L'ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE
LACORDAIRE (Jeàn-Bàptiste-Henri)
Fils d'un médecia du département de la Côte-d'Or, Jean-Baptiste- Henri Lacordaire est né au bourg de Recey-sur-Ource, le 12 mars 1802.
Il fit ses éludes au collège de Dijon. Élève médiocre, nous a-t-il dit S aucun succès ne signala le cours de ses premiers travaux. Mais tout à coup, en rhétorique, son esprit se développa, et à la fin de Tannée, « sans se donner trop de peine, écrit Sainte-Beuve, il remportait tous les prix. » Un cours de philosophie pauvre, sans étendue et sans profondeur, termina ses études classiques. Il sortit du collège à Tâge de dix-sept ans, avec une religion détruite et des mœurs menacées, mais honnête, ouvert, impétueux, sensible à l'honneur, ami des belles-lettres et des belles choses, ayant devant lui, comme le flambeau de sa vie, l'idéal humain de la gloire '.
C'est dans ces dispositions d'esprit et de cœur qu'il fit son droit à Dijon et se rendit à Paris, dans sa vingtième année, pour faire son stage. Incroyant dès le collège, il était devenu libéral sur les bancs de l'École de droit, quoique sa mère fût dévouée aux Bourbons et qu'elle lui eût donné au baptême le nom de Henri en souvenir de Henri IV, la plus chère idole de sa foi politique ^,
Le jeune avocat commençait à plaider avec succès, mais sans goût. L'orage était au fond de son cœur. Il vivait seul, étranger à tout parti, sans flot qui le portât, sans guide et sans lumière, sans amitié qui le soutint, sans foyer domestique qui lui donnât, le matin, la perspective des joies du soir.
Dans cet état d'isolement et de mélancolie intérieure, Dieu vint le chercher. Subitement, sans qu'aucun livre, aucun homme fût l'instrument de Dieu auprès de lui, sans qu'il ait pu jamais se rappeler à quel jour, à quelle heure et comment la foi perdue depuis dix années se réveilla dans son cœur comme un flambeau qui n'était pas éteint, l'évidence historique et sociale du christianisme lui apparut avec un
^ Lettres à des jeunes gens^ p. 433. Fragment de ses Mémoires inédits. « Ibid.-^^ Ibid.y p. 439.
irrésistible éclat. Il lutta six mois, parce qu'il avait Tesprit très incrédule en même temps qu'il avait l'âme extrêmement religieuse, comme il récrivait lui-même à un ami, le 10 novembre 1824. Au bout de ce temps, il était pleinement converti et décidé à embrasser l'état ecclésiastique. Déjà Berryer lui avait conseillé de se faire prêtre dans l'intérêt de sa gloire.
Uniquement pour son salut et pour celui de ses frères, et non pour rencontrer la célébrité, Lacordaire entra bientôt au séminaire de Salnt- Sulpice, où il retrouvait, a-t-il dit lui-même, « son enfance de cœur».
En 1830, peu de temps après son ordination, le jeune prêtre se lia avec l'abbé de Lamennais, « alors couvert de gloire, porté dans l'opinion comme un Père de l'Église * . » L'auteur de VEssai sur Vindifférence, pendant quinze ans royaliste et ultramontain passionné, était resté ultramontain après 1830 ; mais le royaliste avait fait place au démocrate radical. Lacordaire embrassa toutes ses opinions avec enthousiasme, séduit surtout par le sentiment très vif qu'avait Lamennais du besoin d'un enseignement social de la foi catholique. Quand Y Avenir parut, le futur dominicain se fit remarquer parmi les plus énergiques et les plus consciencieux rédacteurs de ce journal qui avait pris pour devise : Dieu et liberté! Cette feuille, violente jusqu'à l'outrage contre ses adversaires, n'épargnait guère les catholiques, prêtres ou évêques, qui n'adoptaient pas ses systèmes. L'encyclique du 15 août 18321a frappa, après que Lamennais, qui était allé à Rome avec Lacordaire, eut refusé de se rendre aux paternels conseils du Saint-Siège. Plus docile que son maître, Lacordaire se soumit à la censure pontificale et reconnut avec droiture ses exagérations de style et d'idées.
De retour à Paris en avril 1832, Lacordaire eut le bonheur de trouver un guide sûr dont il subit toujours, avec la simplicité d'un enfant, l'influence toute maternelle. Personne n'ignore quels liens d'amitié l'attachèrent à M"*® Swetchine, cette femme incomparable par son esprit si distingué et par son cœur si noble et si grand. Elle le consola dans ses chagrins, le tempéra dans sa fougue, le dirigea dans ses projets ; elle lui fit entendre son salutaire «prenez garde», et le retint sur les pentes où l'entraînaient les ardeurs de sa nature. Ainsi qu'il l'écrivait un jour, « elle lui apparut comme l'ange du Seigneur à une âme qui lutte entre la vie et la mort, entre le ciel et la terre •. »
A peine revenu de Rome, Lacordaire, au lieu de courir au-devant de la renommée, s'enferma dans la solitude et passa toute une année dans l'étude et la prière. Lorsque Lamennais eut consommé sa rupture avec le Saint-Siège par les Paroles d'un croyant y il publia une réfutation des doctrines de son ancien maître. 11 eut le mérite de combattre ses erreurs sans descendre à aucune expression injurieuse ou violente.
i Lettres à des jeunes gens, p. 349, 6 mars 1854. * Lettre de Lacordaire h M»" Swetchine, 1833.
Quand il sortit de sa retraite, Lacordaire entreprit des conférences pour les élèves du plus modeste alors des collèges de Paris, le collège Stanislas. La chapelle trop petite ne put contenir la foule considérable qui afQuait du dehors, et les conférences, commencées le 19 janvier 1834, eurent bientôt un grand retentissement ; mais l'esprit en fut Incriminé, et le jeune orateur, dénoncé à Rome et auprès du gouvernement, accusé surtout auprès de l'archevêque de Paris* fut obligé de les interrompre pendant Thiver de 1834 à 1835. Une tribune plus digne de son zèle et de son talent devait lui être offerte.
C'est en 1835 que les conférences de Notre-Dame, pendant le carême, lui furent confiées. Organisées, l'année précédente, pour la jeunesse des écoles, elles n'obtinrent pas le succès désiré ; et alors, sur les instances réitérées d'une députation d'étudiants qui avait Ozanam pour chef, M^' de Quélen appela le prédicateur déjà célèbre du collège Stanislas. Une condition lui fut imposée : il livrerait préalablement à l'examen de ses supérieurs un plan et des cadres de conférences. Lacordaire se soumit, et, après un rapport favorable de l'abbé Affre, il commença la prédication.
La forme du nouveau conférencier était toute nouvelle en chaire ; elle touchait de très près au romantisme. Elle installait en pleine cathédrale gothique les hardiesses de style de Chateaubriand, de Lamennais, de Joseph de Maistre, de Montalembert, avec un fonds de libéralisme qui plaisait à beaucoup, mais qui Inspirait bien des craintes à quelques-uns. La jeunesse l'acclamait avec enthousiasme. Pour lui, cependant, la forme n'était qu'un moyen ; Lacordaire s'en servait pour ramener à Dieu ceux dont peu auparavant il avait parlé la langue.
Dans ses immortelles conférences de 1835, le sujet fut l'Église : il traita de la nécessité d'une Église enseignante, de sa constitution, de son autorité morale et infaillible, du chef de l'Église, et des rapports de l'Église avec l'ordre temporeL Le succès fut très grand ; les polémiques suscitées furent aussi fort vives.
Pendant le carême de 1836, ses conférences roulèrent sur la doctrine de l'Église en général et ses sources. L'orateur les fit devant le plus magnifique auditoire dont notre génération ait gardé le souvenir. « Sa fierté s'en émut, sa modestie s'en alarma S » et, malgré les vives instances de M»' de Quélen, il quitta la chaire de Notre-Dame de Paris.
Lacordaire partit pour Rome. Ilallait s'y retremper dans la solitude et la prière, y chercher un recueillement et une préparation dont il croyait avoir besoin. Plus tard il regrettera de n'avoir pas prolongé davantage ce temps béni de silence et de travail et de n'avoir pu le donner tout entier à l'étude de la théologie.
Cependant, à la date du 14 décembre 1836, en réponse aux Affaires de Rome de Lamennais, il écrivit sa Lettre d'un ami sur le Saint-Siège.
i Comte de Falioux, Madame Swétchiney sa vie et ses œuvres, 1. 1, p. 363.
n y fait l'apologie des actes de la papauté avant et depuis 1830, et démontre que ces actes ont toujours été empreints d'une prudence consommée et d'un courage passif à toute épreuve, H établit qu'il n'est pas vrai que le gouvernement pontifical soit entré dans l'alliance des gouvernements absolus et qu'il voie avec inimitié tout pays dont les institutions essayent de rappeler les anciennes franchises de l'Église catholique. « Mère de tous les peuples^ Rome, dit-il, respecte toutes les formes de gouvernement qu'ils se donnent ou que leur crée la force des choses et du temps. » Enfin, il présente avec une éloquence émue l'exposé de la question sociale et de la mission de cette môme papauté.
Après avoir publié la Lettre sur le Saint-Siège, « sollicité par une grâce plus forte que lui, persuadé que le plus grand service à rendre à la chrétienté, au temps où nous vivons, était de faire quelque chose pour la résurrection des ordres religieux, » il entra au couvent des Dominicains, où il revêtit la robe blanche, le 6 avril i840. Ce ne fut point sans avoir auparavant soutenu contre lui-môme de rudes combats ; car « tandis qu'il ne lui en avait rien coûté de quitter le monde pour le sacerdoce, il lui en coûta tout d'ajouter au sacerdoce le poids de la vie religieuse * . »
Lacordaire passa quatre ans à Rome. Avant de revenir dans sa patrie, il composa le Mémoire pour le rétablissement en France de V ordre des Frères Prêcheurs, où il répondait à deux questions : Pourquoi Lacordaire était-il entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs ? Convenaitil de laisser à cet ordre la Uberté de s'établir en France ? Cet écrit, fortement raisonné, plein de chaleur et de verve, respire en même temps une douce ironie et une noble fierté ; il produisit une impression profonde. L'opinion demeura favorable aux desseins exprimés avec tant de simplicité et d'éloquence. Peu après, en 1840, Lacordaire pubhait la Vie de saint Dominique, livre écrit avec foi et amour, où la grande figure du saint moine est dessinée de main de maître.
Enfin, le 14 février 1841, le jour de l'inauguration des Frères Prêcheurs en France, le régénérateur de l'ordre de Saint-Dominique reparut dans la chaire de Notre-Dame et prononça son magnifique discours sur la Vocation de la nation française, « 11 parut, dit Montalembert, avec sa tète rasée et sa tunique blanche, au milieu de six mille jeunes gens ; il fut aussi éloquent que jadis, et ne souleva alors aucune opposition sérieuse *. »
Après cette prise de possession de la chaire de Notre-Dame par la liberté monastique, il s'écoula près de trois ans. Ce ne fut qu'en décembre 1843 que Lacordaire reprit, à Paris, ses conférences, qu'il devait continuer jusqu'en 1851. Il salua avec joie les tours de Notre- Dame et cette incomparable nef, « sa grande patrie '• n Son auditoire,
• Mémoire dicté en octobre 1861.
• Le Correspondant, 1862, 2« série, t. XIX, p. 189.
• Lettres à des jeunes gens, 19 juin 1854.
c'est l'humanité ; car sa parole, dite à ceux qui sont là présents, va rejaillir partout ce comme ces cailloux lancés sur la surface des mers qui, de bond en bond et portés par les flots, vont atteindre au loin leur but * . »
Lorsque, au moment de la plus grande exaspération d'un certain public contre ce qu'on appelait « le parti clérical », l'intrépide dorni* nicain remonta dans la chaire, il se savait Tobjet de menaces terri* blés. Mais son calme était parfait, et il commença tranquillement sa magnifique conférence sur la certitude rationnelle de la doctrine catholique. On Técouta avec sympathie et admiration, et si, dans l'auditoire, des pensées coupables s'agitaient, elles furent désarmées. Il parut, dans les conférences suivantes, avoir gagné tous les cœurs et tons les esprits ; la bienveillance et l'estime étaient du moins universelles. Ces dispositions favorables furent encore augmentées par les conférences de 1844, des Effets de la doctrine catholique sur Vâme ; par celles de 1845, des Effets de la doctrine catholique sur la société ; par celles de 1846, sur Jésus-Christ,
En 1846, le P. Lacordaire entre plus à fond dans le dogme catholique. Il y traite de la vie intime de Jésus-Christ et de sa puissance publique, de sa préexistence, de l'établissement, de la perpétuité et du progrès de son règne, des vains efforts du rationalisme pour anéantir, pour dénaturer sa vie en l'expliquant. C'est là, dans ces discours, a dit Montalembert, « que se trouvent les plus merveilleux trésors de son éloquence. »
Cette parole magique transportait l'auditoire. L'effet produit était immense, et le nom du P. Lacordaire volait de bouche en bouche par toute la France, entouré de la plus vive admiration.
Sa voix, d'ailleurs, s'était déjà fait entendre dans plusieurs grandes villes. Bordeaux, Nancy, Metz, Grenoble, Lyon, l'avaient écouté avec ravissement. En dehors de ses grandes conférences de Paris, l'éloquent religieux aimait encore à se faire l'apôtre de la province et môme de l'étranger ; et cela dura dix ans au moins, et toujours avec un succès merveilleux.
En 1843, à Metz, l'enthousiasme fut immense. La nef de la grande cathédrale, dès les premiers jours, devint insuffisante. « La garnison et les écoles, rapporte M. Foisset , formaient la portion la plus nombreuse de ce splendide auditoire : les trois cinquièmes au moins des assistants portaient l'épaulette. Et ce ne fut pas l'entrain d'un jour : quatre mois durant, tous ces officiers suivirent les conférences avec autant d'assiduité qu'ils avaient suivi jadis leur catéchisme '. »
A Lyon, à Dijon, à Liège, à Marseille, partout il provoquait les mêmes triomphes.
Le P. Lacordaire avait atteint la plus haute réputation ; son nom
* XXIV*' Conférence de Notre-Dame, 1844. > Foisset, Vie du P, Lacordaire, p. 422.
jouissait môme d'une certaine popularité quand vinrent les journées de février 1848. Il vit avec joie la révolution qui substituait la république à la monarchie.
n avait toujours rêvé la réconciliation pleine et franche du christianisme, du catholicisme avec le siècle, et l'affranchissement de l'Église de tout assujettissement à l'État. A l'aurore de la révolution de 1830, il avait déjà déclaré que, selon lui, l'Église avait « besoin de rompre tous les liens qui l'enchaînaient à l'État et d'en contracter de nouveaux avec les peuples *. »
Dans l'espoir de contribuer à ces réconciliations trop retardées, à ces rénovations fécondes, il se laissa porter à l'Assemblée constituante. Mais il ne fit qu'apparaître sur les bancs des représentants du peuple. Il comprit qu'il avait lui-môme trop d'ardeur pour des luttes si ardentes ; au lieu de grandir, l'influence de sa parole s'y fût amoindrie. Les attaques furieuses de la presse démagogique achevèrent de le désillusionner ; son vêtement offusquait certains yeux ; il se démit de son mandat de député de Marseille et se redonna tout entier aux soins de la prédication, à Notre-Dame.
Jamais ses conférences ne furent plus suivies que pendant les stations de 18 i8, où il parla de Dieu ; de 1849, où il parla du commerce de l'homme avec Dieu ; de 1850, où il traita de la chute et de la réparation de l'homme ; et de 1851, où il traita de l'économie providentielle de la réparation.
Mais une profonde déception allait écarter pour jamais le P. Lacordaire de cette chaire où sa chrétienne et libre voix avait si longtemps fait retentir des paroles qui faisaient battre tous les nobles cœurs et transportaient tous les généreux esprits. La liberté périt dans un cataclysme trop prévu. L'orateur libéral préféra se taire que de rien changer à l'évangélique indépendance de sa prédication. L'année du coup d'État fut la clôture des conférences de Notre- Dame dont il termina la dernière station par des adieux touchants et solennels.
Il se retira dans une pieuse et studieuse solitude. Mais, incapable de se désintéresser des affaires publiques, il ressentait chaque jour davantage « le poignant chagrin des choses et des hommes d'aujourd'hui • ». Il lui était dur de porter ce poids. Une occasion digne de lui s'étant présentée, il s'en déchargea, sûr, d ailleurs, de n'obéir qu'aux mouvements irréprochables de sa conscience indignée.
Le 10 février 1853, il prononça, dans l'église Saint-Roch, un sermon de charité sur les obligations de la virilité chrétienne dans la vie publique et privée. Cette improvisation restée inédite touchait à des questions brûlantes.
Dans son zèle chrétien et libéral, l'orateur dépassa peut-être les ter-
*■ Lettre à M. Mauguin, bâtonnier de l'ordre des avocats, 24 septembre 1830.
* Lettres à des jeunes gens.
mes de la prudence. Toujours est-il que, depuis lors, il cessa toute prédication dans la capitale .
Deux ans plus tard, les devoirs de sa charge de provincial l'amenèrent à Toulouse. Sur l'invitation de l'archevêque, M»' Mioland, le P. Lacordaire reprit, pour la nombreuse jeunesse de cette grande et catholique cité, la suite des conférences qu'il avait autrefois prêchées dans la première chaire de l'Église de France. Il fit entendre à cet auditoire « moins vaste et moins célèbre, mais qui avait conservé avec le culte de la religion celui des lettres, avec les traditions de la foi celles du goût et du savoir *, » six conférences « les plus éloquentes, a dit Montalembert, les plus irréprochables de toutes » : elles se rapportaient à l'enseignement moral qui devait continuer l'enseignement philosophique et rationnel commencé dans la capitale. Avec une éloquence rajeunie et mûrie, avec une onction qu'il n'avait peutêtre jamais eue si profonde et si suave, il parla de la vie en général, de la vie des passions, de la vie morale, de ce que peut la vie morale pour conduire l'homme à sa fin, de la vie surnaturelle, enfin de l'influence de la vie surnaturelle sur la vie privée et la vie publique. Outre ces conférences, il prononça, le 3 juillet, dans la séance publique de l'assemblée de législation de Toulouse, un discours sur la Loi de Vhistoire, où, traçant le programme d'une démocratie libérale et catholique, il établit que les tendances de l'esprit moderne ne sont pas contraires à l'esprit de l'Église, que la liberté religieuse et la liberté politique sont aussi favorables au catholicisme que naturellement favorisées par lui.
A la fin de cette station de Toulouse dont la dernière conférence, la plus belle et la plus élevée de toutes, contenait des hardiesses qui le forcèrent, et cette fois définitivement, de renoncer à la parole publique, la direction de l'école de Sorèze lui fut ofi'erte. Il accepta: l'illustre prédicateur de Notre-Dame consentit à aller s'ensevelir dans le département du Tarn pour rétablir et régénérer la grande école catholique fondée au dix-septième siècle par les bénédictins de Saint- Maur. Dès lors il ne vécut plus que pour sa grande tâche, et cessa même de se mêler par la plume aux affaires religieuses et politiques de son temps.
Cependant une dernière gloire publique lui était réservée. Jamais le P. Lacordaire n'avait songé à l'Académie française. On vint à lui dans sa solitude : ses amis d'abord, M. de Montalembert et M. de Falloux, et puis ses admirateurs. Cousin, Yillemain, Gjiizot. Madame Swetchine mourante pensa que ce serait une faute à lui de refuser, parce qu'il y avait, dans ce mouvement spontané d'hommes éminents vers un religieux, un hommage à la religion. Cet honneur, du reste, lui paraissait à lui-même très compatible avec sa position religieuse ^
■ * Lettres à des jeunes gens, p. 389, 7 décembre 1859. s Ibid,, p. 385, 16 novembre 1859. '
Il céda, se présenta, se soumit aux visites d'usage, et, le 24 janvier 1861, il eut la gloire d'être le premier membre du clergé régulier appelé à siéger parmi les Quarante.
Son discours était impatiemment attendu ; sa réception fut des plus solennelles. 11 fit un éloge digne et grave de son prédécesseur M. de Tocqueville, Féminent économiste qu'il montra désabusé, et,, dans le calme de la raison, prévoyant les dangers de l'avenir.
En recevant dans son sein le P. Lacordaire, l'Académie, où siégeaient les Villemain, lesGuizot, les Cousin, les Lamartine, lesThiers^ les Berryer, les Montalembert, voulait en même temps récompenser l'homme de bien et le grand religieux, et rendre hommage h l'éloquence. Peu d'orateurs ont égalé le célèbre conférencier de Notre- Dame. Quand on relit ses vigoureux discours, involontairement l'esprit se reporte à ces paroles de saint Jérôme : « Courageux, robuste et ferme au combat, tantôt il présente le flanc à l'ennemi, et tantôt il fond sur lui tête baissée *. » Là peut-être est tout entier le secret de ses triomphes : le courage, la fierté, la fougue, presque la témérité animaient tout chez lui, le geste et la pensée, le mouvement pt l'inspiration. Il séduisait par l'ampleur, la richesse, la beauté de ses développements et forçait l'admiration de la foule. Cependant cet immense talent oratoire n'était pas sans défauts. Lacordaire éblouit plus qu'il ne convainc et n'attendrit. Sa dialectique, en certains discours, est faible et confuse. Trop souvent, le raisonnement est remplacé par la recherche des comparaisons pittoresques ou des meta* phores éclatantes. Parfois môme l'orateur semble abandonner son sujet, ou le perdre entièrement de vue, tant il s'en éloigne. Enfin, l'emphase et la recherche apparaissent fréquemment ; on dirait alors que l'éloquent dominicain n'est plus lui-même et qu'il fait de Chateaubriand, de Victor Hugo, et même du déclamateur Odilon Barrot, ses modèles oratoires. De plus ses connaissances historiques sont étroites, toutes classiques dans l'acception la plus resserrée de ce mot ; cette langue si personnelle est quelquefois un peu bizarre et n'est pas constamment correcte. Mais aussi, dans ses discours d'une haute et toute religieuse inspiration, quel éclat toujours croissant de parole I et quelle variété de mouvements imprévus 1 quelle fraîcheur d'imagination I que de chaleur d'âme et de verve entraînante I
On comprend que Lacordaire ait attiré sur lui tous les regards et que des jugements divers aient été portés sur ses actes et ses dis* cours. C'est le privilège du génie de passionner les hommes en senscontraires. Tandis que, du haut de la chaire de Notre-Dame, sa parole jetait tant d'éclat et enthousiasmait les multitudes, les critiques, les plus amères, les attaques de toute sorte ne furent point épargnées à l'éloquent religieux. L'auteur du Prêtre devant le sièck no
i « In disputando nodosus et tenax et qoi obliquo et acuminato pugnet capite. x> {Êpist, XXXII ad Dominim.)
craignit point d'appeler ses conférences « la pltis parfaite dégradation de la parole. » Louis Veuillot écrivit : « Si Tancien rédacteur de l'Avenir a des opinions qui ne sont pas celles du Saint-Siège, il se trompe encore une fois, et voilà tout*. » A propos de quelques paroles imprudentes sur rinquisition, M. Vahhé Morel le renvoya dédaigneusement à son bréviaire ; et ce qui augmenta la controverse, M. Eugène Pelletan prit la défense du P. Lacordaire •. Au jugement de Pierre Leroux, Fillustre dominicain devait être regardé comme un profanateur, un sacrilège abaissant o la sainte doctrine de Jésus-Christ au niveau des systèmes économiques les plus immoraux » ; il était le plus arriéré, le plus catholique, le plus tdtramontain des prêtres'.
Ce furent cependant ses doctrines indépendantes qui lui attirèrent les coups les plus sensibles. Par son esprit, par son cœur, par tout ce qu'il avait en lui d'instincts nobles et généreux, le P. Lacordaire était libéral: Il se montra tel dès le début de sa carrière, comme nous l'apprend un curieux fragment de ses Mémoires : à peine eut-il entendu à son oreille le retentissement des affaires publiques qu'il fut dé sa génération par l'amour de la liberté comme il devait en être un instant par l'ignorance de Dieu et de l'Évangile *.
Il céda, comme bien d'autres, à des illusions et à des entraînements ; lui-môme en convient. Il parut dans les clubs, et goûta quelque satisfaction à s'y faire applaudir. Mais son libéralisme ne fut jamais que l'amour d'une sage et chrétienne liberté. « Il croyait sincèrement à la réconciliation et à l'alliance future de la religion avec la société par un respect réciproque de leurs droits. Tout son libéralisme était là, dit un de ses biographes. Il croyait à la liberté, parce qu'il l'estimait aussi nécessaire à l'Église qu'à l'État, selon cette formule : la religion a besoin de liberté ; la liberté a besoin de la religion ^. »
Si l'on veut savoir maintenant quel est le caractère particulier de sa prédication, il nous l'apprend lui- môme dans la préface de ses Conférences de Notre-Dame de Paris:
ci Les conférences que nous publions, dit-il, n'appartiennent précisément ni à renseignement dogmatique, ni à la controverse pure. Mélange de Tuno et de l'autre, de la parole qui instruit et de la parole qui discute, destinées à un pays où l'ignorance religieuse et la culture de l'esprit vont d'un pas égal, et où Terreur est plus hardie que savante et profonde, nous avons essayé d'y parler des choses divines dans une langue qui allât au cœur et à la situation de nos contemporains. Dieu nous avait préparé à cette tâche en permettant que nous vécussions d'assez longues années dans l'oubli de son amour, emporté sur ces mêmes voies qu'il nous destinait h reprendre un jour dans nn
1 Mélanges, 2* série, t. V, p. 489.
* Lettre sur l'Inquisition^ 0 juin 1850,
* Revue sociale, mai 1846, 1847, avril 1848.
* Lettres à des jeunes gens, p. 437-438.
* Le P. Chocarne, Vie du R, P. Lacordaire, t, II, p. 241.
Il céda, se présenta, se soumit aux visites d'usage, et, le 24 janvier 1861, il eut la gloire d'être le premier membre du clergé régulier appelé à siéger parmi les Quarante,
Son discours était impatiemment attendu ; sa réception fut des plus solennelles. Il fit un éloge digne et grave de son prédécesseur M. de Tocqueville, Téminent économiste qu'il montra désabusé, et> dans le calme de la raison, prévoyant les dangers de l'avenir.
En recevant dans son sein le P. Lacordaire, l'Académie, où siégeaient les Villemain, lesGuizot, les Cousin, les Lamartine, lesThiers, les Berryer, les Montalembert, voulait en même temps récompenser l'homme de bien et le grand religieux, et rendre hommage à l'éloquence. Peu d'orateurs ont égalé le célèbre conférencier de Notre- Dame. Quand on relit ses vigoureux discours, involontairement l'esprit se reporte à ces paroles de saint Jérôme : « Courageux, robuste et ferme au combat, tantôt il présente le flanc à l'ennemi, et tantôt il fond sur lui tête baissée *. » Là peut-être est tout entier le secret de ses triomphes ; le courage, la fierté, la fougue, presque la témérité animaient tout chez lui, le geste et la pensée, le mouvement pt l'inspiration. Il séduisait par l'ampleur, la richesse, la beauté de ses développements et forçait l'admiration de la foule. Cependant cet immense talent oratoire n'était pas sans défauts. Lacordaire éblouit plus qu'il ne convainc et n'attendrit. Sa dialectique, en certains discours, est faible et confuse. Trop souvent, le raisonnement est remplacé par la recherche des comparaisons pittoresques ou des meta* phores éclatantes. Parfois même l'orateur semble abandonner son sujet, ou le perdre entièrement de vue, tant il s'en éloigne. Enfin, l'emphase et la recherche apparaissent fréquemment ; on dirait alors que l'éloquent dominicain n'est plus lui-même et qu'il fait de Chateaubriand, de Victor Hugo, et même du déclamateur Odilon Barrot, ses modèles oratoires. De plus ses connaissances historiques sont étroites, toutes classiques dans l'acception la plus resserrée de ce* mot ; cette langue si personnelle est quelquefois un peu bizarre et n'est pas constamment correcte. Mais aussi, dans ses discours d'une haute et toute religieuse inspiration, quel éclat toujours croissant de parole I et quelle variété de mouvements imprévus I quelle fraîcheur d'imagination 1 que de chaleur d'âme et de verve entraînante I
On comprend que Lacordaire ait attiré sur lui tous les regards et que des jugements divers aient été portés sur ses actes et ses dicH cours. C'est le privilège du génie de passionner les hommes en contraires. Tandis que, du haut de la chaire de Notre-Dame, sa rôle jetait tant d'éclat et enthousiasmait les multitudes, les critii les plus amères, les attaques de toute sorte ne furent point gnées à l'éloquent religieux. L'auteur du Prêtre devant le si
i « In disputando nodosus et tenax et qui obiiquo et acumiaato pu pite. x> [Êpist, XXXII ad Dominian.)
sens opposé; en sorte qu'il ne nous a fallu, pour parler comme nous l'avons fait, qu'un peu de mémoire et d'oreille, et que nous tenir, dans le lointain de noos-mème, en unisson avec un siècle que nous avions tant aimé. »
n répondait encore à ceux qui lui demandaient quel était le but pratique de ces conférences :
« Quel est, a-t-on dit, le but de cette parole singulière, moitié religieuse, moitié philosophique, qui affirme et qui débat, et qui semble se jouer sur les confins du ciel -et de la terre? Son but, son but unique, quoique souvent elle ait atteint par delà, c'est de préparer les âmes à la foi^ parce que la foi est le principe de Tespérance, de la charité et du salut, et que ce principe, affaibli en France par soixante ans d'une littérature corruptrice, aspire à y renaître, et ne demande que Tébranlement d'une parole amie, d'une parole qui supplie plus qu'elle ne frappe, qui entr'ouvre Thorizon plus qu'elle ne le déchire, qui traite enfin avec l'intelligence, et lui ménage la lumière comme on ménage la vie à un être malade et tendrement aimé. »
C'est pour suivre ce système de ménagements que Lacordaire ne s'engageait pas avec les rationalistes dans une suite de discussions abstraites sur les principes de la certitude ; mais, allant droit aux conséquences extérieures, il se contentait de démontrer que le rationalisme ne pouvait prétendre à aucune influence politique sur la société. 11 établissait que cette influence appartient essentiellement au cbristianisme, mais au christianisme bien entendu, au catholicisme compris dans sa vérité, c'est-à-dire comme le meilleur régime d'institutions économiques, sociales et politiques qui pût se développer pour le plus grand bien de la société. Il sentait l'insuffisance d'un enseignement catholique purement individuel et domestique, et voulait que le catholicisme eût en toutes choses une influence sur la société. Mais il ne demandait pour l'Église aucun privilège ; il ne voulait que la liberté religieuse sincèrement pratiquée pour le bien de l'État et celui de toutes les communautés chrétiennes*. Il s'indignait avec une généreuse véhémence contre les persécuteurs patents et incurables de la religion, l'empereur de Russie, le roi de Hollande ; mais, en général, il était pour ses adversaires plein de ménagements. Il défendait la vérité avec énergie et passion; il se gardait d'insulter, d'irriter personne, et, au penchant de sa carrière, il a pu se rendre le consolant témoignage que, « parmi ses contemporains, la conversion de personne n'avait été mise en péril ou retardée par sa faute *. » Il a bien pu dire quelque part que la raison humaine ne se suffisait à elle-même dans aucun ordre de choses et que la guerre était entre la foi et la raison ^ ; mais ce vrai cathohque, dont les doctrines ont été
1 Lettre écrite à M. Guizot^ de Sorèze, le 2 novembre 1861, par Lacordaire, dix-neuf jours avant sa mort, s Lettres à des jeunes gens, p. 324, 24 août 1856. ' Lettre sur le Saint-Siège,
jugées irréprochables par le Saint-Siège, n'aimait pas à ravaler la raison, et Tune de ses convictions les plus énergiques était que le dogme ne peut être en rien opposé à la raison. Tout en soutenant la nécessité de la foi, son éloquence grandissait jusqu'au sublime à défendre les droits de la raison et de la liberté.
Les accents de Lacordaire pouvaient quelquefois paraître trop humains à la foule de ses auditeurs; le pieux moine était pourtant, alors, dégagé des vues terrestres autant que peut l'être un homme, et le brillant orateur cachait un religieux affamé de martyre.
Pour savoir combien la fièvre de la gloire stimulait peu le père Lacordaire dans cette carrière de l'éloquence, il faut lire surtout ce qui a été publié de sa précieuse correspondance : les Lettres à des jeunes genSf la Correspondance avec M^^ Swetchine, les Lettres de direclion, dont malheureusement on ne connaît encore qu'un petit nombre. Là cette âme angélique se découvre sans mystère et sans fausse honte : tous ses désirs allaient au ciel^ toutes ses préoccupations étaient pour le biein des hommes. En présence de tant de vertus et d'onctueuse bonté chez un homme k l'extérieur sévère et glacial, on demeure confondu d'admiration. £t si les pensées et les sentiments qui s'emparent de votre âme vous permettent d'examiner le style, vous vous apercevez que ces lettres, tracées au courant de la plume pour être lues dans la plus étroite intimité, sont plus éloquentes, s'il est possible, que les plus éloquents discours du grand orateur.
Plus encore peut-être que dans ses lettres, le P. Lacordaire a épanché toute son âme dans sa vie de Sainte Marie-Madeleine, celui de tous ses écrits qu'il aimait et estimait le plus. Là, que de douces et belles pages sur la résurrection de Lazare, les larmes du Christ, l'amitié de Jésus pour son ami Lazare, Madeleine et Mairthe ! Quelle profondeur de tendresse I Quelle chaleur de sentim ent dans cette âme de prêtre, de moine
Pendant les deux dernières années de sa vie, il avait entrepris de traiter tout le côté pratique de la religion dans des Lettres à un jeune homme sur la vie chrétienne, qui devaient former trois ou quatre volumes, n ne put écrire que trois lettres, sur le culte de Jésus-Christ, comme fondateur de la vie chrétienne, dans les Écritures et dans l'Église. Dès 1852, Lacordaire écrivait à un de ses jeunes amis :
« Je me sens prêt à mourir ; j'ai accompli ce que je voulais icibas, et le reste de mes jours n'aura plus de valeur que pour ajouter Tautorîté de l'âge au passé *. »
De 1852 à 1861, que d'utiles, belles et grandes choses Lacordaire n*at-ilpas ajoutées à son noble passé! Combien en aurait-il pu produire et faire encore si sa dévorante ardeur du dévouement et sa soif inépuisable de privations, de souffrances, de macérations, n'avaient pas, bien avant le temps, consumé cette noble existence, pour le rachat de laquelle tous ses frères, ses fils, ses amis, dans un élan qu'il était digne d'inspirer, offraient au ciel le sacrifice de la leur I
* Lettres à des jeunes gens^ 22 avril 1852.
Le R. p. de RAVIGNAN
« Pour la première fois, à quarante ans accomplis, le Père de Ravignan parut dans une grande chaire. Ce fut dans la magnifique cathédrale d'Amiens que s'annonça l'orateur de Notre-Dame ^ »
Dès le début, il se posa quelques principes d'éloquence dont il ne se départit jamais : une exposition claire et simple de la doctrine catholique ; l'oubli absolu de soi-même ; établissement de cet oubli de soi chez les auditeurs ; éloignement de toute prétention et de tout étalage, de l'ostentation de la science, de l'affectation de la rhétorique, des curiosités de l'esprit, des nouveautés du style et des singularités de l'action.
En 1836, le Père de Ravignan prêcha le carême dans l'église de Saint-Thomas d'Aquin, à Paris. Le succès fut immense. Il n'y eut qu'un cri d'admiration dans les salons, dans les journaux et parmi tous ses auditeurs. La voix publique le désigna pour les conférences du carême de 1837 à Notre-Dame.
Mais, avant de monter dans cette chaire qu'avait illustrée déjà tant d'éloquence, il fut chargé de la station de l'Aven t à Bordeaux. L'orateur n'eut pas le même succès qu'à Amiens et à Saint-Thomas d'Aquin. Sa logique qui éclairait les esprits et son onction qui touchait les cœurs obtinrent cependant des résultats très heureux.
Quand vint le carême de 1837, l'auditoire sous la grande voûte de Notre-Dame fut nombreux et brillant. Il se composait surtout de philosophes, de rationalistes, de matérialistes, de chrétiens indifférents ; l'élite du monde savant était là ; l'archevêque de Paris présidait, entouré de prélats et de prêtres distingués. On était impatient de voir et d'entendre ce religieux qui, pour une vie humble et obscure, avait dédaigné tous les avantages de la puissance, de la fortune et du talent. Le P. de Ravignan n'eut qu'à pardtre pour s'attirer la sympathie et le respect. Avec une physionomie d'une grande noblesse, il avait les traits saillants de l'ascète et le regard d'un saint ; un organe sonore, éclatant ; un geste large, mais sobre et mesuré. L'éloquence coulait de ses lèvres persuasives, adroite, insinuante, toute semée de pièges qui plaisent à l'auditeur heureux de s'y trouver enlacé.
Il semblait difficile de succéder à Lacordaire. La poésie, le génie, une action en quelque sorte magique, l'incomparable orateur avait tout à son service. Mais si Lacordaire séduisait, le P. de Ravignan
* Vie du R. P. de Havignan^ par le P. de Ponlevoy, t, I. p. 164.