‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 51 sur 106 · LUCE DE LANCIVAL · texte numérisé non relu

LUCE DE LANCIVAL

Luce de Lancival, qui était à vingt-deux ans professeur de rhétorique au collège de Navarre, avait d'abord quitté l'enseignement pour la carrière ecclésiastique où il se distingua par son éloquence 4ans la tribune sacrée. La Révolution vint rompre ses vœux, et il rentra dans l'enseignement en reprenant sa chaire de -rhétorique, n fut appelé plus tard à la chaire de poésie latine h la Sorbonne.

Ses goûts littéraires avaient tourné ses études vers le théâtre, où il obtint, le 1®' février 1809, un succès retentissant avec la tragédie d'Hector, pièce véritablement homérique, dit Yillemain.

Luce de Lancival continuait ainsi la tradition des tragiques anciens, qui tous, pour employer une image de Victor Hugo, puisaient au

^ Sainte-Beuve, Portraits contemporains^ M. Lbbrdn.

fleuve homérique. En effet, cette tragédie n'offre pas une combinaison, pas un caractère, pas un sentiment, presque pas une idée qui n'ait été donnée ou inspirée à l'auteur par Homère, ce grand génie qui fut vraiment le fondateur de la tragédie .

Napoléon récompensa Luce de Lancival de son imitation heureuse par une pension de 6,000 francs.

Ses autres tragédies n'eurent ni le mérite ni le succès d'Hector. Nous citons seulement, pour mémoire : HormisdaSj en trois actes, non représentée {il9i) ; Mucius Scœvola^ en trois actes (1794)^ imitée de du Ryer; Archibald, en trois actes, qui n'a pas été imprimée; Femandez, en trois actes (1797), assez bien accueillie, et Périandre, en cinq actes (1798).

BRIFAUT (Charles)

Charles Brifaut est l'auteur de plusieurs tragédies de transition dont le mérite fut assez grand pour lui ouvrir les portes de l'Académie française en 1826.

Jeanne Gray, reçue en 1807 au Théâtre-Français, avait été interdite par la censure impériale et ne put ôtre jouée qu'en 1814. Sa tragédie de Ninus II est certainement la meilleure de ses œuvres. Jouée pour la première fois à la Comédie Française, le 19 avril 1813, et reprise en 1814 et en 1815, elle fut très applaudie en dépit de la vivacité des critiques qu'elle souleva.

Deux autres tragédies, Charles de Navarre (1820) et Olympien tragédie lyrique en trois actes (1826), eurent un succès mérité.

Le grand prosateur Chateaubriand a composé une tragédie, Moïse, qui n*eut pas les honneurs de la représentation, bien que reçue k Tunanimité, en 1828, par le comité du Théâtre-Français.

« Cette tragédie en cinq actes avec des chœurs m'a coûté un long travail, dit le célèbre auteur. Je n'ai cessé de la revoir et de la corriger depuis une TÎngtaine d'années. Le grand tragédien Talma, qui l'avait lue, m'avait donné d'excellents conseils dont j'ai profité; il avait à cœur de jouer le rôle de Moïse, et son incomparable talent pouvait laisser la chance d'un succès.

« M. Halévy, dont le beau talent est si connu, se voulut bien charger d'écrire la musique nécessaire, et les chœurs de TOpéra se devaient Joindre à la Comédie Française pour l'exécution de la pièce telle que je l'avais conçue, »

Mais tous ces projets furent déjoués par la mauvaise fortune, et le î janvier 1829, Chateaubriand envoyait pleins pouvoirs pour retirer Moïse, « Le sacrifice est fait, disait-il, mais je ne le pardonnerai jamais aux bons amis ^. » En effet il ne leur pardonna point, parce qu'il ne se consola jamais de cette déception.

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