‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 98 sur 106 · VEUILLOT · texte numérisé non relu

VEUILLOT

SIDRACH.

Ajoutez qu'il &*était enfui par la fenêtre.

ZAPATA

Du palais et des forts le peuple était le maître... »

En écrivant Tribuns et Courtisans, sous forme de comédie, sans prendre soin d'enchaîner des péripéties et d'amener des situations, le poète a voulu surtout donner plus de précision à ses satires, plus de transparence à ses allusions politiques. Ces pièces ont quelque force et quelque chaleur; mais le trait ne s'y montre pas toujours très vif et très spirituel. M. de Laprade a des excès de vigueur et de réalisme. Il a parfois pour ses adversaires des apostrophes d'une brutalité d'expressions impardonnable; enfin, sa poésie, en divers passages, est fatigante de peri^onnalité. Ces réserves faites, nous reconnaîtrons chez l'auteur de Tribuns et Courtisans une grande dignité de caractère ; et sans examiner ici la valeur de ses convictions politiques, nous dirons ^u'il signa son œuvre au moment où triomphait le régime môme qu'elle attaquait.

VEUILLOT (Louis)

— Né en 1813 —

L'éminent polémiste Louis Yeuillot était né pour la lutte. Ou connaît la vigueur et l'âpreté de sa prose. Ses vers ont moins de véhémence, mais plus de gaieté, de causticité mordante.

Universellement loué comme prosateur, Louis Yeuillot n'est pas •assez apprécié comme poète. Sa place de combat, ses luttes, ses polémiques ardentes, le souvenir des coups reçus et des affections froissées ont fait prononcer contre lui des j ugements personnels et injustes.'En dépit de ces appréciations dictées par la rancune, parla passion ou par l'antipathie, nous ne craindrons point d'affirmer que les Satires de Louis Yeuillot, sans avoir une supériorité absolue, une perfection sans tache, restent comme un des meilleurs ouvrages du genre, pour l'élévation morale des sentiments, la force ou la délicatesse de la pensée, l'énergie ou la finesse de l'expression.

Les Satires de M. Yeuillot sont conformes à Tidéc qu^on se faisait autrefois du genre. Les satiriques modernes, Yoltaire, Gilbert, Jo-

sepb Ghénier, Barbier, Barthélémy, ont pris pour maître et modèle Ju vénal ; Louis Veuillot se rapproche davantage d*Horaceparla finesse incisive du trait et la liberté de la facture. Mais cetfe ressemblance est seulement une rencontre de l'art, n'amoindrissant en rien Tindividualité du poète contemporain.

La note dominante des Satires est la gaieté. Cette gaieté toute française anime Fœuvre entière et circule dans toutes les pièces, à l'exception de quelques poésies lyriques qui n'auraient pas dû figurer dans un volume intitulé Satires; elle jaillit de source, tantôt douce et amusante, tantôt moqueuse et sarcastique, mais toujours bienvenue et bien placée. Toutefois, ce livre ne montre pas seulement une gaieté de tempérament ; il révèle encore une nature impressionnable, sentant vivement, s'exprimant de môme. Le poète rit des choses plaisantes, et s'indigne des choses infâmes ; il dépeint, railleur, les ridicules; il frappe sans pitié les vices de l'humanité; mais son âme ne reste pas fermée aux sensations du vrai, du bien et du beau ; elle s'ouvre à toutes les tendresses, à toutes les émotions. Le poète veut-il exprimer le charme de la musique, ou reproduire les tableaux brillants de la nature, sa puissante imagination se revêt des plus douces ou des plus vives couleurs. Ainsi, dans la pièce si gaie, si étincelante contre le bohème,^ où le mouvement de la satire fait place à ces vers tout bucoliques :

c Que me ftont vos grelots forgés sur le pupitre? Quand la fauvette au bois défile son chapitre. Quand Tabeille bourdonne autour des genêts d*or, Quand le flot sous le saule en murmurant s'ondort, Quand les ormes, les blés, les joncs et les fontaines, Avec le vent du soir qui traverse les plaines, Sans orgueil et pour rien font un concert charmant, J'écoute, et m'abandonne à mon ravissement. »

Les mômes accents se retrouvent dans la virulente satire intitulée Marsyas :

« Mais c'est lui le poète I II comprend la nature.

De la terre et des cieux l'admirable structure,

Le beau décor des bois, des eaux vives, des prés,

Les longs discours du vent à peine murmurés,

Le calme des troupeaux, les chants de la clairière,

Les mélanges divins de sons et de lumière,

Les tapis d'herbe en fleur où s'endorment vos pas,

Ont des accents pour lui que vous n'entendez pas ;

Et, quand vous répondez par une rime ingrate.

Gomme un sublime écho toute son âme éclate.

A la joie, au chagrin il donne leurs couleurs ;

Il a le vrai délire, il verse les vrais pleurs;

Son cœur parle en ses vers : il sent, il souffre, il aime. »

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