LE PARNASSE CONTEMPORAIN
Musset se mourait. Lamartine écrivait des romans. Hugo était en exil. La poésie n'avait plus de chef, plus d'interprète en France. Les Parnassiens apparurent. Ces poètes nouveaux se groupèrent, s'instituèrent et firent école. Dès le début, ils adoptèrent un style, un genre particulier : ils décrivirent. Oublieux de l'esprit de leur siècle ou du goût de leur pays, les uns, remontant vers le passé, se firent les imitateurs des poètes du moyen âge ; les autres, recherchant surtout la singularité, demandèrent aux muses exotiques des inspirations nouvelles. La poésie ne fut plus l'expression d'un sentiment intime ; les enthousiasmes individuels s'évanouirent, et le Parnasse vécut d'échos. Le culte de la pensée s'amoindrit, disparut et fit place à l'amour exclusif de la forme. On imagina des rythmes fantastiques ; on cisela des phrases sans idées ; on bâtit des chefs-d'œuvre sur des pointes d'aiguilles ; on tailla des statues dans le vide. L'intérêt de la composition allait tenir lieu de l'intérêt du sujet. On n'allait plus juger du talent que par l'heureux entre-croisement, l'abondance et la soDorité des rimes. Les délicatesses rythmiques, les descriptions vagues, les romances langoureuses remplacèrent dès lors dans la poésie l'action, le mouvement et la vie.
Quelques pages plus élevées firent contraste.
Le Parnasse contemporain est resté ce qu'il était à son apparition. Des écrivains distingués prêtent comme alors leur collaboration à ce recueil, et les accents de Lecontc de Lisle, de Victor de Laprade, de
1 Jules Levallois, VÉcho, 3 février 1876.
* Georges Lafenestre, ia Poésie française en 1872-73.