‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 48 sur 106 · LEMERCIER · texte numérisé non relu

LEMERCIER

Lemercier surpassa incontestablement tous ceux de ses devanciers qui avaient essayé de traiter le même sujet, et ils sont nombreux. « Dès 1557, un ami de Baïf, Charles Toutain, dans le style de Dubar tas, armait Clytemnestre d'un couiesnx tue-mari. En 1561, Duchat donnait encore une libre imitation de Sénëque, et vingt- huit ans plus tard, Roland Brissot dramatisait de nouveau le crime de Vefféminé pai^tore^ Égisthe. En cette même année lo89, un écrivain coloré de style et qui mettait assez peu d'idées sous beaucoup d'ambitieuses images, P. Mathieu, donna aussi une Clytemnestre ^ » Indiquons encore VAgamemnon du provençal Arnaud (1612), écrit déjà dans le style sentencieux du dix-huitième siècle, et la rapsodie de Boyer (1080). Enfin en 1780 était donnée sur la scène française une imitation en vers de YAgamemnon de Thompson. Elle a précédé de seize ans le bel ouvrage où Lemercier, mettant à profit, avec un heureux éclectisme, ses quatre principaux devanciers, Eschyle, Sénèque, Thompson, Âlfieri, comme a dit M. Patin, a pris possession d'un des plus grands sujets du théâtre tragique.

Ophis suivit A gamemnon à quelque distance : illui est bien inférieur. Les caractères n'y sont pas assez prononcés. Les deux frères, les principaux personnages, ne sont pas, l'un assez ferme dans la route du crime, et l'autre assez décidé à sacrifier à la vertu. Ophis renferme néanmoins de belles scènes et des passages très pathétiques.

La tragédie de Charlemagne (1810), d'ailleurs médiocre, attira sur l'auteur et sur sa famille les persécutions de Bonaparte, qui avait recherché Lemercier à cause de ses talents, paraissait l'avoir pris en amitié, et fut d'autant plus choqué des allusions satiriques qu'il crut apercevoir dans Charlemagne, qu'il espérait déterminer le poêle à employer sa plume à le célébrer.

Lemercier, ami de Bonaparte, ne voulut pas être le flatteur de Napoléon. Cette courageuse conduite lui attira la haine de l'Empereur, qui mit obstacle à la représentation de toutes les pièces qu'il voulut donner depuis, à l'exception de Plante et de Christophe Colomb . Ces deux ouvrages ne firent, du reste, que paraître sur la scène.

Sous la Restauration, Lemercier donna, sans grand succès iFrédégonde et Brunehaut (1821), Richard IIl et Jane Shore (1823), les Martyrs de Souli (1825), Camille (1826).

En produisant Clovis, Frédégonde et Brunehaut, Charlemagne, Charles VI, Liuis IX, il prétendait nous donner un théâtre national, inspirer à ses concitoyens l'enthousiasme de leur gloire et le courage dans leurs infortunes, mais il lui manqua le génie nécessaire pour atteindre ce but élevé.

Moins sensible que le « bon » Ducis, mais plus fin, plus savant, Népomucëne Lemercier eut le tort de s'affranchir des règles éternelles

^ Revue des Deux Mondes, février 1840, t. XXI, p. 455.

XIX* SIÈCLE. li)

du vrai et du beau, et d'obéir aux plus bizarres caprices d'une imagination désordonnée.

Sa versification est souvent faible, comme dans ces vers de la première scène de l'acte premier de Charlemagne :

« Que, du trône abattu, Cbarlemagne périsse, Est-ce un coup dont la terre ou le ciel retentisse f Mon neveu lui succède, et Tempire réglé Du vain bruit de sa cbute est à peine troublé... »

Et dans la première scène deTacte suivant:

tt ... Enfin, cédant au fardeau qui Taccable, Irène est dans ma cour, et son ambassadeur Veut, en m*offrant sa main, affermir sa grandeur. »

Elle est aussi quelquefois incorrecte, comme dans les vers suivants :

a Âb I de la défiance évitez les leçons. Mille attentats sont nés des injustes soupçons : Et tel qt/on accu^a^ vivait dans l'innocence, Qui devient criminel pour sa seule défense ^. »

Népomucène Lemercier fut reçu de l'Académie française en 1810. 11 y refusa constamment sa voix à Victor Hugo, qui cependant lui succéda dans le neuvième fauteuil en 1841.

ARNAULTj, (Antoine- Vincent)

Arnault, né à Paris, le 1" janvier 1766, fit ses éludes chez les Oratoriens deJuilly, et, grâce à la puissante protection de la comtesse de Provence, débuta au théâtre en 179i, à Fâge de vingt-cinq ans» par la tragédie de Marins à Mintumes qu'il donna à la Comédie- Française. Cette pièce fut favorablement accueillie du public, et peut seule être considérée comme ayant eu un vrai succès. C'est aussi la seule dont on se souvienne, et quand on nomme Arnault par

^ Louis IX, act. I, se. m.

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