‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 77 sur 106 · COPPÉE · texte numérisé non relu

COPPÉE

M. Sully-PrucLhomme est généralement classé par les critiques par n;i les Parnassiens. Il n'y a de titre que sa collaboration au Parnasse contemporain ; en réalité il n'appartient à cette école ni par les sujets qu'il traite, ni par la facture du vers. Jamais il ne s'écarte du rythme classique; il ne pratique ni le rejet, ni la césure anormale, ni surtout la suppression de l'hémistiche. Mais la grande habileté de ses confrères du Parnasse dans l'art de rimer l'a rendu scrupuleux pour le choix des rimes ; sans leur exemple, son vers eût été beaucoup plus négligé, ses épithëtes eussent été moins sévèrement choisies.

COPPÉE (FKiLNÇOIs)

Sous le titre d'OUvier, M. Goppée avait écrit un poème, moitié narratif, moitié lyrique, où se trouvait, sous une forme originale et saisissante, une observation approfondie du cœur humain. Sa dernière publication, les Récits et les Élégies (1878) \ le classent définitivement parmi les poètes lyriques.

M. Goppée est, de tous les PamassienSj le seul qui poit véritablement populaire. Doit-il uniquement ce privilège à la supériorité de son mérite ? l'auteur des Humbles jouit d'une estime plus générale pour le ton simple et familier de ses vers» essentiellement conforme au goût et aux sentiments de la foule.

Son tout petit volume: Poèmes modemeSy renferme de charmantes et saisissantes poésies, telles q\x' Angélus et la Bénédiction. La première pièce est un modèle d'exquise sensibilité. La seconde offre un épisode dramatique, sombre comme un cri d'angoisse, rapide comme un éclat de foudre. Ce dernier poème annonçait une grande puissance poétique : M. Goppée ne se tint pas à ces hautes inspirations et redescendit bientôt à la poésie populaire.

Il n'a pas su dans les Humbles y dont l'esprit rappelle les Pensées d'août de Sainte-Beuve, se garder de l'excès du réalisme. Nous citerons à ce sujet une observation très juste d'un critique distingué : « Que la réalité, dit Jules Levallois, soit le terrain sur lequel doit s'appuyer la poésie, qu'elle soit le point de départ nécessaire et indiqué, nul ne songe à le contester. Mais où l'erreur commence, c'est lorsqu'on prétend modeler le vers sur cette réalité dans ce qu'elle a

1 Chez Lemerre.

d'infime, tandis qu'au contraire, sans dénaturer la réalité, il faut la transfigurer au moyen de la poésie ^ » Quelques pages attendrissantes rachètent à peine les excès de réalisme où tombe dans les Humbles M. François Goppée.

En parcourant ce recueil varié des Humbles, il faut bien s'arrêter un instant sur la partie du livre intitulée Promenades et Intérieurs. Dans « ces médaillons de dix vers », l'auteur semble avoir eu pour objet de réduire sa pensée à Textréme minimum et d'enfermer un tableau complet dans un cadre restreint jusqu'aux dernières limites de l'exiguïté. Ce sont là des peintures lilliputiennes. La forme en est charmante, la lumière vive et multicolore. C'est la perfection dans l'infiniment petit '. Le travail de M. Coppée est comparable à celui de « ces gens adroits > qui sculptent de petits paniers dans des noyaux de cerises et fabriquent des couteaux à plusieurs lames grands comme l'ongle. Ces objets ont leur utilité ; ils servent à l'ornement des étagères.

On nous permettra de préférer les inspirations puissantes à ces délicieuses mais puériles miniatures. Dans la Bénédiction, le Lion de Belfort et quelques autres pièces, M. François Coppée avait montré qu'il pouvait aussi faire entendre les accents de la grande et mâle poésie. Il a tenté de s'élever à ces hauteurs dans son dernier ouvrage.

Les Bécits épiques (1878)' ne répondent pas tout à fait dans leur ensemble au titre qui leur est donné ; quelques poèmes, comme le Pharaon, le justifient à peine.

En général, ces récits n'ont pas le vers solennel, l'allure forte et majestueuse que garde l'épopée à l'état fragmentaire ; on y retrouve plutôt le ton simple, familier de la légende naïve. L'HirondÊUe de Bouddha fait sourire. Mais le mérite particulier de ces poésies est d'être toujours intéressantes. Parmi les pièces qui attachent et émeu» vent le plus nous signalerons le Naufragé,

Les Élégies renferment de très gracieux détails ; mais un certain nombre de ces compositions, telles que Pitié des choses, exagèrent la délicatesse jusqu'à la mignardise.

Le recueil est terminé par de délicieux tableaux intitulés : Jeunes filles.

Si nous voulions examiner sévèrement dans le détail le style des Bécits et Élégies^ nous aurions à faire bien des critiques^ nous pourrions relever de mauvais néologismes, comme dans ces vers :

« Mes réoes d'art intime et de modemilé *. »

a ... Et souvent d*un air inconfortable

Se penchant de côté pour tailler son fusain >. »

1 Correspondant, 10 novembre 1872.

s Paul Stapfer.

> Chez Lemerre.

*Page 182. — » Page 183.

M"»« SÉGALAS. 463

Nous pourrions faire remarquer quelques platitudes d'expression, comme dans ces vers de la Veillée :

« C'est bien là son blason aussi fameux qu'ancien ^, »

Un livre tout intime, le Cahier rouge ', écrit sans unité de composition, formé de vers de jeunesse, de stances négligemment jetées et d'esquisses minutieusement tracées, renferme des strophes patriotiques d'un accent viril et convaincu, des fantaisies 'charmantes, tel que le Printemps, des pièces d'une émotion douce et sincère*

Malgré des incorrections, malgré quelques excès de réalisme, M. Goppée doit être regardé comme un des meilleurs et des plus aimables poètes du temps.

SEGALAS (M"^' Anaïs)

— Née en 1814 —

M™^ Anaïs Ségalas est Fauteur de différents recueils poétiques, dont elle publia le premier à l'âge de dix-sept ans, et de quelques pièces jouées à l'Odéon ou au Vaudeville.

Son œuvre la plus originale et la plus connue porte ce titre charmant : les Enfantines.

« Oh ! ce sont d'humbles chants I mais à Tenfant candide

Ils font connaltEie un Dieu puissent; Ils n'ont qu'un vol d'un jour, mais dans ce vol rapide

Ils montrent le ciel en passant ; Ils ne renferment point des orages terribles,

Mais ils sont pleins d'un chaste feu ; Ce sont des grains d'encens, parfums imperceptibles.

Mais que je brûle devant Dieu. »

Ce volume fut le premier exemple d'un livre consacré entièrement à Tenfant, le prenant au berceau, grandissant avec lui, puis élevant sa jeune intelligence jusqu'aux idées morales et religieuses. Ony reacontre bien quelques images dont la naïveté fait sourire, quelques détails doux seulement au cœur des mères» mais ce sont les sentiments tes plus touchants qui ont fait éclore ces poésies tendres et gracieuses, les Fées, le Fil de la Vierge et le [feu follet, le Petit Jiîousse,

^ Page 105. — s Chez Lemerre.

les Enfants envolés surtout, où nous lisons ces consolaiiites paroles, adressées à celles qui pleurent burs petits anges disparus :

« Vos colombes à peine ont passé sur nos branches ; Dieu dans le paradis les place à son côté ; Car elles ont gardé leur duvet argenté^ Leur candeur, et là-haut elles ont rapporté Toutes leurs plumes blanches.

Dans des berceaux d'azur yos enfants sont posés ; Ils n'ont plus votre amour; mais la Vierge, 6 merveille I La Vierge, reine et mère, est près d'eux et les veille : Reine, elle a pour leurs fronts l'auréole vermeille ; Mère, elle a des baisers.

Oh I vous les reverrez ! rien n'est fixe et réel Sur terre ; nos bonheurs ont des ailes légères ! Tout s'enfuit, nos enfants et nos belles chimères. Bien ne se perd pourtant, séchez vos pleurs, 6 mères I Tout se retrouve au ciel. »

Ces vers, qui expriment avec tant de pureté les plus belles espérances, nous ont fait donner une place parmi les étoiles poétiques à ces étincelles du foyer, les Enfantines,

MANUEL ■ (Eugène)

— Né en 18Î5 —

M. Eugène Manuel publia, en 1866, les Pages intimes. L'Académie française les couronna dès leur apparition.

Les premiers vers, adressés au lecteur, annoncent tout d'abord le ton et l'esprit du recueil :

« À travers bois ma source fuit :

Elle est humble et fait peu de bruit ; Mais elle est pure, on y peut boire. »

M. Manuel a traduit avec une gracieuse sincérité l'amour de la nature, le sentiment de la famille ; et des vers simples, touchants.

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