M8' GERBET
licisme ; et c*est encore à la philosophie surtout que l'auteur demande des témoignages en faveur des dogmes chrétiens. Là se trouve le chef-d'œuvre de Gerbet, le chapitre célèbre où l'auteur introduit Platon et Fénelon philosophant ensemble sur le tribunal des âmes : après avoir exposé des vues profondes sur les avantages de la confession, il amène un récit émouvant et délicieux, celui de la première communion d'une jeune femme, laquelle a lieu au moment même où son époux reçoit le Viatique pour se préparer au voyage de l'éternité. On y admire aussi l'éloquent passage sur la pénitence de David secouant le double joug de l'orgueil et de la volupté.
En 1838, au moment où l'évêque de Meaux, M»' Galard, venait de le nommer chanoine de sa cathédrale et vicaire général honoraire, il partit pourRome.Ilavaitrintentiond'yresterquelquesjours,ilyrestadixans.
Ce long séjour dans la ville éternelle nous a valu V Esquisse de Rome chrétienne. La pensée fondamentale de ces deux volumes publiés sans bruit, à de longs intervalles, a été de recueillir dans les réalités visibles de Rome chrétienne l'empreinte et, pour ainsi dire, le portrait de son essence spirituelle. En conséquence, l'auteur s'est attaché à faire ressortir les caractères et les attributs qui constituent le centre divin du christianisme. Parmi les innombrables produits de la science, il a choisi les résultats qui répondent non aux goûts favoHs des antiquaires, mais à la raison et à l'âme du chrétien et de l'homme. Il a cherché à saisir les choses dans le vif plutôt que dans le profond, à les considérer bien moins par le côté qui conduit aux arcanes de l'érudition, que par celui qui permet de mettre en relief les vérités cachées dans les monuments de Rome. Le modeste écrivain avertit le lecteur qu'il doit retenir ici en des limites étroites les espérances que le nom seul de Rome chrétienne pourrait lui faire concevoir ; il n'a prétendu ofiTrir qu'une esquisse ; il ne faut pas chercher dans ce volume un vrai tableau. Mais l'auteur de VEsquisse sur Borne tient plus qu'il ne promet. Comme l'a dit Louis Veuillot, « Rome, notre Rome, est vivante dans ces pages toutes vibrantes de ses profondes et majestueuses harmonies. L'auteur ne possède pas seulement les connaissances variées de l'historien et les sûres lumières du docteur catholique, il a encore au degré le plus éminent le don de l'artiste, ce sens exquis et rare qui pénètre les choses, qui en saisit les secrètes beautés et qui les Uvrè à nos regards. Il nous rend compte du charme mystérieux de Rome, il l'accroît en le divulguant. Sa langue est digne des majestueuses douceurs de la ville sainte ; c'est une langue sereine, mélodieuse, admirablement pure, dont le caractère fondamental est la grâce, mais qui atteint sans effort et comme naturellement à toutes les hauteurs *. » Où trouver des notes plus élevées sur le symbolisme chrétien, et quel chantre inspiré a jamais parlé mieux de la poussière des martyrs ?
1 Le Parfum de Rome, U II, p. 370.
L'abbé Gerbet quitta Rome avec Pie IX chassé par la révolution. Ouand il fut rentré en France, M»' Sibour, récemment promu au siège archiépiscopal de Paris, le prit pour théologien au concile de Paris, et le fit accepter comme professeur d'éloquence sacrée à la Sorbonne. Bientôt M. de Salinis fut nommé évêque d'Amiens. L'abbé Gerbet suivit son ami et resta auprès de lui comme vicdre général de i849à 1854, époque où, désigné au choix de l'Empereur par M. de Saliniâ, il fut appelé à Tévéché de Perpignan.
Dans les dix années de son épiscopat, il se montra le pasteur le plus dévoué à ses ouailles, le plus préoccupé de tous les besoins de son diocèse. Il sut encore trouver du temps pour les besoins généraux de rÉglise, pour signaler avec un zèle apostolique les Diverses erreurs du temps présent, les « erreurs vivantes, parlantes et agissantes ^. » Les ennemis du Saint-Siège surtout rencontraient en lui un adversaire intrépide. Son éloquence s'enflamme quand il dénonce et flétrit les attentats dirigés contre la souveraineté temporelle du pape, cette souveraineté qui n'est ni un article du symbole, ni un fait profane, mais un fait protégé par un dogme ; cette souveraineté qui ne sert pas seulement à sauvegarder les dogmes, mais encore la morale publique et privée. Intrépide dans ses protestations contre tous les attentats qu'engendre l'esprit du mal, fidèle à tous ses devoirs, à ceux qui importunent les ennemis de l'Église comme à ceux qu'ils tolèrent, il proclame bien haut les règles chrétiennes de la morale politique, violées audacieusement par une population égarée et par un gouvernement avide de provinces.
Ce vaillant athlète fut sur la brèche jusqu'à sa dernière heure. Quand une mort prématurée le frappa, il achevait une lumineuse et savante réfutation de la soi-disant Vie de Jésus par M. Renan. L'ouvrage, qui devait être adressé au clergé du diocèse de Perpignan sous forme de lettre pastorale, a paru en 1866 sous ce titre : La stratégie de M. Renan. .V
Cet esprit tout sacerdotal ambitionnait peu la gloire des lettres humaines ; cependant il comptera parmi ceux qui les ont le plus honorées au dix-neuvième siècle par la pureté du goût, par la correction et l'élégance antique du style, par cette éloquence sage qui nadt du fond même des choses et s'insinue doucement dans les âmes.
1 Instruction pastorale du 23 juillet 1860.