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LA POESIE D'OPÉRA

Quand on consulte les ouvrages relatifs à Topera, on est étonné de voir que toute l'attention se soit portée sur Tœuvre musicale, et qu'on ait presque entièrement négligé les poèmes et les poètes. Ces derniers sont nommés comme pour la forme : « Paroles de M***. » A notre époque pourtant, les compositeurs ont rencontré des poètes dont les livrets leur ont permis de s'inspirer d'un grand sujet pour l'ensemble, et de se maintenir heureusement dans cette inspiration à travers tous les actes et toutes les scènes, grâce à l'unité littéraire de tous les détails. Les maestri n'aiment guère à concéder cela à leurs poètes qu'ils nomment simplement des paroliers ; et c'est peut-être un peu la faute de ces derniers qui font trop facilement plier la muse aux exigences de la phrase musicale.

Dans tout bon opéra la poésie doit -entrer pour une large part; un bon opéra est une tragédie chantée dont le sujet est emprunté aux grandes pages de l'histoire ; un bon opéra est une œuvre qui enchante l'esprit par les beautés du poème, ravit les sens par le charme de la musique et éblouit les yeux par le prestige de la décoration. Voltaire adit :

« 11 faut se rendre à ce palais magique, Où les beaux vers, la danse et la musique, L'art de tromper les yeux par la couleur, L'art plus heureux de séduire les cœurs, De cent plaisirs font un plaisir unique i. >»

Oui, un opéra digne de ce nom devrait réunir les beautés de tous les arts et offrir, par l'ensemble de leurs merveilles, la dernière expression du génie humain. Mais que les œuvres les plus achevées, depuis Quinault jusqu'à Scribe, sont restées loin de cet idéal de perfection I

Les premiers essais de ce genre d'œuvre scénique furent tentés en Italie vers la fin du seizième siècle. Alors, véritablement, les vers n'étaient rien : un sujet, un titre, des paroles, quelles qu'elles fussent, suffisaient au compositeur et au public. Dès son introduction en France, l'opéra trouva des hommes capables d'ajouter, par l'harmonie

* Le Mondain.

du vers et par la puissance des conceptions, à l'harmonie même et au charme de la musique et du chant.

Toutefois ce n'est que lentement, et pour obéir aux exigences modernes, qu'il est devenu cette vaste machine compliquée, pleine d'illusions, de contrastes, de fantasmagorie, ce grand poème musical tenant de l'épopée, renfermant tous les genres : musique d'église, musique de ballet, morceaux de concert, romances, barcarolles ; s'essayant à exprimer, dans ce qu'elles ont de plus violent et de plus heurté, les passions individuelles aussi bien que les passions et la vie des peuples, comme en témoignent la Muette de Portid, les Huguenots et le Prophète, Ces cantates dramatisées où l'opéra a pris naissance, ces petits sentiers où l'on se promène de mélodie en mélodie, semblent appartenir à un autre genre que cet ensemble prodigieux qui se déroule aujourd'hui sur le théâtre lyrique.

L'Italien LuUi fonda chez nous l'opéra; un autre Italien, Piccîni, et un Allemand, Gluck, en provoquèrent, à la 'fin du dix-huitième siècle, la i^énovation, continuée pard'autres étrangers : Spontitii, Donizetti, Rossini, Meyerbeer et Verdi, et par les Français : Campra, Lesueur, Méhul, Aubert, Halévy, Gounod, etc., maiï on peut dire que môme les compositeurs étrangers, en s^nspirant des livrets firançais de nos poètes, firent des œuvres françaises.

L'opéra est néanmoins quelque chose d'essentiellement factice, un produit d'une civilisation très avancée, et qu'on ne peut goûter qu'à la condition d'en absoudre d'avance Tinvraisemblance. Comme spectacle, il offre le tableau le plus bizarre de grandeur et de puérilité^ de beautés sublimes et de coiitre-sens.

Lorsqu'on ne faisait des emprunts, pour les opéras, qu'à la mythologie, les invraisemblances étaient mises sur le compte du merveilleux ; mais aujourd'hui qu'on a rendu l'histoire tributaire de ce genre dramatique, les invraisemblances et les accrocs à la vérité n'en ressortent que davantage. Aussi y a-t-il peu de libreUi qui présentent un véritable drame d'ensemble; ce ne sont que des épisodes d'un grand fait reliés tant bien que mal les uns aux autres par des récitatifs, des chœurs, des romances, des chants, des marches, des décors, des suspensions, des changements de temps et de lieux.

Les opéras de Gluck, de Piceini, de Méhul, de Salvieri, soutinrent le répertoire pendant près de quarante ans, de 1780 à 1820. La Vestale (1807) marque la véritable transition entre Gluck et Rossini, entre le dix-huitième et le dix-neuvième siècle.

Les poètes d'opéra du commencement du siècle furent : Deschamps (1804), qui donna O^mn ou les Bardes, dont Lesueur fit la musique ; Alexandre Duval, qui écrivit, pour Méhul, le beau et sentimental opéra biblique de Joseph (1807); Jouy, auteur de la Vestak; Etienne, qui fit GendrUlon en 1810, et plus tard le Rossignol^ et quelques autres encore restés plus obscurs.

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