ETIENNE, DIT DE JQUY
Victor-Joseph Etienne, dit* de Jouy, est né am village de Jouy, dans la belle vallée de ce nom, située entre Paris et Vepsailles: Peii.dô littérateurs de notice siècle ont parcouru une canrière plus brillante. Il fut tour à (our soldat^ yoyageur,.poôtej littérateur, philosophe^ Ce n'est pas un génie, mais à coup sûr c'est un esprit très distingué malgré ses travers. A Tâge où l'on sort à peine de l'enfance, à dix-sept ans, il était à la Guyane française, avec le titre de souslieutenant. Deux ans après il repartait lieutenant pour les Indes où il courut toute espèce d'aventures tragico-romanesques qu'il a consignées dans son Ermite de la Chaussée d'Antin, Quand il revint en France, elle était en pleine révolution et en guerre. Il entra dans l'armée active et servit jusqu'en 1797. A partir de cette époque, il ne s'occupa plus que de littérature, de journalisme, de poésie et de théâtre.
Au commencement du siècle il avait en carton la Vestale qui fut déclarée plus tard, par l'Institut, le meilleur poème lyrique qui eût encore été mis au théâtre. Il présenta ce livret à Méhul, à Boïeldieu et à Ciierubini qui ne voulurent point s'en charger. Spontini en fit un chef-d'œuvre.
La Vestale^ tragédie lyrique en trois actes, fut représentée pour la. première fois à l'Académie Impériale de musique le 1 i décembre 1807 ; on la joua cent fois de suite. En 1814, la reprise n'eut pas moins de succès, grâce à la protection de l'impératrice Joséphine qui vainquit les stupides résistances du jury de l'Opéra.
Le plan du poème est bien ordonné, le style est toujours lyrique, et les beaux vers n'y manquent pas..
Après la Vestale^ Jouy donna à l'opéra Fernand Cortez (1809). La musique est le chef-d'œuvre de Spontini. Le poème ne vaut pas la Y.estale ; mais il offre une scène d'un dramatique achevé : celle de la révolte des hommes de Fernand Cortez.
Les AmazoneSf que Jouy donna en 1810 avec Mèhul, n'eurent aucun succès. Le poème ne valait pas mieux que la musique. Les Bayadéres, en ISil, n'eurent pas un meilleur sort. Les Abencévages, représentés en 1813 et dont Cherubini fut l'interprète, ne sont pas restés au répertoire, mais certains fragments, qui se trouvent être les morceaux
les mieux écrits du poème, ont eu un succès durable en musique. Telle est la scène d'Almanzor, où le héros chante :
« Enfln, fa! va naître raarorel Le soleil éclaire ces lieux, Ces lieax où tout ce que J^adore Va bientôt enchanter mes yeux.
Que Tair est pur t que la nature est belle I Noralme, mon cœur fidèle Croit 8*eni?rer de tes attraits <... »
Depuis 1814, Jouy fit représenter plusieurs opéras-comiques dont le succès fut sinon problématique, du moins fort court : V Aubergiste de qualité, Y Amant et le Mari, et Pelage, pièce de circonstance destinée à célébrer allégoriquement le retour de Louis XVIII. En 1827 et en 1829, il ajouta son nom, comme collaborateur, pour une faible part, de Ballocbi et de Bis, à deux œuvres magistrales, le Motse et Guillaume Tell, dont Rossini fit la musique.
ETIENNE (Charles-Guillaume)
Le premier ouvrage lyrique d'Etienne est le Rêve, dont Gresnick fit la musique, et qui fut représenté, pour la première fois, le 27 jan- Tier 1799, à la salle Favart, dont la troupe se réunit à celle de la salle Feydeau qui a gardé depuis ce temps le privilège exclusif de Topéracomique.
Déjà on y voit une imagination naturelle et gaie, un style clair et piquant, avec Tart, si précieux, de conduire une action et d'enchaîner les scènes»
Ce n'est, à vrai dire, qu'une comédie mêlée de chant. Les paroles n'y sont point absorbées par la musique comme dans les opéras-comiques d'aujourd'hui. Mais la poésie en est médiocre.
Le Rêve fut alors très applaudi et eut un grand nombre de représentations; aujourd'hui ce serait un médiocre vaudeville.
Une heure de mariage (1804), qu'on a appelée petit opéra, n'est qu'une comédie en un acte mêlée de chant. La musique est de Dalayrac; mais elle compta pour bien peu dans le succès de la pièce,
* Acte I, se. II.
ETIENNE. 3i3
dont toute la gloire revint à Etienne. Llntrigue est ourdie avec art* les caractères sont bien tracés, mais les vers sont d'un prosaïsme désespérant.
Gulistan ou le Huila de Samarcande, représenté en 1805, eut un grand succès. Le genre de Topera- comique se dessine mieux dans cette pièce que dans les précédentes. Il y est fait une bien plus large part à la poésie et à la musique. Les vers sont mieux tournés, plus spirituels, plus poétiques. Le chant du Point du jour fut fort goûlé :