‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 55 sur 106 · LEGOUVÉ · texte numérisé non relu

LEGOUVÉ

deux grandes qualités de l'art dramatique, la délicatesse et la force.

Elle fut représentée à TOdéon, le 9 mars 1 848, au milieu de la tourmente politique. On acclama surtout la scène où Sophocle, s' adressant au peuple d'Athènes mutiné, le ramène au bon sens et à la justice par la seule puissance de la parole et de la raison.

Joseph Autran servit encore le théâtre eu traduisant en bons vers le seul drame satirique qui nous reste des anciens, le Cyclope ; mais il ne s'essaya pas de nouveau dans un genre où son premier effort avait révélé un mailre.

LEGOUVÉ (Ernest)

— Né en 1807 —

Comme son père, M. Ernest Legouvé voulut aborder le genre trafique. Il commença par une imitation d'Euripide, Médée, dont il destinait le principal rôle à M^^^ Rachel. Si cette tragédie n'a pas la grandeur sauvage de la Médée antique, elle en a tous les élans passionnés. Traduite en italien par Montanelli, elle fut jouée en 1856, au Théâtre-Italien, et ensuite dans toutes les capitales de l'Europe, avec ie plus éclatant succès, par U.^^ Bistori.

Les Deux Reines, dont la représentation fut interdite par le gouvernement pour des raisons de politique, sont en désaccord avec plus d'une idée reçue. Le sujet de cette tragédie est l'interdit lancé sur la France et sur son roi, Philippe-Auguste, à cause de son mariage avec Agnès de Méranîe. L'auteur des Deux Remes a fait un plaidoyer contre le droit de répudiation que nous avaient légué les païens et les barbares, et a voulu montrer que lorsque la papauté défendait l'inviolabilité du mariage, elle protégeait la civilisation et la famille, et que, si Innocent a lancé Tinterdil sur Philippe-Auguste, U ne combattait pas pour le pouvoir, mais pour la loi morale et pour le droit. Quand le roi cède, c'est aux prières de son peuple, au cri de sa conscience.

« Je sais vaincu, Seigneur !•.. »

-fi'écrie-t-il.

<i Roi, tu n'es pas vaincu, TÉvangile est vainqueur! »

Tel est le dernier mot de celte tragédie, le mot qui la résume tout «entière.

BOUILHET (Louis)

Louis Bouilhet, qui avait abandonné la médecine pour suivre sa vocation poétique, se fit remarquer tout d'abord par d'élégantes pièce» de vers, dont le succès lui fît oser des tentatives plus hardies. Il ambitionna la gloire de traiter le drame en vers d'une manière nouvelle.

Il obtint à rOdéon de fort honorables succès avec Madame de Montarcy (1856) et Hélène Peyron (i858), et, au Théâtre- Français, avec Bolovés (1862), drames écrits d'un rh^thme brillant, mais souvent sans unité ni variété.

Hélène Peyron est la pièce la moins remarquable de Louis Bouilhet. Le sujet en lui-môme est déplaisant et immoral, et les caractères n'inspirent aucune sympathie. Un rôle seul, celui de la perverse Marceline, mère d'Hélène, est original et réunit l'énergie, l'éclat,, la souplesse.

Malgré des beautés de détail, le style du poète n'a pas encore, dans ces drames, la force et la pureté qu'il atteindra dans la Conjuration d*Amboise.

Le succès retentissant du chef-d'œuvre de Louis Bouilhet est dû tout aussi bien à la façon dont le poète a su encadrer dans une étude historique une action rédlement dramatique qu'au talent avec lequel il a employé cette langue poétique souple et brillante du romantisme, sans tomber dans l'excentricité et Texubérance. La Conjuration d*Amboisej par la vigueur du style, rappelle souvent, sans excès d'imitation, l'allure mâle et robuste du vers de Ruy-Blas, Les autres pièces de L. Bouilhet sont loin d'avoir la même unité de langage ; on a pu reprocher au poète de n'être pas assez lui-môme, de se faire trop» l'élève de diverses écoles épuisées ou stériles.

L'auteur ne vit pas la représentation de son dernier ouvrage. Modemoiselle Aissé, en quatre actes et en vers, joué pour la première fois au théâtre de l'Odéon, le 6 janvier 1872. Louis Bouilhet en avait pris le sujet dans l'époque la plus corrompue de l'histoire et s'était imposé comme une tâche de mettre sur la scène les turpitudes les plus odieuses de la Régence. Cette œuvre posthume porte atteint» à la gloire dupoète en choquant toutes les bienséances, et ne fait qu'accuser les défauts de son style, là plein de déclamation et de boursouflure.

Page 1