‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 26 sur 106 · M«' GERBET · texte numérisé non relu

M«' GERBET

Philosophe, théologien, érudît, M^ Gerbet fut encore un écrivain éloquent.

Philippe-Olympe Gerbet naquit à Poligny, dans le Jura, d'une famille chrétienne, le 3 février 1798. Il fit ses premières études au collège môme de Poligny. La vocation ecclésiastique s'éveilla en lui dès Tâge de dix ans. Ses aptitudes littéraires se révélèrent aussi de bonne heure : encore au collège, il obtint de l'Académie de Mâcon le prix de poésie. Ses humanités terminées, il se rendit à Besançon pour commencer ses études théologiques. Au bout de deux ans, en 1818, il vint les achever au séminaire de Saint- Sulpice, puis au séminaire des Missions étrangères. Ordonné prêtre à vingt-quatre ans, peu après son ordination Gerbet fut nommé professeur suppléant de théologie morale à la Sorbonne. Il abandonna bientôt cette position pour un ministère plus humble, celui d'aumônier adjoint du collège Henri IV ; il désirait se réunir à M. de Salinis, le premier aumônier, qu'il avait connu à Saint- Sulpice, dont il était devenu et dont il demeura toute sa vie l'intime ami*. L'abbé de Salinis, plus actif, plus entreprenant que l'abbé Gerbet, brûlait de se jeter dans la lutte, et comptait déjà parmi les disciples de l'abbé de Lamennais. Il mit son ami en rapport avec cet homme auquel s'attachaient alors de si grandes et si généreuses espérances. L'abbé Gerbet fut, en quelque sorte, fasciné; et Lamennais, de son côté, comprit combien un tel auxiliaire lui serait précieux*.

Sous le patronage de M. de Lamennais, l'abbé de Salinis et l'abbé Gerbet, au moment où le gallicanisme était encore très répandu dans le clergé, donnèrent un organe aux doctrines ultramontaines. Ils fondèrent le Mémoire catholique, où la collaboration de l'abbé Gerbet fut aussi active que brillante. « Dans chaque numéro, il insérait plusieurs articles qui se faisaient remarquer par un style élégant, une logique ferme, une érudition variée, et où l'on sentait une sève de jeunesse et une chaleur de prosélytisme rares aujourd'hui *. » Dans tout ce qu'il publiait, l'abbé Gerbet s'appliquait particulièrement à donner au système de son impétueux maître un caractère de persuasion et de ' conciliation. En 1825, il rejoignit l'abbé de Lamennais à la Ghesnaie,

* Voir Monseigneur Gerbet^ sa vie, ses œuvres et VEcoîe Menaisienne, par M. Tabbéde Ladoue, 3 vol. in-8, 1870. Paris, Tolra et Haton. t Eugène Veuillot, Célébrités catholiques contemporaines , chez Victor Palmé, s SaintrBeuve, Causenes du lundi, t. VI, p. 311.

où il resta près de cinq ans, dans la société d'un certain nombre de jeunes hommes distingués, prêtres et laïques, qui s'étaient mis sous la direction de l'auteur de V Essai sur l'indifférence pour se livrer, chacun selon l'impulsion de son esprit, à des études fortes et variées, qui toutes tendaient à un môme but, la reconstruction chrétienne de la société.

Vers cette époque parurent plusieurs de ses ouvrages philosophiques : Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondements de la théologie ^ Coup d*œil sur la controverse chrétienne, etc. , où dominent un peu trop les idées de son msdtre.

En 1829, l'abbé Gerbet donna son admirable traité de l'Eucharistie, le Dogme générateur de la piété catholique, qui n'est, a-t-il dit, ni un traité dogmatique, ni un livre de dévotion, mais quelque chose d'intermédiaire. » Une double pensée résume l'œuvre entière : l'Eucharistie est le complément du christianisme primitif ; elle est le cœur du christianisme complet. Ces vérités sont développées dans une langue limpide, toute éclatante de poésie, qui rappelle les pures traditions du dix-septième siècle et fait songer à Fénelon. Nulle part. M»' Gerbet ne fit mieux ressortir, par la chaleur de l'expression, par le mouvement et le rythme de la phrase, la grandeur et la beauté de ses pensées.

Après la révolution de 1830, l'abbé Gerbet, de retour à Paris, concourut avec Tabbé de Lamennais, l'abbé Henri Lacordaire, TabbéRohrbacher, le comte de Coux, le comte Charles de Montalembert, jlM.Daguerre et d'Ault-Duménil, à fonder le journal l'Avenir, dans la vue d'opérer la conciliation des idées libérales avec le catholicisme. Le prêtre humble et pieux ne suivit pas son orgueilleux maître dans ses égarements et dans sa rébellion. Quand le souverain pontife eut lancé une encyclique qui condamnait les erreurs de Lamennais, l'abbé Gerbet, comme Lacordaire, fit acte public de soumission et d'adhésion, particuUèrement en ce qui concernait un système erroné qu'il avait personnellement soutenu, le système du sens commun, qui sacrifiait la raison individuelle, et proclamait la raison générale dépositaire et interprète des vérités reçues de Dieu.

L'abbé Gerbet, malade, était alors à Juilly, auprès de l'abbé de Salinis, directeur de cet important collège chrétien. En 1834, quand ses forces furent rétablies, il y composa le Précis de Vhistoire de la philosophie, if excellent livre, dit Ozanam, surtout pour le moyen âge, » œuvre pleine de science et d'idées. Cet écrit avait été fait en particulier pour les élèves d'une école supérieure établie à Thîeux comme annexe du collège de Juilly, et dont il avait accepté la direction.

Continuant de s'occuper de philosophie, l'abbé Gerbet donna à y Université catholique de remarquables études sur les sciences. Alors aussi il écrivit un de ses grands ouvrages, les Vues sur le dogme catholique de la Pénitence. C'est encore un exposé des mystérieuses harmonies qui existent entre l'âme humaine et les institutions du catho-

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