ARNAULT
Tune de ses tragédies, on l'appelle toujours Tauteur de Marius. Toutefois Marins est à peine une tragédie ; il n'y a pas d'action. Si ces trois actes, sans un rôle de femme, et ayec les touches nues de rhistoire, font honneur à la simplicité sensée du jeune poète, comme Ta reconnu Sainte-Beuve, ils n'en sont pas moins empreints d'une certaine froideur qui justifie la critique du comte de Provence aux yeux de qui cette tragédie était « d'un genre trop austère ».
Arnault est auteur de trois autres tragédies : Lucrèce (1792), Cincinnatus (1793), Oscar fils d'Ossian (1796), Blanche et Montcassin ou les VénUiens (1798).
Cette dernière pièce est évidemment le chef-d'œuvre tragique d' Arnault ; quoique le style n'en soit pas irréprochable, ni surtout aussi généralement beau et poétique qu'on pourrait le désirer, l'action est si pleine et si touchante qu'on lit l'ouvrage avec un intérêt croissant : la stricte observation de la vérité historique est d'ailleurs une qualité qui s'ajoute aux autres et qui a bien sa valeur.
Cette pièce des Vénitiens, et surtout le cinquième acte, dit Sainte- Beuve S sont ce qu'Arnault a fait de mieux et de plus original au théâtre. H y avait de l'innovation à la date où cela parut, de la couleur historique, de la simplicité de dialogue et de composition. Certes il ne faut pas trop penser à VOthello et à la Venise de Shakespeare en lisant cette pièce. La simplicité chez Arnault ressemble trop souvent à de la nudité ; la veine chez lui, môme lorsqu'elle est juste, n'est pas fertile. Il y a des anachronismes de ton, comme lorsque Constance^ la suivante et la nourrice de Blanche, lui dit en la voyant prête & courir au secours de son amant : Crains la publiciié, et que celle-ci répond :
« C'est mon unique espoir...
L'opinion publique est mon dernier refuge, t
La tragédie des Vénitiens fut suivie de Don Pédre ou le Roi et le La^ boureur (1802), de (rermamcus (181 7), dont les allusions politiques causèrent une sorte d'émeute. Pour compléter cette nomenclature, nous mentionnerons : Horatius Codés, Phrosine et Mélidor, œuvres lyriques mises en musique par Méhul ; Sdpion, drame héroïque (1804), et la Rançon de du Guesclinou les mœurs du quatorzième siècle, comédie (1813).
Arnault fut nommé membre de l'Institut en 1797, et, en 1833, devint secrétaire perpétuel de l'Académie, fonctions qu'il ne remplit qu'une année, étant mort en 1834.
1 Causeries, 21 mars 1853.
RAYNOUARD (François-Juste-Marie)
Raynouard s'est fait une réputation brillante, pendant quelque temps, parmi les poètes dramatiques du commencement du dix-neu- Tiëme siècle, par sa tragédie des Templiers^ représentée pour la première fois, le 14 mai 1805, au Théâtre- Français avec un succès extraordinaire et vraiment au-dessus du mérite de Touvrage. Comme Ta remarqué un judicieux critique, « le goût du théâtre était très vif & cette époque, on était las des Grecs et des Romains, et depuis plusieurs années aucune nouveauté n'avait réussi ^ » Raynouard parut apporter quelque chose de tout à fait neuf ; il sembla, après du Belloy, créer le genre historique national. Le public lui sut gré de cette tentative; il ne s'aperçut pas combien était peu fidèle celte image du moyen âge et combien ce style, malgré des hémistiches cornéliens^ manquait de véritable éclat et dé nouveauté. Selon la pensée de M. deBonald', ce qui remua le plus puissamment les esprits, ce fut la peinture, exagéréepeut-ôtre, mais énergique, du genre d'héroïsme le plus élevé dont l'homme puisse être capable, l'héroïsme religieux et politique apparaissant tout à coup au milieu de la faiblesse de nos mœurs, de notre fureur pour les jouissances, de notre horreur des sacrifices, de notre insatiable cupidité, de notre iDdifférence pour la religion, de notre haine de l'autorité, de notre mépris des serments.
ANCELOT (Jâcques-Arsène-François)
Ancelot, né au Havre, le 9 février 1794, était fils d'un greffier du tribunal de commerce de cette ville, homme instruit et lettré. Destiné, comme le fut Soumet, à la carrière maritime, il occupa plusieurs emplois dans l'administration de la marine, au Havre d'à-
1 Sainte-Beuve, Causeries^ 6 oct. 1852.
> Observations morales sur quelques pièces de théâtre, 2nov. 1805.