizot, dans sa carrière politique, prononça de nombreux et importants discours. A la tribune, il prenait une attitude sévère, et, •d'une voix pleine et sonore, développait les questions d'affaires ou de gouvernement avec une lucidité toujours égale. Sa méthode consistait à choisir une idée principale, à la formuler en axiome, puis à rassembler autour d'elle des raisonnements serrés et précis. « Cette méthode, dit Gormenin, a de l'habileté dans les assemblées délibérantes ; car ce n'est pasavec une grande quantité d'idées que l'on entraîne des auditeurs plus ou moins distraits ; c'est avec une seule idée adroitement choisie, travaillée, dogmatisée et reproduite sous toutes sortes de formes *. »

Les discours de Guizot ne frappaient pas l'attention par la véhémence de leurs mouvements, mais par la quantité d'idées nettes et positives qui s'en dégageaient. Ses phrases se présentaient dogmatiques et sentencieuses ; chacune d'elles s'annonçait comme une interprétation solennelle de la vérité. Cette éloquence était toujours grave et digne; elle manquait de variété et de verve, mais, au milieu du tumulte, elle savait être énergique, elle devenait amère et hautaine et se traduisait par des apostrophes crûment éloquentes comme cette réponse restée célèbre à des interrupteurs :

c Quelle que soit la fureur redoublée de vos cris, ils n'ébranleront pas mon courage, et yous aurez beau faire, vous n'élèverez pas vos injures h la hauteur de mes dédains s. »

Les grands discours de Guizot sont d'une remarquable pureté de style. Son éloquence était admirablement correcte et châtiée.

1 Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, t. !•', chap. ii. * Livre des Orateurs^ Guizot.

3 Séance du 8 octobre 1846.

BERRYER (Pierre- Antoine)

Fils d'un avocat célèbre qui eut le bonheur de vivre assez longtemps pour le voir le surpasser lui-même, Pierre- Antoine Berryer naquit à Paris, le 11 janvier 1790. 11 fit ses études chez les oratoriens de Juilly, et redoubla sa rhétorique au lycée Bonaparte. En 1818, pour son début au barreau, il prit part à la défense du maréchal Ney. Il eut, peu de temps après, Thonneur de faire acquitter Gambronne, et d'obtenir de Louis XVIII la grâce du général Debelle, condamné à mort. Mais ces succès de tribunal ne lui suffisaient pas ; il appartenait au grand orateur de dominer les assemblées. Pendant vingt ans, il resta le maître incontesté de la tribune. Rendu par le coup d'État de 1851 aux débats judiciaires, il prouva, dans les différentes causes qu'il eut à plaider en cette dernière phase de son existence, que ni Tâge ni les fatigues parlementaires n'avaient affaibli sa vigueur oratoire.

Berryer, avocat, brilla surtout dans les grands procès politiques. Il défendit constamment les causes vaincues, les existences menacées. Son discours en faveur de Louis Bonaparte, après la malheureuse aventure de Boulogne, fut de tous peut-être le plus admirable de puissance. Jamais Berryer n'avait tant multiplié ces éclats oratoires qui, renversant, bouleversant dans l'esprit des juges les idées de prudence et de froide équité qui conviennent au tribunal, brisaient tous les scrupules, emportaient toutes les résistances.

Sa parole au barreau n'était pas toujours égale. Sa voix faiblissait quand la cause n'atteignait pas à la hauteur de ses pensées. Mais avait-il à se faire entendre dans l'un de ces grands examens judiciaires dont la solution, pour l'accusé, devait être ou le déshonneur ou l'échafaud, les difficultés grandissaient son éloquence; la fièvre de l'inspiration exaltait ses facultés : il ébranlait son auditoire^ et jetait les magistrats mômes dans un trouble profond.

Mais il n'était pas seulement au palais un orateur enthousiaste ; il réunissait en lui toutes les qualités de l'avocat. A la chaleur du débit, il joignait une sagacité prodigieuse qui le faisait immédiatement pénétrer au fond des litiges les plus compliqués. Il savait tirer d'une cause tous les avantages qu'elle pouvait offrir, spécieux ou solides ; puis, enchdnant ses preuves dans un ensemble parfaitement logique et savamment ordonné, il développait la question avec une vigueur d'argumentation irrésistible.

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