‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 59 sur 106 · EMPIS · texte numérisé non relu

EMPIS

pour la poésie lui fit perdre sa place ; M. de Villèle trouvait a qu'il avait trop d'esprit pour travailler dans les bureaux ». Il avait, en effet, donné au théâtre trois comédies qui eurent un certain succès : la Mère nuaic (1821), les Deux Cousines (1823) et le Mari à bonnes fortunes (1824). Nommé en 1830 inspecteur des études àTÉcole militaire de la Flèche, et ensuite conservateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève, il ne cessa de produire nombre de comédies de mœurs qui peignaient assez bien les travers de son époque ; le Protecteur et le Mari (1829), le Presbytère (t833), le Bachelier de Ségovie (1844) sont de ses meilleures. Mais la faveur du public ne tarda pas à s'éloigner de lui; c'est que la plupart de ses comédies étaient loin de présenter assez d'attrait. Â part les Deux Cousines^ qui offrent quelque mouvement dramatique et une certaine force comique, les autres pièces de Casimir Bonjour manquent d'originalité dans la conception et présentent des personnages dont les sentiments ne sont point d'accord avec les mœurs générales de la société de l'époque ; les situations sont, pour la plupart, dépourvues de vérité, le style est sans vigueur et sans expression, et la prodigalité fastidieuse des lieux communs dissimule mal la stérilité des idées.

EMPIS (Adolphe)

Empis a écrit en collaboration avec plusieurs écrivains un certain nombre de pièces généralement oubliées aujourd'hui. Ses principaux collaborateurs furent Picard et Mazères. C'est avec ce dernier qu'il obtint son plus grand succès : la Mère et la Fille^ comédie pleine de finesse et d'observation, représentée à l'Odéon en 1830.

BELLOY (Auguste, marquis de)

Le marquis de Belloy est Fauteur de plusieurs petits drames en vers, parmi lesquels nous citerons : Pythias et Damon, représenté à rOdéon en 1847, la MaVaria (Théâ Ire-Français, 1853), le Tasse à Sorrente (1857). Son style est élégant et distingué, mais n'a point la vigueur dramatique.

Auguste de Belloy essaya des innovations en métrique dont Théophile Gautier parle ainsi :

a M. de Belloy, qui possède à fond la métrique, voudrait substituer à Tassonance régulière une rime plus libre, tantôt éloignée, tantôt rapprochée, redoublée, triplée, quadruplée mème^ et rattachant comme par des agrafes les rimes intermédiaires et différentes ; il rêve une espèce d'iambe moins solennel, moins lourd, moins redondant que Talexandrin, dont une oreille exercée prévoit presque toujours la chute.

« Il avait déjà employé ce rhythme multiple dans Damon et Pythias : — avec cet entre-croisement aux endroits familiers on produit l'effet des vers blancs anglais et des versi sciolti italiens ; en serrant les rimes, on obtient, lorsqu*il le faut, des sonorités éclatantes, des retentissements lyriques ; quelquefois, les vers se groupent et s'isolent en stances, sans .que la transition soit trop brusque ou trop sensible ^ »

Madame de GIRARDIN

Madame de Girardin a écrit deux comédies en vers : VÉcole des journalistes, en cinq actes, qui fut reçue, en 1839, à l'unanimité, par le comité du Théâtre-Français, mais ne put obtenir de la censure Tautorisation d'être représentée ; et C'est la faute du marif proverbe en un acte joué aux Français pour la première fois le !•' mai 1851.

VÉcole des jouimalisles fut publiée par l'auteur qui, dans sa préface, en expose ainsi l'objet :

* Moniteur, février 1857.

Alfred de MUSSET. 333

« Le but de cet ouvrage est de montrer comment le journalisme, par le vice de son organisation, sans le vouloir, sans le savoir, renverse la société en détruisant toutes les religions^ en ôtant à chacun de ses soutiens Taliment ^qui le fait vivre : en ôtant au peuple le travail, qui est son pain ; au gouvernement, Tunion, qui est sa force; à la famille, l'honneur, qui est son près* tige; à Tintelligence, la gloire, qui est son avenir. Il y a plusieurs intérêts, dira-t-on; sans doute, puisqu'il y a plusieurs victimes ; mais ces malheurs divers ont tous la même cause, Tunité est dans le fléau. »

Les désastres opérés par le fléau du journalisme sont exagérés dans celte pièce où toutes les fâcheuses conséquences de la presse sont accumulées à plaisir, et prennent des proportions démesurées, ^gantesques. La forme de la comédie est d'ailleurs assez nouvelle. Madame de Girardin dit encore dans sa préface « qu'il lui a semblé que notre époque devait donner naissance à un genre nouveau de comédie: drame exceptionnel représentant nos < mœurs exceptionnelles, peignant le monde tel qu'il «st, c'esl-^dire plus sot que méchant et moins coupable qu'aveugle, plus dangereux par sa légèreté que par sa corruption ; comédie tragique tenant de la satire et de l'épopée, tableau grotesque, enseignement terrible, où le poète fût à la fois moqueur et juge, historien et prophète. V École des journalistes j ajoute-t-elle, est un essai de ce genre nouveau. Ce sont de grands malheurs causés par des plaisanteries qui se croient innocentes. »

Cest la faute du mari a beaucoup moins de prétention et ne vise pas si haut. La morale de ce proverbe qui renferme quelques jolies scènes est renfermée dans ces deux vers :

« Retenez bien ceci, messieurs, et vous, mesdames : Ce sont les buns maris qui font les bonnes femmes. »

Plus tard, dans Gabrielle, comédie de mœurs qui eut un éclatant succès, Emile Augier reprit le thème de Cest la faute du mari^

Alfred de MUSSET

Alfred de Musset a écrit une charmante Comédie en vers en deux actes, jouée aux Français en 1849 : Louison, qui a le môme charme original, les mômes qualités de vivacité, de finesse, de naturel, de sentiment que ses Proverbes en prose.

AUGIER (Emile)

— Né eu 1820 —

Emile Augier, né à Valence, le 17 septembre 1820, petit-fils de Plgault Lebrun, débuta en 1844 par la Ciguë, comédie en deux actes et en vers. Cette pièce, refusée par la Comédie-Française, reçue et jouée à rOdéon, fut un véritable triomphe pour le jeune poète. Pleine d originalité et d'esprit, véritable leçon de morale à l'adresse de Tégoïsme et de TindilTérence de la jeunesse blasée de notre temps,'la Ciguë mérite encore de tenir une des places les plus honorables sur notre théâtre. Sous la forme d'un pastiche élégant des mœurs antiques, Emile Augier a représenté un jeune misanthrope que la satiété du plaisir a conduit au dégoût de la vie et qui amuse ses dernières heures par le spectacle du ridicule et de la bassesse de ses compagnons. Sur ce fond un peu triste il a brodé toute une suile de tableaux vii's et gais.

Après ce brillant début, Emile Augier voulut aborder de firoat la peinture des mœurs contemporaines dans une comédie en trois actes et en vers, Un homme de bierij qu'il présenta, en 1845, à la Comédie Française. Mais cette pièce, dont le fond n'est qu'un essai de critiqua assez paradoxale, n'obtint aucun succès.

Emile Augier s'éleva plus haut dans la pièce qu'il donna en l'année 4849, dans Gabindlle, triomphe delà raison, de l'honnêteté et du devoir. Là, il osa essayer une réhabilitation déjà tentée plus heureuse- .ment ^ la scène par Scribe et par Bayard, la réhabilitation du mari tant maltraité par Molière et par tous les poètes du dix-huitième siècle qui lui donnaient toujours le rôle odieux ou ridicule.

Le grand succès qu'eut cette comédie tient à la peinture des passions les plus douces, des sentiments les plus vrais, des joies les plus pures. Aussi l'Académie française crut- elle devoir lui décerner un de ses prix Montyon.

Dans Gabritlle, comme dans la Ciguè et dans une pièce donnée l'année précédente, l'Aventurière, il y a des vers admirablement frappés, mais on ne peut y louer la variété du rh^ythme et la richesse de la rime. Les détails valent mieux que l'ensemble ; c'est une étude de sentiment plutôt qu'une étude de caractère. GabHelle descend non de Molière, mais de Marivaux.

Après le brillant succès d'une comédie empruntée à la vie ordinaire, Emile Augier fit représenter le Joueur de flûte, comédie en un acte et en vers qui tient à la fois de la Ciguè et de V Aventurière, mais sans avoir les qualités de ces deux pièces.

Il donna ensuite, en 1853, une charmante pièce de genre, en trois actes, PhiliberUf où il sut, cette fois, varier les caractères et les situations. On y trouve un heureux mélange d'esprit et d'âme, d'émotion et de gaieté, que fait brillamment ressortir un vers d'un^ netteté, d'une franchise et d'une malice incomparables. Il fallait toutes ces qualités pour dissimuler le vide presque absolu de l'intrigue.

Emile Augier finit par comprendre que l'esprit et la grâce des détails ne pourraient pas toujours suppléer à l'intrigue ; à partir de ce moment, il changea de manière, mais il n'écrivit plus guère qu'en prose.

Cependant il donna, en 1858, une grande comédie en vers, la Jeunesse, qui procède de VHonneur et V Argent de Ponsard, dont elle est comme la suite et le développement. Le succès en fut brillant, mais pas de très bon aloi. A côté de beaux vers on remarque encore de» incorrections et quelquefois aussi de mauvaise prose mal rimée ; un seul exemple :

tt Comme ma mère

Me le disait avec son bon sens ordinaire : Une bonne habitude à prendre est de ne point Croire de mal des gens dont noas avons besoin i. »

Emile Augier, dans sa seconde manière, le Mariage d'Olympe, le Gtndre de M. Poirier, les E/froiités, s'inspire du milieu contemporain et se môle vivement aux passions du jour.

PONSARD (François)

La carrière dramatique de Ponsard fut marquée, de 1850 à 1860, par plusieurs succès dans la comédie de mœurs.

« Il a touché aux mœurs pour les peindre, non pour les outrer, dit Cuvillier-Fleury. Il n*est pas un vengeur, mais un moraliste, aussi étranger aux grands éclats de la passion qu'aux bruyantes explosions de la gaieté. Ses comédies n'en ont pas moins une très grande valeur, une animation saine, U justesse, la bonne humeur et Tà-propos *. »

^ Acte II, se. V.

* Réponse de M. Cuvillier-Fleury à M. Autran, qui remplaçait Ponsard à rAcadémie.

En 1853, la fureur de spéculation qui régnait alors lai inspira une grande comédie en cinq actes et en vers, VHonneur et VArgent, Refusée par la Comédie-Française, qui devait la reprendre dix ans plus tard, cette pièce fut acceptée par TOdéon, où elle obtint un immense succès. Ce trionniphe vint en partie de ce que la bourgeoisie orléaniste et démocratique voulut voir des allusions contre l'empire dans de nobles mais un peu vagues maximes de probité, de vertu, de désintéressement.

Un personnage de cette pièce, le personnage de Lucile, type de franchise ingénue, de dévouement, de courage, est excellent. Tous les autres dissertent, plaidoient, satirisent.

La Bourse f satire plus que comédie, est conçue dans le même ordre d'idées, et flagelle les rapacités et les ardentes convoitises que produit la soif de Tor^ Elle fait connaître les courtiers, les agioteurs, les tripoteurs delà Bourse. Elle signale les dangers des jeux de Bourse, et enseigne la sagesse de savoir s'arrêter à temps et se contenter d'un gain modéré. Rien que de superficiel dans les observations, aucun type vigoureusement accentué, action presque nulle. De Ta -propos dans certaines peintures, mais aucune nouveauté saillante. Le style «st généralement fort négligé. Un exemple entre mille :

tt Je ne me pique pas d'un dévouement stoîque ; Ma conduite est forcée et n'a rien d'héroïque, Et j'eusse préféré, moins noble et plus heureux, Le rôle aimé^ cousine, au rôle généreux i. »

L'expression rôle aimé ne rend pas la pensée de Fauteur et n'a aucun sens ici. Raynold veut dire qu'il aurait préféré le rôle d'homme aimé à celui d'homme généreux. Le mot rôle étant actif ne peut être convenablement employé ici pour exprimer une idée essentiellement passive.

Les locutions triviales, les solécismes^ les fautes de goût abondent la rime est très pauvre et souvent défectueuse au delà de tout ce qui est permis : hausse rime avec négoce et noee, Camille avec (ioct/e, cherchait avec recherchait; enfin les convenances dramatiques sont oubliées. Ce n'est là qu'une comédie de circonstance dont la postérité ne se souviendra pas.

Nous ne parlerons que pour mémoire d'une sorte de trilogie dra* matîque, en prose et en vers, encadrée dans une féerie. Ce qui plait aux femmes (1860). Cette œuvre bizarre, qui prétendait peindre les misères sociales etla corruption qui les exploite, fut, avec raison, très mal accueillie du public.

* La Bourse, acte V, se. viii.

DOUCET {Cmi^ii)

— Né en. 1812 —

M: Camille Doucet a écrit deijoUes comédies^. d'une él^g^noe; simple el d'une .gaieté discpàte, qui loaX Un^ours été. accueillies, ayec .faveur par le public délicat ^et. le tiré.

L'Avocat de sa cause {lémer ia^2),ainu^aiUesaticQderal)USrdii J)el 6$prit chez les femmes, etle .Ba^ran La/Zeur, (décembre i34^),ooruédie pleine de verve et d'eatraia,. sont les débuts beurBux dq^p^j^ëte au théâtre. Lsl Chasse aux fripqns (février i84B) dénote un tajeut , plus mûri : le poète moraliste flétrit les viles convoitises, la passion du gain déshonnéte. Les Ennemis de la maison (décembre 1850) continuent avec plus de boûheTir encore 'cette- œuvre' de redressement des travers qui prêtent à' la comédie ; on y sent Vesprit du vrai sage, sans chagrin comme sans amertume. Le Fruit défendu (novembre 1857) est, avec les Ennemis de la maison, une des meilleures productions du théâtre moderne.

M. Doucet, poursuivant ces éludes pbiloaQphjiquea au théâtre, a tâché de mettre en relief, dans une autre comédie, la Considération (novembre 18Ô0),- cette puissance de Topinion, toute de ire<spect et d'eslimiQ, j^i s'attache à Thonoeur;. mais la donnée de.. cette .plèc.Q>. trop abstraite, ne pouvait être facilement coïKipcise à la scène.

De toutes les pièces de M. Camille Doucet, il se dégage un parfum d'honnêteté, sans' que Fimagination cesse un instant d'être captivée. Les personnages ont du naturel, leur esprit n'est jamais forcé, il vient à propos et est toujours facile à comprendre. Par l'humeur enjouée de ses comédies, M. Camille Doucet tient à l'école d'Andrieux et de CoUin d'Harleville ; par la vivacité de son dialogue, à celle de Regnard. 11 ne censure pas, il convertit, et il atténue plutôt qu'il n'égratigne. Le vers, agréable et d'une élégante souplesB,Q,.est en parfaite harmonie avec ce genre décent et souriant qui met l'aimable auteur à la tête de notre littérature dramatique honnête.

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GAUTIER (Théophile)

Théophile Gautier, le poète aux brillants caprices, eut un jour la fantaisie de faire une parade dans le vieux goût et donna au théâtre un petit acte charmant d'esprit et de verve : le Tricorne enchanté. C'est un pastiche très réussi des vieilles farces italiennes, où la plaisanterie, quelquefois un peu grasse, est toujours élégante et encadrée dans des vers admirablement ciselés. Voici la fin de cette pièce où Fauteur s'adresse au public : .

a Oiseau de gai babil et de brillant plumage, Nous différons des geais et des merles en cage. Les auteurs font pour nous de la prose et des vers ; Mais sans être sifQés nous apprenons nos airs. Bien que nous n'ayons point pris le nom de Molière, Ne va pas nous traiter de façon cavalière. Tu nous connais déjà, nous sommes vieux amis, Et tu peux nous claquer sans être compromis. »

Pierrot posthume est une farce dans le môme genre, mais d'un style encore supérieur, o C'est la fantaisie ailée d'un poète, c'est la plaisanterie bon enfant d'un vaudevilliste K »

BOUILHET (Louis)

Louis Bouilhet donna à l'Odéon, le 6 décembre 1861, une comédie en vers d'une gaieté franche et sincère, VOncle Million, Les caractères sont bien tracés, mais le sujet manque de vérité, et le héros, un poète ridicule, est insupportable.

Le style est de la meilleure école, naturel et vif, simple et fort; on y trouve des vers heureux, spirituels ou poétiques, parmi beaucoup de mots impropres^ de tournures faibles et de négligences.

Francisque Sarcey ^e Temps, 28 octobre 1872.

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