‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 63 sur 106 · SCRIBE · texte numérisé non relu

SCRIBE

core cerfains passages de la partitîoh et du poème font, dans les salons, les délices des amateurs. Le poème est plein d'intérêt.

Tout Fensemble des œuvres lyriques de Saint-Georges témoigne d'un talent souple', facile, fécond. Il est philosophe de pensées, délicat de sentiments et d'expressions, très habile dans la conception de ses sujets et de ses plans, assez pur de forme, malgré la fréquence de ces incorrections qui échappent à tous les producteurs trop abondants. Sa rime est ordinairement bonne, sinon riche. Quand ils'en présente de mauvaises^ elles le sont par trop, comme ici rimant avec lui. En résumé, le répertoire de Saint-Georges est celui d*un vrai et remarquable poète lyrique, et la critique elle-même lui a fait une popularité.

SCRIBE" (AuGusTm-EuGÈNE)

Eugène Scribe, avec ses nombreux collaborateurs, a desservi pendant plus de trente ans toutes nos scènes lyriques à la fois, et a eu sa part dans tous les grands succès de la musique moderne.

Scribe avait une merveilleuse fécondité, car ses œuvres occupaient à la fois non seulement le Gymnase et la Comédie-Française, où se jouaient ses comédies et ses vaudevilles si courus, mais encore rOpéra et l'Opéra-Comique où se représentaient ses compositions lyriques.

La popularité de Scribe ne s'est pas démentie pendant plus d'un demi-siècle, et ses productions en tout genre se comptent, comme ses succès, par plusieurs centaines.

L'œuvre lyrique seule est immense, et il faut nous arrêter à un ou deux types saillants dans chaque genre, et prendre pour exemples la Muette de Poi^iciy les Huguenots et le Prophète, pour les grands opéras ; le Domino noir pour Topéra-comique : choix indiqué par les suffrages du public, autant que par le goût des lettrés;

L'élévation et la chute de Masaniello sont le sujet de la Muette de Portici représentée en 1828. L'introduction sur la scène lyrique d'une fille muette est une création aussi heureuse que hardie. Le libretlo est le chef-d'œuvre de Scribe et de Germain Delavigne; la musique, le chef-d'œuvre d'Àuber.

Les morceaux caractéristiques de cet opéra, tant pour la poésie que pour les paroles, sont les chœurs et morceaux ; Dieu puissant^

Dieu tutélairé; Amis, la matinée est belle; Amour sacré de la patrie; la belle prière dite la Cavatine du sommeil; Du pauvre seul ami fidèle ^ et Voyez du haut de ce rivage.

Les Huguenots, représentés en 1836, marchent de pair arec la Muette et la Juive. Jamais sujet plus dramatique ne fut mis au théâtre, ni plus dramatiquement traité. Les scènes sont des tableaux animés où toutes les grandes passions, la foi, Tamour, la politique, la haine, montent jusqu'à ce point où il n'y a que le feu, le sang et la mort qui les puisse assouvir. Quelques sentiments tendres répandent de la grâce dans cette action violente.

Une part de Thonncur dû au libretto des Huguenots revient à Emile Deschamps, auteur lui-même de plusieurs opéras qu'il avait écrits avec la noble ambition de régénérer littérairement ce genre depuis si longtemps abâtardi en France : le don Juan de Casti, fait en collaboration avec Henri Blaze (1844); — Stradella, en collaboration avec Émilien Pacini (1837) ; — Paroles de Roméo et Juliette, cantate de H. Berlioz (1839). C'est à Emile Deschamps qu'on doit Tidée première de l'admirable quatrième acte et de ce rôle de Marcel qui est assurément la plus belle conception du poème au point de vue dramatique.

L'opéra-comîque en trois actes, la Dame blanche, représenté pour la première fois au théâtre de l'Opéra-Comique le 10 décembre 1825, est un chef-d'œuvre d'esprit et de goût. La scène mystérieuse de l'échange des mains, heureux mélange de merveilleux et de naturel, est pleine de grâce et de suavité.

Après la Dame blanche, dont plus de cinquante années n'ont pas encore épuisé le succès, le Domino noir est le plus célèbre livret d'opéra-comique qu'ait donné Scribe : il fut représenté pour la première fois le 2 décembre 1837. Des situations dramatiques, de jolis et bons vers, la musique excellente d'Auber, firent fermer les yeux sur la complication de l'intrigue^ sur l'invraisemblance des épi3odes, sur le goût douteux du sujet.

Le 16 avril 1849, Scribe fit représenter sur le théâtre de la Nation le Pi'ophéte, opéra en cinq actes (musique de Meyerbeer). Comme Robert le Diable et les Huguenots, le Propîiète repose sur des idées mystiques. La lutte du bien contre le mal, les passions aux prises avec la foi religieuse, l'absorption des sentiments humains par le fanatisme: voilà les trois œuvres. La dernière, le Prophète, est celle qui revôt les couleurs les plus sombres. Le mysticisme brutal qui y règne dépouille de tout intérêt la plupart des personnages. Il ne s'y rencontre qu'une source rafraîchissante d'émotion, l'amour maternel, qui vient, aux derniers actes, faire diversion aux violences des premiers. Des critiques ont soutenu que le sujet était trop grandiose, trop tragique pour une œuvre chantée; mais ils oubliaient que tous ies chœurs des anciens sont des opéras, et qu'il y en a de terribles, sans parler des tragédies d'Eschyle. La puissance du ta-

ROYER ET VAEZ. 347

lent de Meyerbeer fit le succès du Prophète^ où Scribe, contre son habitude, n'avait pu introduire le moindre agrément.

Une chose frappe quand on connaît à la fois les paroles des poèmes de Scribe et l'interprétation que lui ont donnée des maestri tels que Auber, Rossini, Boieldieu, Hérold, Meyerbeer, Halévy, etc. ; c'est l'heureux accord qui existe entre le génie et la couleur des paroles et le génie et la couleur de l'harmonie. On dirait que poète et musiciens ont créé ensemble, et morceau par morceau, le poème et la partition.

Le nom de Scribe, le plus fécond poète scénique de notre époque, est attaché à environ quatre cent soixante ouvrages dont plus de cinquante, et les meilleurs, n'appartiennent qu'à lui seul. Et Ton peut sans injustice lui faire la plus large part dans la paternité des pièces écrites en collaboration. D'un sujet qu'on lui fournissait, ou d'un livret informe, sa grande expérience lui faisait tirer une œuvre digne de la scène. Ce que la plupart de ses collaborateurs ont donné seuls n'a pas eu le même succès que ce qu'ils avaient produit sous la direction et après le dernier coup de crayon du maître.

Ses paroles, dans tous les sujets, ne sont jamais communes ni basses ; toujours elles s'élèvent à la hauteur des situations même les plus délicates et les plus nobles. Malheureusement les défauts et les négligences de détail abondent. Jamais Scribe n'a eu de prétention au style. « Je fais des pièces, disait-il ; je parle au théâtre comme on parle dans le monde : ma grande préoccupation est de plaire, d'intéresser et d'amuser. »

Sur les dernières années de sa vie. Scribe, qui avait gagné une très belle fortune, travaillait beaucoup moins ; mais il ne cessa jamais de produire. Son dernier grand opéra, le Cheval de bronze, date de 1857.

n avait été reçu membre de l'Académie française en 1836, malgré l'opposition, on ne peut dire de ses ennemis — il n'en avait pas, — mais malgré l'opposition de ses jaloux. Pour lui, il ne fut jamais ennemi ni jaloux de personne. Dans l'auteur dramatique et dans le poète lyrique heureux, il y avait aussi l'homme de bien.

ROYER (Alphonse) et VAEZ (Gustave)

La collaboration des deux auteurs dramatiques a été presque permanente. L'un, Alphonse Royer, est né en 1803, à Paris, d'une famille

honorable dans les affaires ;rautre, GûstaveVaêz, à Bruxelles, en 1812.

 la suite d'un voyage de plusieurs années dans TOrient, Royer embrassa la carrière littéraire et s'associa à Gustave Vaez, qui resta son collaborateur jusqu'à sa mort arrivée en 1862* A la mort de son ami, il quitta la direction de TOpéra, qu'il avait eue après celle de rOdéon, et fut nommé inspecteur général des beaux-arts et officier de la Légion d^bonneur.

Royer et Vaëz ont beaucoup produit. Ils ont écrit ensemble des comédies, des drames, des romans, des voyages qui les firent honora^ blement connaître. A l-Opéra, ils ont donné : lÀde'dè tammermoor^ la Favorite, Don Pasquale, Oihellù, Jérusalmn et Mberi Bruce. Les deux plus célèbres de ces poèmes lyriques sont Lucie &t la Fce&oriU,

La donnée de la FauoWte est extrêmement dramatique; les paroles sont poétiques et bien liées à l'action, sans les banalités et les remplissages ordinaires. Donizetti a fait un chef-d'œuvre de cet opéra émouvant.

Lude de Lammermoor et les autres opéras • de Royer et'ide Vaëz n'ont pas la valeur de la Favorite; mais on y reiconû&it' toujours la main de deux hommes de talent qui travaillent avec conscience, qui s'éloignent autant que possible dU' style plat et des vulgarités que les poètes lyriques se permettent trop facilemeni dans leurs ouvrages destinés à la scène.

BARBIER (Jules) et CARRÉ (Michel)

Ces deux poètes lyriques ont occupé ensemble la scène de l'Opéra et celle de l'Opéra-Comique pendant près de vingt ans. Leur collaboration comnaence en 1852 par Galathée, opéra-comique en trois actes, qui introduisit le genre grec à l'Opéra-Comique, et se termine en 1869 par Don Quichotte, opéra-comique représenté au Théâtre- Lyrique. Leurs pièces principales sont : les Noces de Jeannette, musique de Massé, en 1853 ; Faust, opéra en cinq actes, 1859 ; et Mignon^ opéra-comique, 1866. Faust est une véritable œuvre lyrique. Mignon est délicieuse à la lecture comme à la scène.

SOUMET (Alexandre)

L'auteur de Saûl, en collaboration avec Mallefille, a écrit un opéra biblique en trois actes, David^ tiré de la tragédie qu'il avait fait représenter à TOdéon en i8SI2. LeA auteurs y ont traité la Bible plus que librementy en faisant tuer ionathas de: la main de son père, qui croit tuer Dadd. Oi:, chacun* sait que ce jeunetprince succomba avec son père dans une bataille livrée sur la «montagne de Gelboé. Les deux plus beaux passages de ce poème sont le duo de David et de Michol : Mon âme est enivrée, et l'air de David au troisième acte : Ma harpe, il faut te dire adieu.

MERY (Joseph)

Méry, le célèbre poète marseillais, auteur de tant d'œuvres théâtrales, a donné peu de chose à la scène lyrique. Dans ce qu'il y a laissé on distingue un cachet particulier d'originalité : peu de sensibilité, mais une poésie qui charme, des vers qui semblent plutôt faits pour la musique que celle-ci ne Test pour les vers.

En 1848, il fit représenter à TOpéra un mystère en deux parties, avec musique de Félicien David, sous le titre de VEden, Le passage qui exprime les révolutions du globe terrestre avant là création de rhomme est grandiose.

Erostrate, opéra en deux actes, avait été joué en 1852 sur le théâtre de Bade. II ne le fut à Paris qu'en 1871, quatre ans après la mort de l'auteur. C'est une traduction très libre de l'allemand. La Fable plus que l'Histoire a fourni les incidents du livret.

Herculanum, opéra en quatre actes, fut représenté à Paris, le 4 mars 1859, pour la première fois. Méry eut pour collaborateur du livret Hadet ; la musique est de Félicien David. L'action de ce poème, quelque peu bizarre, se passe sous le règne de Titus. Les auteurs, pour donner plus de grandeur â leur fiction, se sont inspirés des Livres saints. Méry

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a puisé là ses plus belles images, mais, en somme^ Herculanum est une oeuvre hybride et absolument dénuée de couleur historique.

BORNIER (Henri de) et SYLVESTRE

Lorsque la mort vint surprendre Schiller, il travaillait à un drame, DémétriuSt dont le sujet était tiré de l'histoire de la Russie. Un plan très développé et trois scènes entièrement écrites sont tout ce que le grand poète allemand nous a laissé. Ce sujet si fécond et si dramatique du faux Démétrius avait déjà tenté Léon Halévy, dont la tragédie obtint quelque succès en 1830. L'opéra de MM. de Bornier et Sylvestre, Dimitri, représenté en mai 1876, est également un essai historique auquel a servi de base l'esquisse laissée par Schiller. Mais les auteurs de cet opéra, abandonnant la vérité de l'histoire, n'ont pris que la légende de Scbillei*, et n'ont pas su lui donner la clarté qui convient à toute œuvre dramatique. Le succès qu'obtint Dimitri est dû surtout à l'auteur de la musique, M. Yictorin Joncières.

Telles sont les principales œuvres des poètes lyriques les plus renommés au théâtre, pendant le dix-neuvième siècle. L'ensemble que nous avons présenté, en nous bornant à l'essentiel, sufOra, nous l'espérons, à donner une idée générale de la poésie scénique et musicale de notre temps.

C'est dans ie genre lyrique que la poésie de notre siècle s'est le plus distinguée.

Le lyrisme du dix-septième, du dix- huitième et du premier quart du dix-neuvième siècle était trop souvent factice, imité, voulu : c'était du faux lyrisme. Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Sainte Beuve, quelquefois Casimir Delavigne, et après eux Reboul, Brizeux, de Laprade, Autran, surent remonter aux sources de la véritable inspiration. Ils allèrent bien au delà des sages emportements de Malherbe, qui suffisaient au goût pratique et solide du dix-septième siècle, et dépassèrent de beaucoup ce que Gilbert et Lefranc de Pompignan avaient pu, à de rares moments, trouver de hardiesses heureuses. Ils sentirent vivement, par eux-mêmes, et traduisirent dans une langue neuve, vivante, variée, quelquefois sublime, des pensées et des sentiments faits pour être compris par les générations contemporaines. Un des poètes que nous avons nommés, Sainte-Beuve ^, a exprimé ainsi ce que voulait, ce qu'osait celte phalange ardente et audacieuse : a Rendre à la poésie française de la vérité, du naturel, de la familiarité même, et en même temps lui redonner de la consistance de style et de l'éclat ; lui rapprendre à dire bien des choses qu'elle avait oubliées depuis plus d'un siècle, lui en apprendre d'autres qu'on ne lui avait pas dites encore ; lui faire exprimer les troubles de l'âme et les nuances des moindres pensées; lui faire réfléchir la nature extérieure non seulement par des couleurs et des images, mais quelquefois par un simple et heureux concours de syllabes ; la montrer, dans les fantaisies légères, découpée à plaisir et revêtue des plus sveltes délicatesses ; lui imprimer, dans les vastes sujets, le mouvement et la marche des groupes et des ensembles, faire voguer des trains et des appareils de strophes comme des flottes, ou les enlever dans l'espace comme si elles avaient des ailes; faire songer dans une ode, et sans trop de désavantage, à la grande musique contemporaine ou à la gothique architecture. »Nous ajouterons, avec le critique-poète, que si Ton n*a pas réalisé tout cela, on a du moins le droit de mettre le résultat à côté du vœu, et que l'on peut sans trop rougir confronter l'ensemble de l'œuvre avec les premières espérances.

^ Causeries du Lundi, 12 octobre 1857.

Les poètes lyriques et élégiaques du dix-neuvième siècle, avec des mérites inégaux, représentent surtout la poésie personnelle et intime. Dans leurs productions tout n'est pas l'expression vraie de la personne : le poète n'a pas toujours senti ce qu'il a écrit ; plus d'une pièce nous donne, au lieu de l'écrivain lui-même, l'image flatteuse qu'il veut laisser de lui. Mais que de pages immortelles de cette poésie nouvelle en France enrichiront notre trésor littéraire 1

Avant d'aborder les créateurs de la poésie lyrique, disons rapidement, pour acquitter notre conscience d'historien, ce que firent, ce qu'essayèrent les continuateurs plus ou moins stériles ou tristement féconds de l'ancienne école. Quelques-uns, comme Millevoye, furent encore des poètes.

MILLEVOYE (Charles-Hubert)

Millevoye est un très aimable disciple de Delille et de Fontanes, et, pour les sentiments naturels^ pour la rêverie, pour l'expression de Tamour filial, pour la mélodie, il est, quoique épicurien, un doux et tendre précurseur de Lamartine. D'autres côtés de ce talent qui manque d'une forte originalité rappellent Florian, dont il savait par cœur toutes les fables et dont il mettait au-dessus de tout la Ruth et V Estelle et Galathée.

Écoutant les conseils que Parny lui donnait comme à tous les jeunes poètes^ il entreprit de rajeunir la poésie française en y introduisant des éléments nouveaux et des sujets pris dans une nature étrangère. La tentative était louable, mais, pour la conduire à de sérieux résultats, il eût fallu un tempérament poétique plus vigoureux que celui de Millevoye. Il se figura bien à tort avoir créé un genre et fait faire à la littérature un pas dans une voie nouvelle. Ses héros, dénués de vie, sont peints d'un crayon sans fermeté. L'Arabe pleurant son coursier, la négresse se réfugiant sous l'ombre du mancénillier pour mourir fidèle à son amant, la Persane blessée d'amour par le même chasseur dont les traits viennent d'atteindre la gazelle, et comparant son sort à celui du gracieux animal, tout cela est traité dans un style uniformément vieillot, languissant, chargé d'épithètea.de convention. Le coursier de l'Arabe est toujours « fidèle », la négresse « une belle insulaire, » et le persan « la langue d'Usbeth ». Les Javanaises et les Persanes y parlent juste comme on devait causer dans le boudoir de M^^ Hamelin, et le capitaine négrier lui-même, quoique farouche et cruel, n'a pas la plus petite inconvenance de langage à se reprocher *.

MiUevoye, par système et par faiblesse de talent, bannissait soigneusement de sa poésie l'accent et le relief. Il appréhendait p?)r-dessu8 tout l'excès et s'efforçait de se muintenir dans une sorte de juste milieu poétique, évitant la couleur et Toriginalité sous prétexte de modération et de bon goÙH.

Son premier recueil d'élégies fut publié en 1812. Le volume s'ouvre par la Chute des feuilles, qui avait récemment obtenu le prix aux Jeux Floraux. C'est une élégie touchante, mais l'auteur la gâta en y rêve < nant plusieurs fois. Elle est pourtant son œuvre la plus forte, la«eule qui restera de lui probablement. On a beaucoup abusé de la Gimte

^ Avertissement des Œuvres complètes de Millevoye.

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des feuilles ; on Ta critiquée même avec beaucoup de séyëritë, mais on n'est pas arrivé à rendre ce morceau fastidieux, tant est douce et sympathique la figure du jeune malade qui regarde sa vie décliner avec la saison et songe à cacher à sa mère la place où il dormira son dernier sommeil sous la terre froide et les feuilles mortes, seul, délaissé de l'amour, dans le silence du mausolée troublé seulement par le bruit des pas du berger indifférent.

Si Millevoye ne contribua pas à préparer la grande révolution littéraire du dix- neuvième siècle, il eut au moins sur la plupart de ses devanciers l'avantage d'être un poète, et non un artisan de rimes plus ou moins habile.

LOYSON (Charles)

Charles Loyson, qui appartint longtemps à l'Université comme professeur au lycée Bonaparte, et plus tard comme maître de conférences àTÉcole normale, publia en 1819, une année avant sa mort, un volume de poésies intitulé Épitres et Élégies.

Ses Élégies ont un accent de douce tristesse, de mélancolie résignée, qui laissent dans Fâme une impression de mol attendrissement. VMnfant heureux, imité de l'Allemand Griliparzer, comme VAnge et VEnfant de Reboul, est dans toutes les mémoires ; la touchante élégie, le Lit de mort, rappelle, par le sujet et par le ton, les meilleurs vers de Millevoye. Le poète, languissant, malade, annonce à ceux qui l'entourent sa mort prochaine :

« Cessez de me flatter d'une espérance vaine, Cessez, ê mes amis, de me cacher vos pleurs I La sentence est portée ; oui, ma mort est certaine, Et je ne vivrai plus bientôt que dans vos cœurs !

Pour la dernière fois j*ai vu briller Taurore, Pour la dernière fois ce beau soleil m*a lui ; Votre ami, succombant au mal qui le dévore, Sur le déclin du jour va s'éteindre avec lui. »

Un an plus tard, cette prévision funèbre était réalisée. Le poète avait vu fuir ses rêves de gloire, de bonheur et de paix. Seule, la mort ne l'avait pas trompé.

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