‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 79 sur 106 · CHANSON FRANÇAISE AU XIX' SIECLE · texte numérisé non relu

CHANSON FRANÇAISE AU XIX' SIECLE

La chanson a, de tout temps, été regardée comme un genre essentiellement français, comme l'inspiration irrésistible et spontanée du génie national.

Ses plus graiids succès appartiennent à la première moitié de ce siècle. Elle avait alors pour roi Déranger, pour Académie le Caveau moderne, pour salle de spectacle le Moulin-Vert^ pour artistes Armand Gouffé, Jean-Étienne Despréaux, Barré, Piis, Oury, Edouard Donyé, Bîlloux, Montémont, Emile Debraux, Désaugiers. Les vers patriotiques, les couplets populaires, les spirituelles satires se croisaient ; et, dans un môme jour, on pouvait entendre les mâles accents du Vieux Drapeau et les refrains bachiques du Vin à quatre sous ; le Trompette de Marengo et le Coup de piqueton ; Ma fortune est faite et les Glissades.

La chanson prenait souvent une allure trop libre, mais le vers demeurait spirituel, et le soin de la forme rachetait la légèreté de l'inspiration. Parfois elle haussait le ton, s'élevait au rang de pièce lyrique et se faisait remarquer comme œuvre littéraire. Le goût disparut avec les sociétés qui gardaient ses principes, avec le Caveau moderne, les Dîners du Vaudeville et les Soupers de Cornus. La chanson fut mise exclusivement au service de la foule et devint ce qu'on appelle la chanson de cafés-concerts. Les romances furent laissées aux natures sentimentales, les œuvres de Béranger aux amis du passé, et la masse du public applaudit de nouveaux chefs-d'œuvre : les Bottes à Bastien, le Pied qui r'mue, la Femme à barbe et les Pompiers de Nanterre.

Les chansons, depuis quelques années, se sont multipliées jusqu'à l'infini. Combien en est-il d'originales? « La fine gaieté ne s'y rencontre guère, le sens moral n'y apparaît que comme un intrus, et l'imagination y est aussi rare que dans une contrainte d'huissier ^ ! » Qu'importe maintenant de bien écrire? Le but ne doit-il pas être d'écrire vite et d'écrire beaucoup ? Ne faut-il pas fournir sans cesse aux quatre cents cafés-concerts de Paris des chansons comiques, satiri-

1 Charles Nisard, Chamons populaires.

Page 1