DES ESSARTS
des vers qu'on n'ouMie pas ^^ se rencontrent en grand nombre dans ces pièces charmantes : le J^osier, Naïveté^ Déménagement, Tableau, le BeixeaUy la Sœur grisCy la Boohe qui tombef A ma mère, la YeiUe du médecin.
Les mêmes qualités de franchise et de clarté , jointes & an sentiment de mélancolie plus prononcé, se retrouvent dans un second recueil, les Poèmes populaires. Persuadé que la poésie toute d'idéalisme et de rêverie pure ne suffit plus à notre époque, M. Manuel a fait des sollicitudes contemporaines la source des inspirations. Il a voulu montrer que la poésie peut devenir un art utile, qu'elle doit de plus en plus, dans ses peintures, être de son te^ips, s'associer à la rechercha ardente des problèmes de la vie moderne, et ne pas craindre de se hasarder plus avant et plus bas dans l'expression des idées, des passions et des souffrances qui agitent notre société. Le succès de l'ouvrage donna raison à ces principes. Vers cette époque, François Goppée venait de chercher aussi dans les réalités de la vie populaire le sujet de ses récits et descriptions poétiques. L'Académie française accorda le môme jour ses palmes à M. Eugène Manuel et à l'auteur des Humbles,
L'exactitude du détail descriptif, la sincérité des sentiments, la netteté du langage et l'allure facile, rapide de la versification sont surtout remarquables dans les Poèmes populaires. Les pièces les plus dignes d'éloges sont: l'École, le Nid, le Vieux Paroissien, les Petits Cercueils, la Mère et V Enfant, V Enfant au jardin, et surtout le Premier Sourire.
La matière dont l'auteur de ce recueil a su saisir, dans les destinées des humbles et des petits, la poésie cachée, suffit à prouver qu'aux mains des écrivains puissants cette poésie nouvelle saura rencontrer de vives images et des émotions poignantes, d'énergiques contrastes d'ombre et de lumière et de sévères enseignements.
M. Manuel a réuni, dans un volume intitulé Pendant la guerre, quelques pièces touchantes publiées séparément en 1870 et 1 871. A ces diverses œuvres, il a joint deux compositions dramatiques, les Ouvriers et Pour les blessés, qui eurent au Théâtre-Français un très vif succès.
DES ESSARTS (EmxMAnuel)
— Né en 1839 —
Brillant élève de l'École normale supérieure, puis professeur distingué de littérature dans les Facultés de l'Ëtat, M. Emmanuel des
' Villemain.
XU* SIÈCLE. 30
Essarts avait traité avec beaucoup de délicatesse, dans les Poésies parisiennes (f 862), les sujets légers, les mille riens de la vie élégante et facile. Mais déjà dans ce recueil frivole quelques passages plus élevés laissaient voir son goût pour la poésie symbolique et son intérêt pour les hautes préoccupations de Fàme humaine. On sentait là des aspirations nouvelles, des pensées étrangères aux grâces mignardes, aux sentiments raffinés des Parnassiens. Le poète s'est aflTranchi d'une façon plus absolue de ces influences d*école dans un volume philosophique, les Élévations ^
Les Élévaiicfns se composent de trois parties : les Chercheurs d^idéal^ Symboles et Tableaux^ Excelsior. Dans la première édition, M. des Essarts avait placé en dehors de ces divisions un poème vraiment lyrique, intitulé : le Triomphe de Shakespeare^ où trois Muses : lltalie de la Renaissance, l'Angleterre du moyen âge et la France moderne, se disputent l'honneur de couronner le poète dont Ben Johnson a dit : « Il n'appartient pas à un siècle, mais au temps entier. »
Dans les ÉlévationSj les sentiments les plus grands, et surtout l'amour conjugal le plus noble, les espérances les plus saintes, les pensées les plus élevées, sont exprimés avec force et chaleur. Le Béve de Platon est éclairé des rayonnements purs de l'idéalisme. M. Emmanuel des Essarts a développé en vers brillants et chaleureux le passage de la République où le disciple de Socrate entrevoit à travers les siècles l'avènement de la religion du Christ :
« 0 vent mystérieux I déjà tu te déchaînes ; Soas ton souffle Tautel croule ainsi que la tour. Simulacres divins, tombez comme des chênes ; Prométhée, 6 captif absous! brise tes chaînes : Une main vengeresse a tué le vautour ; Et, pour guider nos fils vers les ères prochaines Où la nuit du passé fuira devant le jour. Lève-toi sur le monde, aurore de l'amour ! »
L'ode intitulée la Martyre est d'une facture magistrale. Quelques défauts de détails n'empêchent point que les ÉléviUions ne soient un livre de belle et haute poésie.
^ Auguste Robert^ tlnstrucliqn publique.
GRENIER (ÉBouARi^)
— Né en 1819 —
M. Éd. Grenier s'élève au vrai lyrisme dans quelques-uns de ses poèmes. La Mort du Juif errant est d'une inspiration grande et forte, que fait très bien ressortir la simplicité calme du style. Dans Prométhée délivré, en renouvelant Fessai de différents auteurs, en s'attachaat à donner à ce sujet dramatique le dénoûment de la trilogie d'Eschyle, M. Grenier a su retrouver l'accent de la vraie poésie antique, pour développer des pensées et des sentiments chrétiens. Séméia, cette interprétation d'une croyance juive, que l'Académie française couronna en 1879, est une œuvre suave et attachante, animée d'un grand soufQe de vie. Le début est d'une pureté, d'une harmonie délicieuses.
Le petit poème intitulé les Elkovans est d'une mélancolie douce et pénétrante. Le ch^nt plaintif de ces oiseaux, leur vol sur les rives admirables du Bosphore, sont décrits en vers frais et mélodieux.
La dernière strophe exprime très heureusement les sentiments rêveurs dont l'âme du poète est pénétrée : tj
c Elkovans I elkovans I que de fois, quand la brise
Ranimait à mes pieds le feu du narghilé,
N*ai-Je pas écouté votre plainte indécise I
Sous l'éperon de fer du calque effilé
La vague sanglotait comme un cœur qui se brise ;
La lune, triste et pâle^ au bord du ciel bruni
Se levait, et mon cœur plongeait dans l'infini 1 1 »
La suite ne se maintient pas à la même élévation, et renferme dans im petit espace un assez grand nombre de fadeurs et de vers faibles.
Les œuvres de M. Grenier sont souvent déparées par des négligences et des vers prosaïques. Le ton n*est pas toujours soutenu ; le souffle manque parfois au poète au milieu de la route, et sa marche devient alors faible et languissante ; mais le dernier élan est d'ordinaire ferme et vigoureux.
* Petits Poèmes.
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