LA COMÉDIE
Nombre d*écrivains ont aussi, de nos jours, prétendu aux honneurs du comique, et nous sommes heureux de dire que, sur notre théâtre contemporain, il a été représenté quelques pièces dont l'esprit est conforme au bon goût de Thaliô. La France a toujours conservé, entre toutes les nations modernes, l'incontestable supériorité que lui a acquise Molière et qu'ont soutenue Regnard, Lesage et Marivaux. Nous devons à GoUin d'Harleville, à Picard, à Etienne et à maint autre, une foule de gracieuses et piquantes comédies, et beaucoup d'auteurs contemporains ont fait de notre théâtre comique le pourvoyeur de tous les théâtres des deux mondes.
Mais un grand nombre de ces œuvres encourent le reproche que souvent la morale y est plus ou moins gravement offensée.
« Paucas poetœ reperiunt fabulas Ubi boni meliores fiant. »
Le castigat ridendo mores est une plaisanterie dont il n'est plus permis d'être dupe : on n'a jamais reconnu au théâtre que les défauts de son voisin. En effet, le nombre n'est pas considérable des esprits délicats qui savent démêler toutes les nuances fines des pas* sions, des vertus, des sentiments et des caractères. Pour les auteurs dramatiques et pour les directeurs de théâtres, Tessentiei est de faire salle comble. Afin d'arriver à ce résultat, on traite la multitude selon son goût ; on se moque de toutes choses, on déverse l'ironie sur tous les grands souvenirs, on tourne en ridicule les beaux sentiments, et l'on reproduit sceptiquement tous les vilains spectacles de notre époque; enfin on livre la scène au machiniste, au décorateur et au metteur en scène, dont la mission, devenue un art, est d'en imposer
* Préface de Bérénice, 1668.
aux spectateurs parce que les Italiens appellent la furberia deUa scena. Diderot écrivait à Voltaire :
u On dit que mademoiselle Clairon demande un échafaud dans la décoration de Tancrède, ne le souffrez pas, mordieul C'est peut-être une belle chose en soi ; mais si le génie élève jamais une potence sur la scène, bientôt les imitateurs y accrocheront le pendu en personne. »
Si jusqu'à présent nous n'avons pas encore vu le pendu sur la scène, bien d'autres spectacles ont passé devant nos yeux, nous montrant que ce sage conseil de Boileau est bien oublié :
a ... Il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à Toreille et reculer des yeux i. »
Nous espérons que le goût du public réagira contre cet avènement du réalisme au théâtre et que les tableaux souvent crus et cyniques qui y sont exposés finiront par dégoûter les spectateurs de ces pièces où il n'y a ni fond, ni caractère, ni style, et où Ton ne trouve ni passion ni raisonnement bien traités. Il est temps de revenir à ces grandes et saines traditions du beau qui ont fait la gloire de notre poésie dramatique.
LEMERCIER (Népomucènk-Louis)
Dès r&ge de quinze ans Népomucène Lemercier avait composé une tragédie intitulée Méîéagre qui eut une seule représentation. A dix-sept ans il donna Clarisse Earlowe, drame en vers qui fut joué huit fois. Quelque temps après il produisit sur la scène le L&oiie d'Ephraîmj tragédie en trois actes, qui eut dix-sept représentations. Ensuite parut son Tartufe révolutionnaire , comédie en trois actes ; puis, quelques années après, la Prude, comédie en cinq actes qui eut un certain succès.
La tragédie à'Agamemnon (1797) plaça Lemercier au premier rang des auteurs contemporains. Dans une de ces fêtes dites nationales, que le Directoire donnait au Champ de Mars, elle fut proclamée la meilleure qui eût été faite depuis les grands maîtres du dix-huitième siècle et Tune de celles qui ont le plus honoré la tragédie.
^ Art poétique^ ch. m.