BERNARD
porains, dans quelques-unes de ses pièces, telles que Pùrtrait, Bucolique, DémolitionSf le Poète aux étoileSj il a multiplié les fautes de goût, les banalités, et prodigué fastidieusement les marivaudages. Ce ton de recherche et de fadeur ne conTient guère à l'auteur de Mélamis et des Fossiles.
BERNARD (Thalès)
Une transformation sérieuse de la poésie a paru nécessaire à notre époque. Parmi les théories développées à ce sujet, on a surtout soutenu ridée de la poésie populaire ; on a pensé qu'il était juste et utile de mettre la langue des vers à la portée du plus grand nombre et de raviver l'imagination de la foule en lui fournissant des émotions qui lui fussent propres.
C'est ainsi que divers écrivains ont tenté de faire de la réalité la base nouvelle de la poésie. M. François Goppée, entre autres, a obtenu, dans cette voie, un légitime succès. Tout en partageant le sentiment de Fauteur des Humbles sur Tutilité de la poésie populaire, M. Thaïes Bernard a suivi, pour atteindre le même but, un chemin tout différent. Après avoir profondément étudié les poésies populaires des diverses contrées de l'Europe, il s'est proposé d'en donner quelques exemples et de créer en France un genre nouveau. Il a composé dans cette intention ses Poésies nouvelles, où figurent un assez grand, nombre d'imitations de chants de l'Allemagne, de. l'Ecosse, de. la Russie, de la Finlande, de la Hongrie, de la Roumanie, du Eé|Egrn et de la Bretagne, mais principalement des peuples finno-letto-slaves, (c lugubres races dont la voix plaintive se mêle aux mugissements de la Baltique ^ ». Nous ne croyons pas que ces tentatives obtiennent jamais de sérieux résultats et que l'on puisse s'intéresser d'une façon très vive à des mœurs et à des aspirations . dont la barbare franchise n'a véritablement qu'un attrait d'étiangeté. En cherchant ses idées, dans les brumes du Nord, Thaïes Bernard ne s'est pas assez pénétré des exigences de l'esprit français. En demandant des inspirations aux muses exotiques, il n'a pas assez songé que les images les plus hyperboliques, les chants de guérite les plus naïvement terribles des contrées primitives pour-
1 Préface des Poésies nouvelies,
raient sembler de très mauvais goût dans notre pays, même aux intelligences les plus vulgaires. Avec un talent réel, il n'a pas trouvé la simplicité qu'il a surtout recherchée, et, malgré quelques beautés très frappantes, ses vers semblent généralement vagues ou exagérés. Les sentiments forcés, les douleurs sans nombre, les pâles insomnies, les fièvres volcaniques dont sa poésie est Texpression constante, sembleraient le résultat d'un grand désordre d'imagination, si l'on ne remontait aux sources de ses inspirations, aux littératures étrangères dont ses accents sont l'écho trop exact. Thaïes Bernard a rarement employé le ton tempéré qui convient à la poésie populaire.
Les Poésies nouvelks renferment cependant quelques passages où le sentiment est naturel, le style élevé, le vers expressif. Différentes pièces sont vibrantes de lyrisme et d'énergie.
Les Poésies mystiques ont des qualités plus douces et plus soutenues. L'élégie et la légende dominent dans ce recueil dont le ton général rappelle les RecueillemerUs de Lamartine et communique à l'âme une sensation vague, indéfinissable. Cette molle cadence du vers, ce bercement mélodieux de la pensée a la grâce nuageuse des Lieds de la Germanie.
BORNIER (Henri de)
— Né 60 1825 -
L'auteur de la Fille de Boland et de Noces d^AUiUa, M. Henri de Bornier, a composé quelques pièces et poèmes lyriques : Premières Feuilles, léger recueil qu'il publia à l'âge de vingt ans; la Soeur de charité (1859), mentionnée par l'Académie française; la France dans Vextréme Orient, V Isthme de Suez, couronnés au concours des années 1863 et 1865 ; et le Cerf^ reproduit par l'Annuaire de la société philotechnique de 1864.
Cet esprit vif et délicat a réuni dans les Premières Feuilles un petit nombre de pièces intimes, sans prétentions, versict^os, où sont retracés des souvenirs de famille et de coUègOi des pensées d'à* mour filial et d'amour poétique. On y rencontre qudques détails gracieux, pleins de fraîcheur et de Jeunesse.
Le Cerf est une poésie sereine et précise, pleine de pensées fortes et chrétiennes.
BANVILLE (Théodore de)
« Je suis un poète lyrique », a dit dans une jolie ballade M. Théodore de Banville ^ En effet, Tunité du ton dans la diversité des sujets fait concorder entre elles toutes ses compositions; et dans ses pièces badines ou légères on sent encore la cadence du lyrisme.
Les Cariatides, dont la publication remonte à 1841, eurent un succès immédiat. Ceux qui commençaient à se fatiguer <c des farces, des extravagances à froid, des gentillesses apprêtées' >» des derniers romantiques, applaudirent à cette poésie spirituelle et que Fauteur avait eu « le bonheur » d'écrire de sa seizième à sa dix-neuvième années
Les Cariatides, nées d'un besoin d'expansion prodigue, « indiscipliné », ont toute la fougue et l'exubérance de la jeunesse. On reconnaît dans ces vers chaleureux les premiers efforts de l'inspiration soulevée par la pensée. Les idées, confuses encore, se perdent dans un éblouissant désordre de lyrisme. Mais à côté de pièces échevelées se rencontrent quelques poésies calmes, tendres, élevées. Telle la pièce suave et limpide sur V Amour angélique ; telles les strophes A ma mère, où la reconnaissance filiale est exprimée d'une façon charmante.
Signalons aussi A une jeune fille, douce et sincère expansion du cœur, chaste et mélancolique rêverie.
Les Cariatides renferment encore quelques tableaux gracieux et des pensées originales. Phyllis a le parfum d'une églogue antique. Les vers de la Nuit du printemps sont d'une mignardise assez curieuse ; mais le poète, en recherchant la délicatesse, est souvent tombé dans le mauvais goût. L'inexpérience poétique se trahit à bien des endroits. Les tournures incorrectes, les déplacements arbitraires de mots, les comparaisons vagues, l'abus de la couleur et des images brillantes y sont très fréquents.
Dans les Stalactites (1843-1846), la poésie est plus régulière et la
pensée mieux définie, o Conçues avec maturité, exécutées avec une
certaine gravité de manière », ces pièces sont généralement courtes
et concises. Mais si le style a subi une modification importante, le
ond est à peu près resté le même.
1 Trente-six ballades joyeuses,
> Jules Levallois, Clnstr.pubL, 10 novembre 1873.
' Préface des Cariatides.
Les Stalactites sont suivies d'Odelettes écrites de 1846 à 1872.
M. de Banville a eu le bon goût de renouveler ce rythme délicat, joyeux et court comme un chant d'oiseau, l'odelette qu'avaient aimée les virtuoses de la Pléiade^ Belleau, Baïf, Desportes, Ronsard ^. Il a donné à cet ordre de composition, effleuré déjà par Sainte-Beuve ', une forme éclatante, prestigieuse, et fait très heureusement usage de mètres légers et sonores. La pensée, malheureusement, est souvent vague ou absente ; les vers ne gardent pas toujours le ton doux et familier qui convient à Todelette, et les figures emphatiques, les termes recherchés y pullulent. Les poésies exemptes de ces défauts sont charmantes. C'est avec beaucoup de délicatesse quei l'auteur a donné, dans les pièces A Adolphe Gaiffe, A Roger de Beauwîr, des conseils de philosophie joyeuse et facile ; et son odelette A Edmond et Jules de Goncourt est ravissante pour le nombre et la fraîcheur des images.
M. de Banvillea joint aux Odelettes quel ques pièces légères, les Améthystes, composées sur des rythmes de Ronsard, «rythmes exquis » formés seulement « de rimes d'un seul sexe, ou cfiTrant des rencontres de rimes diverses du même sexe ' ». On trouve dans ces petites poésies des détails gracieux et des pensées originales, mais aussi bien des fadeurs. En général, eUea ofiTrent peu d'intérêt.
Réunissant l'exubérance :de sa nature primitive et l'expérience de sa maturité ^ le poète, dans le Sang d$ là coupe, atteint ime puissance lyrique qu'il n'a jamais dépassée.
Ce chantre constant du bonheur, de la lumière et de la beauté, cédait naturellement à son goût pour la poésie grecque et les images mythologiques. Persuadé que notre religion de pardon et d'amour s'accorde avec les religions helléniques, s'abandonnant franchement à sa conviction d'une parenté spirituelle de la France avec le pays des Eschyle et des Pindare ^, il a, sur des inspirations factices, trouvé des pensées fortes et vivantes, des vers énergiques et enthousiastes. Cette poésie chaleureuse serait excellente dans ses illusions de paganisme, si l'auteur^ en empruntant à l'élément mythologique ses luxueuses images,, avait évité l'abus et l'exagération, si, dans quelques-unes de ^es pièces, d'une splendeur aveuglante, il n'avait jeté à profusion les ruisseUements de lumière, d'or et de pierres précieuses, s'il n'avait enfin accumulé tant de répétitions de mots, d'images et de pensées. Obstinément attaché pendant toute sa carrière « d'ouvrier et d'artiste ^ » à restituer les anciens genres poétiques, M. Théodore de Banville voulut, dans un nouveau recueil, ranimer cette forme essen-
1 Préface des Odelettes.
* Notes et Sonnets.
3 Notice sur Ronsard.
* Baudelaire.
* Préface du Sang de la coupe.
« Ibid.