LEMERCIER
« Secondez mon esprit en sa haute carrière, O mes divinités! ô Chaleur I ô Lumière, Vous, filles du Soleil, vous, immortelles sœurs, Qui, d'un nom poétique empruntant les douceurs. Du feu de vos rayons rendez ma vue éprise I O pure LampéUe ^! ardente Pyrophy se *I Qui, de Tastre des jours émanant toutes deux. Prêtez au firmament son éclat et ses feux, Répandez en mes vers, comme au sein de ce monde, - Vos flots de clarté vive et de flamme féconde. »
Nous n'en citerons pas davantage. Tout cet appareil singulier /de mythologie nouvelle n'était pas fait pour s'accommoder à la belle poésie et au beau style. En vain Lemercier prétend-il être parvenu, à l'aide des dénominations de ses liéros, à expulser les mots techniques dont Vimpropriété en poésie gâte les meilleurs vers des auteurs qui lei y ont le mieux déguisés ; en vain s*est-il efforcé d'exclure toute espèce de formes didactiques et de mettre chaque phénomène en action d'épopée, rien de plus froid, de plus sec et de plus illisible que cette Atlantiade.
Le sujet de Moïse prêtait davantage à la poésie et Lemercier s'était tracé une marche où il aurait pu rencontrer, pour le soutenir, de belles inspirations.
Mais il est délayé en quatre chants et raconté plutôt que chanté. La chaleur, la couleur, le style, font partout défaut. L'auteur n'a quelque mérite de description que quand il met dans la bouche de Goré ses propres idées de matérialisme, d'athéisme et de pessimisme universel.
Les poèmes d'Homère et d'Alexandre sont encore plus médiocres. Nul talent narratif; à peine quelques descriptions passables. Lemercier avait de l'invention, mais l'exécution ne la soutenait jamais.
Ce que les diverses compositions narratives de ce poète offrent de plus original, ce sont les tableaux historiques qu'il a mêlés à ses récits épiques. Ainsi dans VAtlantiade il nomme Ptoléoiée, Copernic, Galilée, Kepler, Rœmer, Descaries, Huygliens et Newton. Dans Moïse, il fait paraître successivement Samuel, Saûl, David, Zoroastre, Lycurgue, Solon, Brutus et l'ancienne Rome, Jésus-Christ, Mahomet, Charlemagne, saint Louis, Henri IV et la Révolution française. Dans le poème d'Homère paraissent Orphée, Amphion, Tyrtée, Virgile, Lucain, Camoëns, Arioste, Milton, Tasse, Dante, Ossian; les lyriques, Alcée, Simonide, etc. ; les didactiques, Lucrèce, Horace, et jusqu'aux poètes, ses contemporains. Dans Alexandre^ il représente tous les guerriers. Ces tableaux, peu utiles au point de vue de la science, sont les morceaux les plus rapides et les mieux écrits des poèmes de Lemercier.
* LampéliCt le fluide lumineux. — * Pyrophy se, le calorique.
Pour n'avoir pas à revenir sur ce poète, disons qu'il est'encore auteur de plusieurs poèmes dans le genre cyclique, les Quatre Métamorphoses, les Trois Fanatiques, la Mérovéide, les Ages français, la Panhypocrisiade, Ce dernier mériterait seul de nous arrêter quelques instants.
La Panhypocrisiade, ou le Spectacle infernal du XVI^ siècle, est un ouvrage d'une originalité bizarre où tous les sentiments, tous les êtres et tous les styles sont incroyablement mêlés.
Lemercier a nommé sa Panhypocrisiade une comédie épique, et l'a dédiée à l'auteur de la Divine Comédie. Les deux œuvres n'ont guère de ressemblance que ce rapprochement de titre.