DUPONT
du suc des fleurs, soupire avec les yents et murmure ayec les ruisseaux. »
En effet, la place de Pierre Dupont est aux champs plutôt que dans la rue : il retrouve tout son talent en retournant au genre pastoral. Le Bahlia bleu, la Véroniquey la Chanson du blé sont de petits chefsd'œuvre. Tout le monde a entendu chanter Ma vigne, cette inspiration vraiment française, où la verve entraînante et railleuse du poète laisse entrevoir un coin de paysage ensoleillé :
«c Cette côte k l'abri du vent, Qui se chauffe au soleil levant Comme un vert lézard, c'est ma vigne. »
Quelle vivacité d'allure dans ce refrain :
« Bon Français, quand je vois mon verre
Plein de ce vin couleur de feu,
Je dis en remerciant Dieu
Qu'ils n*en ont pas en Angleterre. »
Enfant du peuple, Pierre Dupont a très bien rendu deux côtés de la vie du peuple : la vivacité tapageuse, la joie brillante ; les confidences intarissables de TéLme populaire éclatent, rient et bavardent dans ses plus jolies chansons. La trivialité y est pleine de décence, la grossièreté pleine de bonhomie, la familiarité tout à fait engageante et sympathique ^.
Dupont ne se maintient pas constamment à la hauteur de style qu'il atteint dans quelques pièces, comme dans le Peseur d'or ; il ne tire pas toujours de ses idées tout le parti possible, parce qu'il néglige de les creuser suffisamment ; il compose des chansons telles que la Couturière et le Tisserand^ où les types sont à peine ébauchés.
Néanmoins, ces chansons, prises dans leur ensemble, révèlent un poète très bien doué, qui a l'élan, le jet, le traita surtout la rapidité du mouvement, l'aisance de l'évolution dans le couplet et dans le refrain toujours populaire et sympathique. Inférieur à Béranger, il possède cependant plus que lui le charme rêveur d'une poésie douce et tendre, avec une pointe de sentiment.
1 É. Montégut.
NADAUD (Gustave)
— Né en 1821 —
L'esprit et la franchise sont les qualités dominantes des chanson s de Nadaud: Chansons de salorij Chansons populaires et Chansons légères . Elles ont encore un autre attrait : la variété. Railleuse avec les Deux Gendarmes f Jioiis^ur. Bourgeois y .Chauvin, philosophique avec Bonhomme et le Vieux Télégraphe, sentimentale en Mars, vive et légère à la Promenade d'été, rêveuse dans la Forêt, idéaliste dans le Voyage aérien, cette poésie reflète tour à tour les mille caprices d'une imagination brillante.
On rencontre aussi dans les recueils de Gustave Nadaud un certain nombre d'inspirations fraîches, gracieuses, comme les Pêcheuses du Loiret et le N^Jl abandonné, attendries, émouvantes, comme le Message et V Improvisateur de Sorrente.
On a, dans notre siècle, écrit une innombrable quantité de roman' ces, mais bien peu qui soient dignes à la fois d*6tre chantées et d'être lues. Les compositeurs Plantade, Romagne, Glapisson, Bérat, Loïsa Puget sont devenus célèbres : les librettistes qui les ont fait connaître sont demeurés inconnus. La musique plus que la poésie fait le succès des romances ; de belles mélodies font souvent valoir des paroles insignifiantes ; et, privées de cet harmonieux secours, les ballades désespérées, les complaintes amoureuses ne gardent plus pour elles que la perfection de la monotonie. La romance, par le ton même de ses inspirations, est fatalement entraînée vers cet écueil : la fadeur^ la langoureuse sentimentalité. Les éternelles souffrances de l'amour, les tristesses de l'abandon, les confidences plaintives de l'isolement : ce sont toujours les mômes redites. C'est ainsi qu'un petit nombre de réminiscences heureuses des troubadours : Pauvre Lise, ies Bords de la Loire, Partant pour la Syrie, ont été répétées sur tous les tons et chantées sur tous les airs.
A côté de ces mille banalités, il faut signaler quelques pièces ingénieuses et délicates, ou lyriques et passionnées. Les Souvenirs de <^hateaubriand :
« Combien j'ai douce souvenance Du beau pays de mon enfance ; »
les stances légères de Nodier ; les Hirondelles de Béranger ; Rose et le Papillon, et l'admirable poésie : Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine *, de Victor Hugo ; le court Refrain de Sainte-Beuve : Bésert du cœur; le Rappelle-toi d'Alfred de Musset; l'attendrissante offrande d'Hégésippe Moreau à la Fermière ; l* Hirondelle et le Prisonnier d'Hector de Saint-Maure ; diverses romances d'opéras ; les accents chaleureux de M™^ Desbordes- Yalmore ; les tendres inspirations de M"^*' de Girardin, peuvent ôtre regardés comme les modèles du |[enre.
1 Dans les Chants du Crépuscule.