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LA COMEDIE

ETIENNE (Charles-Guillaume)

Quelques bonnes comédies en vers ont donné à Etienne un rang distingué parmi les poètes comiques du dix-neuvième siècle. Venu à Paris en 1796, il travailla aussitôt pour le théâtre et il y réussit presque immédiatement. Sa première pièce, intitulée le Rêve, représentée en 1799, lui valut la réputation d*un homme de beaucoup d'esprit; mais son véritable succès fut une comédie en un acte, très vive et fort bien versifiée, Brueys et Paîaprat, qu'aujourd'hui encore les connaisseurs ne se lassent point de lire et d'applaudir. Cette pièce, représentée au Théâtre-Français, le 28 novembre 1807, joint à la vivacité de l'intrigue l'observation et le style. Le dialogue, aussi rapide que précis, est semé de traits heureux qui relèvent la légèreté du fond.

La comédie des Deux Gendres^ en cinq actes et en vers, jouée pour la première fois le H août au Théâtre-Français, et honorée de cent représentations, ouvrit à son auteur les portes de l'Académie française. La moralité du sujet, la peinture vraie des caractères, la sobriété dans l'expression des ridicules et les qualités mômes du style en font, de l'avis de Sainte-Beuve, la meilleure comédie de ce genre qu'on ait donnée sous l'Empire.

On sait quelle querelle fut faite à Etienne quand Lebrun-Tossa déclara que les Deux Gendres n'étaient que la traduction de Conaxa ou les Gendres dupés ^ pièce latine composée par un jésuite de la fin du dix-septième siècle et jouée dans les collèges, qui n'était ellemême que l'imitation et le développement d'un vieux fabliau du treizième siècle. Etienne, en s'appropriant le sujet, eut au moins le mérite de faire une comédie de mœurs très ingénieuse, très spirituelle,, que le Théâtre-Français a eu raison de maintenir au répertoire.

Une autre comédie en cinq actes et en vers, Vlntrigante (1813), représentée d'abord à l'Elysée, eut à subir les rigueurs de la censure. Le gouvernement d'alors y trouva des allusions à certains mariages forcés qu'il croyait nécessaires à sa politique, et interdit les représentations de cette pièce, du reste assez faible.

Casimir DELA VIGNE. 32»

Etienne est Fauteur de beaucoup d'autres comédies, parmi lesquelles nous citerons Racine et Cavoye (1816) et les Plaideurs sans procès (1822), sans parler de ses opéras-comiques, dont nous nous occuperons plus loin.

Cet auteur comique bien des fois applaudi sut donner à ses brillantes facultés un emploi sérieux, il fut un homme politique distingué ; plusieurs fois nommé député, il se fit écouter dans les deux Chambres et s'y montra aussi bon orateur qu'auparavant il avait été spirituel écrivain.

DESCHAMPS (Emile)

Les deux seules comédies qu'Emile Deschamps ait fait représenter sont Selmours de Florian et le Tour de faveur, écrites en collaboration avec Hyacinthe de Latouche. La première de ces deux pièces, d'une grande pauvreté d'idées et même de style, est loin de valoir la seconde. Le Tour de faveur, dont le succès fut consacré par cent représentations, reproduit assez bien les grandes querelles de l'époque : classiques et romantiques y sont heureusement mis en scène. On y trouve ce vers alors très applaudi :

« Combien faut-il de sots pour vous faire an public ? »

Le ton général de la pièce parait aujourd'hui bien vieilli et démodé.

DELA VIGNE (Casimir)

Casimir Delavigne fit représenter, en 1820, peu de temps après les Vêpres siciliennes^ sa première comédie, les Comédiens, écrite en représailles des contrariétés qu'il avait éprouvées de la part des sociétaires du Thé&tre-Français, qui n'avaient point voulu de ses Vêpres.

Ce n'est qu'une succession de scènes épisodiques plus ou moins adroitement cousues. Au lieu de portraits pris sur le vif, on ne rencontre que des types de convention.

Le style de cette comédie est en général assez faible^ sans chaleur et sans verve.

VÉcoîe des vieillards, représentée pour la première fois le 6 décembre 1823, au Théâtre-Français, avec lequel l'auteur s'était réconcilié, obtint un grand succès. Les soixante-six premières représentations égalèrent ou surpassèrent même de quelque chose les soixante- six premières du Mariage de Figaro. Casimir Delavigne, rompant avec la tradition des maris vieux, jaloux et ridicules de Molière^ avait eu ridée éminemment neuve et morale de peindre un mari vieux et jaloux, mais nullement ridicule.

L'auteur n'a jamais réuni autant de qualités - incontestables que dans ce sujet si simple en apparence et si peu chargé d'événements. La pureté morale, la vérité des caractères et des mœurs, la grâce, la vivacité et parfois l'élévation du style en font le chef-d'œuvre de Casimir Delavigne dans sa première manière dramatique.

La Princesse Aurélie, représentée quelques années plus tard, le 5 mars 1828, est loin d'avoir le môme mérite que V École des vieillards. C'est une sorte d'imbroglio politique, absolument dépourvu d'intérêt et d'esprit, où le poète, qui flatta toute sa vie les petites passions d'un libéralisme phrasier, tente de faire une satire dramatique et se propose de livrer aux rires du parterre trois ministres impopulaires, MM. de Villèle, Corbière et Peyronnet. Ni la passion politique ni le jeu de M^^^ Mars ne purent soutenir cette mauvaise pièce.

Casimir Delavigne ne rôva aucun changement dans la tradition, ne soupçonna rien au delà des règles établies. Dans ses premières œuvres dramatiques^ il avait été tragique comme Arnault et de Jouy ; dans toutes ses comédies il fut comique comme Picard et Andrieux.

BONJOUR (Casimir)

Après avoir fait de brillantes études au lycée de Reims et à l'Ëcola normale, Casimir Bonjour était entré dans les bureaux du ministère des finances, grâce à la protection de M. d'Argout. Mais sa passion

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