‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 94 sur 106 · AICARD · texte numérisé non relu

AICARD

provençales' ; la manière dont on cueille les olives * ou dont on fait sécher les figues '. Entre temps il dessine une courte idylle, esquisse une gracieuse scène des champs, telle que sa charmante pièce intitulée le Puits,

Les Poèmes de Provence renferment encore quelques pièces d'un vif intérêt : le Rhône^ description calme et vigoureuse du vaste fleuve ; les Mayes, récit joyeux des fétes^méridionales du printemps et des fleurs ; le Mistral, chant enthousiaste en Thonneur de ce vent puissant ; la Ferrade^ tableau émouvant d'une lutte d'homme et de taureau ; les Tambourinaires, courte scène du plus gracieux entrain ; la Leçon de lecture, délicieux souvenir d'enfance. Les vers adressés à M. SuUy- Prudhomme sont aussi fort remarquables. L'éloge que M. Jean Aicard fait de l'auteur de la Justice est sincère et mesuré.

Le poète termine son recueil par une série de chants sur la cigale. 11 a rassemblé sur « l'âme du blé^ » mille détails d'une originalité très attachante. Il nous apprend ce qu'elle était avant de vibrer dans la lumière, ce qu'elle deviendra après la moisson, et comment on la met en cage. Il raconte l'amour des anciens pour cette mouche stridente, et nous en donne quelques exemples dans une anthologie où figurent les noms d'ApoUonidas, d'Archias, d'Anacréon et de Longus. 11 célèbre avec enthousiasme le charme de sa voix, s'attendrit sur son chant de mort, s'attaque aux cigales apocryphes de la Fontaine, s'indigne de voir confondre ces insectes avec les sauterelles voraces, «t clôt le livre par ces vers :

d Je suis petite cigale Qu'un rayon de soleil régale Et qui meurt quand elle a chanté Tout Tété. »

Comme l'a remarqué André Lefèvre, «jamais, même du temps de Théocrite, les cigales ne reçurent plus délicat hommage. »

Les descriptions semées dans les Poèmes de Provence ont à la fois l'éclat et la vie. M. Jean Aicard sait unir à l'amour serein de l'idéal le sentiment exact de la réalité. Ses inspirations sont en même temps larges et vraies. Ses poésies mélancoliques respirent une grande sincérité d'émotion.

Cet éloge s'applique non seulement aux Poèmes de Provence, mais encore à diverses compositions de moindre îfnportance, telles que les glaneuses de la Camargue, publiées dans le Parnasse contemporain. M. Jean Aicard est un poète d'avenir. Il joint à la force ou à l'élé-

^ La Mousluoire.

s La Cueillette des olives ^ * Les Canisses,

^ Nom que l'auteur donne à la cigale dans une excellente composition du même titre : rAme du blé.

m* siÈCLB. 33

Tation des sentiments Thabileté, la science consommée de l'exprèssien. Ses vers ont à la fois la pensée et la forme, l'idée et le mot. On se sent en présence d'un artiste consciencieux, à Tâme ardente et délicate, qui ne recule devant aucune fatigue, aucun sacrifice, pour donner à sa pensée le relief et la lumière dont elle a besoin^. Quelques imperfections se rencontrent bien encore dans ses poésies : rinspiration n'est pas toujours égale; certains poèmes manquent d'unité ; les vers ont parfois quelques duretés d'accent ; mais ces défauts, qui se perdent « le plus souvent dans le large et beau mouvement de la peinture ^ », se font plus rares dans chaque œuvre nouvelle. C'est une progression constante dans l'évolution d'un talent.

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