ANGELOT
bord, puis à Rochefort, et enfin à Paris. Mais ses goûts l'attiraient plutôt du côté de la poésie, et en 1816, à Tâge de vingt-deux ans, il ayait déjà composé une tragédie intitulée Warbeck qui, reçue au Théâtre-Français, ne fut jamais jouée.
Le 5 novembre 1819 une autre tragédie, Louis U, obtint de grands éloges justifiés par la correction, l'élégance et Tharmonie de la versification, par une couleur locale assez fidèle, par la peinture assez exacte des mœurs du temps et par Thabileté de la composition. En même temps Casimir Delavigne faisait jouer à TOdéonles Vêpres siciliennes dont le succès, essentiellement politique, était appuyé par Topposition. Le parti royaliste, voulant avoir aussi son triomphe, adopta Louis IX et en fit un succès éclatant. Cette situation attira les faveurs sur Ancelot, qui reçut de Louis XVllI une pension de 2,000 francs sur sa cassette.
Le Maire du Palais, tragédie jouée le 16 août 1823, n'eut pas, comme Louis U, les suffrages du public, mais valut au poète une nouvelle faveur du roi qui conféra à Fauteur la croix de la Légion d'honneur. Un an après, le succès obtenu par la tragédie de Fiesque vint consoler Ancelot de son insuccès précédent et lui procura encore une place de bibliothécaire à l'Arsenal. Cette tragédie, imitée de Schiller, est remarquable par une certaine vigueur de pensée et par une grande entente des combinaisons scéniques. Olga ou rOrpheline nisse^ Elisabeth d'Angleterre et le Roi fainéant reçurent un accueil favorable en 1828, 1829 et 1830, mais sans retrouver les triomphes de Louis IX.
De 1830 à 1840, Ancelot produisit, seul ou avec divers collaborateurs, un grand nombre de drames, de vaudevilles et de comédies dont beaucoup furent écoutés avec intérêt, et il tenta encore une fois la fortune au Théâtre-Français, en y faisant jouer, en 1838, Maria Fadilla. Cette tragédie, d'une versification aussi ferme qu'élégante, péchait par la composition et n'eut en somme qu'un succès d'estime; elle contribua néanmoins à ouvrir à Ancelot les portes de l'Académie où il remplaça M. de Bonald, en 1841 .
La grande réputation qu'obtint Ancelot de son vivant, comme poète tragique, est due plutôt aux entraînements de Tesprit de parti qu'aux jugements d'une saine critique littéraire, et, du reste, ne s'est pas maintenue longtemps. Si Tordonnance de ses pièces est sage et régulière, la versification ferme et soutenue, plus soutenue même que celle de Delavigne et de Soumet, on peut lui faire le reproche de se montrer trop routinier et de manquer d'invention et d'originalité. Cet esprit gracieux et fin s'accommodait mieux du vaudeville et de la petite comédie d'intrigue que des grandes conceptions de la tragédie.
LEBRUN (Pierre-Antoine)
Pierre Lebrun, qui à douze ans avait fait la tragédie de Corioîan et s'était rendu célèbre à vingt ans par Tode ô.*Austerlitz, devait donner le signal d'une féconde révolution littéraire. Ses deux premières tragédies, Pallas fils d'Evandre et Ulysse, où il avait déjà essayé de s^affrancbir des antiques conventions dramatiques, marquent ses premiers pas, bien timides, dans la voie qu'il voulait suivre. Il avait compris en effet « que notre tbé&tre avait donné tout ce que Timitation de l'antiquité pouvait fournir, et que, si l'on n'avait pas positivement assez des Grecs et des Romains, ils étaient, par les dernières imitations, devenus quelquefois si ennuyeux et si ridicules, qu'il était temps de découvrir et d'exploiter d'autres peuples, d'autres époques, d'autres passions, d'autres mœurs. Seulement, par modestie d'abord, puis par tradition, car il était encore d'une époque où l'on ne pouvait être original au théâtre qu'à la condition d'imiter quelqu'un et de pouvoir dire : a Cette hardiesse que vous « me reprochez n'est pas de moi » ; M. Lebrun n'osait pas commencer une pareille guerre sans des alliances sûres. Les yeux ouverts, l'oreille tendue, il recueillait tous les bruits qui venaient des pays étrangers. Le vent qui soufflait de l'ouest lui apporta les poèmes de Byron, le vent qui soufflait de l'est lui apporta les drames de Schiller. Il signala le premier les fantaisies et les audaces du poète anglais, comme pour acclimater le public français à une nouvelle température, et, sans plus de façon, il s'empara de la Marie Stuart du poète allemand et il la jeta toute palpitante sur notre scène, devant un public qui l'acclama, heureux d'entendre de nouveau le langage de la passion, de la douleur, de la vérité i. »
L'éclatant succès de cette dernière tragédie de Marie Stuart (1820) est dû non moins au soin qu'a pris Lebrun d'observer dans ce qu'elles ont de meilleur les règles savantes de l'ancienne tragédie classique qu'à l'heureuse originalité qu'y a montrée le poète en s'affranchissant des étroites conventions de temps et de lieu et de la trop constante dignité dont n'avait osé s'écarter aucun des tragédiens de son époque.
« En redescendant du cothurne de l'Empire, dit Sainte-Beuve, on goûtait chez lui quelque chose de senti, de naturel et de vrai dans la diction, d'assez voisin de la prose, avec du feu poétique pourtant et des veines de chaleur. »
* Alexandre Dumas fils, Disc, de réception à r Académie française, 11 féVé 1875.
LUGE DE LANaVAL. 295
ff Marie Stuart, continue-t-il, était une transition, mais j*ose ajouter une transition à ce qui n'est pas venu, à ce que Fauteur n'a pas achevé de réaliser lui-môme. La tentative du moins était bonne, et elle demeure en vue comme une tête de pont qui n*aurait pas été continuée. »
Lebrun aspirait au rôle de précurseur, il aspirait à résoudre la question de Fart moderne, lui-môme il voulait établir les formes qui conviennent à notre théâtre, Texlension qu'il peut admettre, les Ûmites qu'il doit sUmposer pour satisfaire les exigences nouvelles et notre goût si différent de celui des autres pays : mus l'opposition qu'il rencontra dans l'accomplissement de cette noble tâche l'obligea bientôt d*y renoncer, et l'insuccès du Cid d'Andalousie (1825) acheva de le décourager du théâtre ^ .
Dans cette dernière tragédie, Lebrun, traitant le môme sujet que Corneille, entreprenait de montrer ce que Ghimëne aurait dû faire selon la nature et selon la morale.
Sauf quelques pièces adoptées par des recueils classiques, le plus grand nombre de ses poésies étaient à peu près inconnues de tout le monde quand il se décida enfin, en i844, à commencer la publication de ses œuvres dont les deux derniers volumes ont paru en 1863.
n était de l'Académie française depuis 4828.