ROGER DE BEAUVOIR
L*auteur du Chevalier de Saint Georges, Roger de Beauvoîr, a composé de gracieux poèmes ; les AventuiHéres ; — la Cape et VÉpée ; — Colombes et Couleuvres ; — Œufs de Pâques.
Ses premières pièces, ses chants de cape et d*épèe, ont l'éclat, Tallure vive et fringante des vers de jeunesse, mais ne laissent voir encore ni Toriginalilé de Tinspiration, ni l'individualité de la forme.
L'expansion la plus franche du poète est le léger recueil de Colombes et Couleuvres, livre tout intime, œuvre à la fois triste et riante, mélange inexprimable de sombres tableaux et de fraîches images, de mélancolie et d'amour. Colombes et Couleuvres ! ce titre est l'antithèse moqueuse de la vie humaine, où se heurtent sans cesse la tendresse et la haine^ la joie et le désespoir amer.
On retrouve souvent, dans Colombes et Couleuvres, la poésie humaine et vraie, la poésie du cœur.
GAUTIER (Théophile)
Théophile Gautier naquit à Tarbes, en 1811 ^ Après d'assez bonnes études au collège Gharlemagne, cédant à un goût très prononcé pour la peinture, il entra dans l'atelier de Rioult. Il y travailla pendant quelques années, sans succès. Ses premiers essais littéraires furent plus heureux.
En 1832, il publia Alberius ou VAme et le Péché, légende théologique, un des poèmes les plus étranges que l'on connaisse, et celle de ses oeuvres où brillent avec le plus d'éclat la verve, la jeunesse et l'imagination. Ces tableaux changeants de galetas hideux, de bals resplendissants, de sabbats forcenés, de métamorphoses diaboliques, forment la plus originale et la plus amusante des fantasmagories.
Une pensée commune rattache entre elles les poésies diverses de Théophile Gautier : l'amour exclusif des joies matérielles. Ce thème
1 D*aatres disent en 1808.
est pour lui inépuisable. Parfois une pensée gracieuse apparaît au milieu de ces emportements, amenant ayec elle une impression délicieuse de calme et de repos. Telles, les Colombes, où le poôte exprime, sous un emblème charmant, les lyiille fantaisies qui trayersent son imagination, le soir, à Fheure des rêves.
Les Colombes.
Sur ce coteau, là-bas, où sont les tombes, Un beau palmier comme un panache vert Dresse sa tête, où le soir les colombes Viennent nicher et se mettre à couvert.
Mais le matin elles quittent les branches : Gomme un collier qui s'égrène, on les voit S'éparpiller dans l'air bleu, toutes blanches, Et se poser plus loin sur quelque toit.
Mon âme est l'arbre où, tous les soirs, comme elles, De blancs essaims de folles visions Tombent des cieux en palpitant des ailes. Pour s'envoler dès les premiers rayons.
Le style de son premier recueil est inégal et sans homogénéité. Théophile Gautier, par un amour excessif des productions de son esprit, a confondu là ses péchés de jeunesse et ses chefs-d'œuvre d'âge mûr. Les pièces principales sont : la Thèhaîde, Une larme du diable, la Comédie de la mort.
La Thébatde est une des poésies les plus soignées de Théophile Gautier. L'inspiration est sinon juste et sincère, du moins originale et attachante. C'est le rêve ingénieux d'une Thébaîde fantastique.
Une Larme du diable est une œuvre fort originale, mais trop empreinte de panthéisme. Dans plusieurs passages l'auteur, emporté par la poésie de son sujet, devient touchant malgré lui ; il s'attendrit quand il ne voudrait être que railleur. Cette sensibilité involontaire, cette lutte d'un esprit sarcastique et d'une imagination passionnée donne à la scène un intérêt piquant.
La Comédie de la mort est une suite d'évocations lugubres. Raphaël,. Faust, don Juan , Napoléon apparaissent tour à tour aux yeux du poète,, qui demande à chacun d'eux le secret de la vie et de la tombe. Nul ne le sait. Il se tourne alors vers les plaisirs de la Grèce antique, et cherche à oublier dans leurs gracieuses illusions les problèmes terriblés qui tourmentent son imagination. Mais, au milieu de ces joies factices, la mort se montre à lui sous son aspect le plus horrible.
On doit citer aussi, dans les Poésies divei'se.s, quelques terza rima d'une haute inspiration et d'une harmonie délicieuse. Théophile Gautier, maître et seigneur absolu en ce genre de poème, l'a poussé
Théophile GAUTIER. 44î
à la dernière perfection. Ce qui frappe le plus dans ses œuvres, c'est la marche de (c ce rythme admirable, attaché comme une tresse d'or, qui n'admet aucune défaillance, aucun repos dans le souffle lyrique S » et dont il faut unir les strophes d'une façon si intime par la pensée, que le poète voie surgir et embrasse à la. fois toutes les rîmes, au moment de la composition.
Signalons enfin, avant de nous occuper de la dernière publication poétique de Théophile Gautier, les tercets originaux de la pièce intitulée : le Sommet de la tour. La particularîté la plus frappante de ce morceau est la multitude d'images qu'il renferme, images souvent expressives ou gracieuses, parfois vagues et risquées.
En 1852, parurent les Émaux et Camées. Ces nouvelles poésies furent accueillies avec étonnement. On crut à une mystification. Ce titre indiquant la supériorité de la matière jointe à la perfection de la forme désignait mal un recueil de fantaisies sans nom, sans date, sans choix, sans précédents '. Théophile Gautier a, dans cette œuvre nouvelle, affirmé plutôt ses dons de sculpteur et de peintre que ses qualités de poète. L'idée est restée écrasée sous les richesses massives de la forme. Le sentiment a fait place à l'effet des combinaisons savantes. Ce n'est point là cette poésie aux vers calmes et frais qu'il conseille d'écrire ', cette musique à la voix plaintive qui charme la création et l'humanité ; on ne rencontre à chaque page que des vers sans douceur, sans expression, artistement taillés, mais d'une froideur et d'une rigidité marmoréennes. Gautier a donné à sa pensée un vêtement de granit.
ce Tout passe. — L'art robuste Seul a réternité.
Le buste Survit à la cité.
Sculpte, lime, cisèle, Que ton rêve flottant
Se scelle Dans le bloc résistant. »
Il semblerait que pour lui la poésie existe en raison directe de la
difficulté :
« Oui, l'œuvre sort plus belle
D'une forme au travail
Rebelle :
Vers^ marbre, onyx, émail. »
Le travail de l'ouvrier, de l'artiste si Ton veut, a bien des fois amoindri, rapetissé l'inspiration du poète. Dans le plus grand nombre de
^ Théodore de Banville.
« Cuvillier-Fleury, Études hist. et litt,^ 19 septembre 1852.
8 Le Triomphe de Pétrarque.
ces pièces, Théophile Gautier prête à la matière inerte toutes les sensations des êtres animés. Ces fantaisies panthéistes qui paraissent avoir exigé de grands efforts d'imagination sont froides et monotones. Le recueil abonde de madrigaux fades et de détails mesquins.
Quelques pièces sont plus animées et moins prétentieuses : Roti" delltty le Merle f les Vieux de la Vieille ^ le Souper des annures et les Joujoux de la morte,
A considérer les œuvres poétiques de Théophile Gautier dans leur ensemble, on reconnaît que de grands éloges lui sont dus. Il faut le louer surtout pour Tabondance et l'extraordinaire variété de son vocabulaire quelquefois aventureux, souvent du meilleur aloi et enrichi de maints heureux emprunts faits à notre vieille langue qu'il aimait et étudiait avec passion. Mais deux choses lui ont manqué pour être un poète véritablement distingué : la moralité et le sentiment.
Quelques auteurs se sont étonnés qu'on ait communément refusé à Théophile Gautier ce qu'il possédait peut-être le plus, selon eux : le sentiment, t Ses ouvrages sont trop bien écnts ; de là vient qu'on lui dénie avec tant d'âpreté ce qu'on accorde si facilement aux écrivains vulgaires*. » Aucun littérateur sérieux n'a pu établir son appréciation sur un tel préjugé. Les délicatesses de la forme, la pureté du langage et le soin constant de l'harmonie ne font que rehausser, pour tout homme de goût, les charmes de la poésie tendre ou mélancolique. Mais, on en doit convenir aussi, la recherche trop accusée des images brillantes, des subtilités excessives, des rimes surabondantes ; les tours de force de versification, où la difficulté devient plutôt un but à atteindre qu'un obstacle à surmonter; les raffinements incessants de la pensée et de l'expression sont nuisibles à l'expansion franche et naturelle du sentiment. Le sentiment est communicatif; si l'on s'accorde généralement à trouver froide la poésie de Théophile Gautier, c'est que l'émotion pure et sincère ne s'y rencontre point. Non, ce n'est pas une poésie du cœur, celle dont les inspirations se perdent à travers un excès si étudié de couleur, une enluminure si chargée, une splendeur si aveuglante, un tel fouillis d'épithètes, une telle profusion d'enjambements systématiques, qu'on ne peut la lire sans fatigue et sans ennui.
Théophile Gautier n'a trouvé d'accents vrais et pénétrants qu'aux rares moments où la forme cessait d'être sa plus chère préoccupation. Alors, soit qu'il ait donné à sa pensée « une enveloppe transparente «t figurée », soit qu'il ait exprimé en des vers pleins d'abandon les fantaisies gracieuses de son imagination, soit encore qu'il ait amusé son esprit aux gaies interprétations de la « poésie pédestre et familière » ; alors il a montré combien il aurait pu donner à ses œuvres de charme et d'intérêt, avec plus de tempérance littéraire et moins de prétention artistique.
* Charles Baudelaire, Notice sur Vu Gautier.
LAPRADE (Victor-Richard de)
M. de Laprade descend d'une famille noble que la Révolution frappa cruellement.
Il fut initié par l'exemple de sa mère aux vertus religieuses, et par rexemple de son père aux vertus civiles et sociales. Sa vocation poétique se décida de bonne heure, et il fut toujours fîdèle à la Muse, même dans les années où les occupations d'un haut enseignement littéraire prenaient la plus grande partie de son temps.
L'honneur de M. Victor de Laprade est d'avoir découvert au sentiment de la nature quelques horizons nouveaux. Il fait parler non seulement les oiseaux, mais les fleurs, les fontaines, les arbres, les rochers ; il donne la parole à dés êtres abstraits, à l'esprit des torrents, à l'esprit des glaciers. Mais son adoration de la nature, qu'il sent presque physiquement, eut d'abord trop d'analogie avec le panthéisme indien qui absorbe Thomme dans la création.
Dans Psychéy qu'une revue socialiste publia en 1842, <( il essayait, dit Sainte-Beuve S de rajeunir l'ancienne fable, l'ancien mythe, et de l'approprier aux destinées nouvelles de l'humanité. » M. de Laprade a élargi le mythe, il l'a ployé à sa pensée ; il en a fait l'emblème des développements de l'âme humaine arrivée à une plus haute conscience d'elle-même, à travers les phases et les épreuves de la civilisation. Il a peint comme un philosophe platonicien ou comme un rêveur indien les étapes de l'âme sur la route de l'idéal depuis l'instant de la faute dans le paradis de l'âge d'or jusqu'à l'heure de la réhabilitation, de la science conquise et du bonheur retrouvé par l'éternel hymen de la Divinité. L'idée du poème est vaste comme l'infini; mais, ainsi qu'il arrive souvent, môme pour des œuvres moindres, l'exécudon reste au-dessous de la conception. L'alexandrin de M. de Laprade, lourd et massif, sans rejets, sans enjambements, entrave la légèreté du mythe divin de Psyché, — ce papillon; comme Ta appelé Victor Hugo.
Et pourtant, selon Sainte-Beuve, ^ M. de Laprade n'a jamais fait rien de mieux pour la pureté du souffle et de l'accent ». Le souffle et l'accent se font sentir en effet dans ce poème, mais ils résident dans les idées plutôt que dans les vers, et quand le critique ajoute que le fond comme la forme de Psyché rappellent Vigny, l'éloge parait excessif en ce qui concerne la forme, car on ne saurait comparer
1 Nouveaux Lundis, 16 sept. 1861.
444 LES POÈTES DU DIX-xNEUVIÉME SIÈCLE.
à la poésie étincelante et aérienne du chantre d'jÉ^oa la versification pénible et un peu terne de M. de Laprade. Les Grâces paraissent trop souvent avoir été sourdes à l'appel qu'il leur fait dans son prologue :
« Grâces, en qui j'ai foi, saintes filles de Dieu, Touchez, touchez mon front de vos lèvres de feu. »
Cependant, quand il trouve des expressions à la hauteur de ses pensées, il produit des morceaux d*une mâle beauté. Telle la description de rÉden où le poète place Psyché ; aucun de nos grands poètes ne désavouerait ce passage où l'élévation du style est égale à celle des idées métaphysiques ; mais dans Tensemble du poème, ce que le poète chante de préférence ce n'est pas le spiritualisme platonicien.
 Psyché, nous préférons Eleusis où le charme poétique est plus profond et la pensée plus précise.
Eleusis est le chant de mort des dieux grecs — un chant de cygne.
Après avoir chanté dans Eleusis les mythes du polythéisme grec, Laprade chanta dans Hermia le panthéisme et le naturisme : c'est une œuvre toute de fantaisie, où la pensée, à force de subtilité, devient obscure et souvent insaisissable.
Dans un voyage aux Alpes, en 1837, il s'enivra de la nature sur les hautes cimes. De ce voyage qu'il refit souvent seul, presque toujours à pied, avec le sac et le bâton, comme un montagnard, à travers la Suisse entière, il revint transfiguré :
« Ceux qui m'ont vu gravir pesamment la colline Ne reconnaîtront plus l'homme qui descendra. »
Il rapportait les Odes et Poèmes qui parurent en janvier 1843, et dont quelques pièces sont dans toutes les mémoires : Antêe, les Coryhantes, Aima parens, A un grand arbre, et surtout la Mort d'un chêne, chef-d'œuvre de versification, d'imagination, de rêverie et d'idéal, malheureusement trop môle de panthéisme.
Nous signalerons une autre ^\èce, les Adieux aux Alpes, débordant de chaleureux enthousiasme et de lyrique admiration. Le début est d'un souffle grandiose :
« Alpes I forêts, glaciers ruisselants de lumière, Sources des grandes eaux où j'ai bu si souvent, Sommets! libres autels ot, dans ma fui première, J'ai respiré, senti, touché le Dieu vivant ;
Oix la terre a pour moi dénoué sa ceinture, Où, dans ses bois obscurs, j'ai rencontré le jour ; Où mon cœur s'enivrait^ aux bras de la nature, D'un mélange sacré de terreur et d'amour !
C'est à vous que je dois le secret de mon être. Mes élans vers Tazur et vers la liberté. Alpes I désert chéri, vous fûtes mon seul maître Mon vrai poème à moi, vous me l'ayez dicté. »
Dans les premières productions de M. de Laprade, le spiritualisme est toujours à Tétat latent ; le poète, qui, à la fin des Odes et Poèmes f avait placé le Baptême delà cloche, comme un appel de l'Église, devait bientôt s*élever des régions obscures d*une philosophie incertaine aux sphères lumineuses de la vérité chrétienne. Peu à peu il apprend à voir, à connaître, à aimer l'auteur de la nature. Enfin il retourne complètement aux idées de sa mère, et, en i 850| écrit les Poèmes évangéliques, où il lui dit :
« C'est bien à vous, ce livre issu de ma prière ; Qu'il garde votre nom et vous soit consacré, Ce livre où j*ai souffert, ce livre où j'ai pleuré : Ainsi que tout mon cœur, il est à vous, ma mère. »
11 y a encore dans ce poème, par exemple à propos de Madeleine, des vers répréhenaibles, mais la plupart des pièces présentent des idées hautement chrétiennes, rendues en une langue noble et élevée.
Les Symphonies (1855), les Idylles héroïques (1858), les Voix du silence (1865) marquent un progrès continu dans la foi et dans le talent du poète. Les Symphonies, couronnées par l'Académie de même que les Poèmes évangéliques, célèbrent les rapports de Tûme humaine avec le monde extérieur; l'âme goûte les charmes de la création, mais elle ne s'y arrête pas. Ici la nature n'est plus présentée, dit M. de Pontmartin *, comme une dangereuse conseillère dont les influences nous plongent dans une dangereuse ivresse ou nous poussent à l'isolement, mais comme une douce et familière médiatrice entre Tâme et Dieu, entre l'activité de l'homme et les devoirs, les tendresses et les joies de la famille.
Tout n'est pas irréprochablement chaste dans les Symphonies, mais le bon et le beau y dominent. Une des pièces les plus remarquables est la Symphonie alpestre, petit poème admirablement gradué, Qù l'âme se repose, se console, s'épure dans la contemplation des grandes solitudes, s'élève jusqu'à Dieu, et apprend à goûter les sublimes pensées de vertu et d'immolation chrétienne.
Les Idylles héroïques, qu'il publia l'année de sa réception à l'Académie française, sont des dialogues avec tout le monde et toutes choses, où tout a sa voix et son personnage ; leurs titres mômes, les Fleurs, r Esprit des montagnes, les Moissonneurs, Bertha, Rosa mystica, indiquent l'action et le drame dans cette poésie lyrique.
Il y a trois poèmes : Franz, c'est-à-dire le rêveur sauvé par le travail rustique; Rosa mystica, loi légende du sacrifice; Hermann, le poème de l'héroïsme.
Comme dans toutes les œuvres de M. deLaprade, une pensée philosophique fait le fond des Idylles héroïques, « Voici en quelques mots^, dit un critique, le singulier raisonnement qu'on y trouve développé,
* Nouveaux Samedis^ 6' série, 1869, p. 271.
4i8 LES POÈTES DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.
titre significatif indique d'abord le sujet et l'esprit, les Épaves. Les Épaves ! débris des espérances détruites et des rêves submergés, débris que les tourmentes de la vie ont dispersés^ mais qu'une main vaillante a réunis et de nouveau rendus aux caprices de la fortune. On rencontre dans les Épaves un certain nombre de pièces qui ont toutes les qualités de la grande et forte poésie : l'élévation des sentiments, l'harmonie sévère du rythme, la noblesse de l'inspiration et la dignité des termes.
BOUILHET (Louis)
Louis Bouilhet a laissé, sous le titre de Festons et Astragales, un recueil très varié, dont les sujets sont empruntés aux époques les plus opposées, aux civilisations les plus différentes. La rapidité avec laquelle on est transporté des temps modernes à l'antiquité, ou de Rome à Pékin, donne à ces poésies tout le charme de l'imprévu. La forme et le fond s'y harmonisent de la façon la plus heureuse. On trouve là le témoignage d'une rare souplesse de talent. Le poète est doux et familier dans les scènes de foyer, dans les esquisses légères d'intérieur; enthousiaste ou enjoué dans les descriptions orientales ; méprisant^ sarcastique dans les tableaux de la tyranïiie ou de la frivolité romaine.
Sa poésie est généralement calme, ses vers ont une allure mâle et sereine. La pièce intitulée A J. est admirable de majesté tranquille.
Les Festons et Astragales, qui sont trop souvent des pastiches de Théophile Gautier, renferment quelques descriptions d'une froide mais saisissante énergie. Parfois aussi l'inspiration lyrique s'accentue davantage ; l'expression est plus vive et plus chaleureuse. Hais le poète revient bientôt aux sentiments mesurés, aux sujets délicats. Indiquons les pièces chinoises Tou-Tsong, le Barbier de Pékin, le Dieu de la porcelaine» L'épitre A M. Çhgenson est pleine d'esprit et de franchise aimable. Louis Bouilhet a interprété aussi avec beaucoup de charme les pensées mêlées de grâce et de gaieté qu'inspire l'enfance ; ses stances A une petite fille élevée sur le bord de la mer sont un délicieux modèle de ce genre de poésie.
Louis Bouilhet, en s'écartant momentanément de la poésie élevée où le portaient d'abord ses aspirations lyriques, a parfois reproduit d'une façon très heureuse les sentiments les plus simples. Mais en imitant les subtilités et les mignardises de divers rimeurs contem-