‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 103 sur 281 · IV. — Balzac · texte numérisé non relu

IV. — Balzac

Vie. — Jean-Louis Guez de Balzac, né à Angouléme, en 1594, écrivit de Rome, en 1624, ses premières lettres. Il y avait accompagné le cardinal de La Valette, fds du duc d'Épernon, auquel il avait été d'abord attaché. Ces lettres furent très admirées; elles circulèrent dans la haute société parisienne ; et quand Balzac revint à Paris, il se vit déjà célèbre. Mais, au lieu de se fixer dans la capitale> il se retira dans ses terres, sur les bords de la Charente, et c'est de là, de Balzac, qu'il correspondit avec ses contemporains. En 1635, il fut élu parmi les premiers membres de l'Académie française. Il ne parut que rarement à l'Hôtel de Rambouillet ; mais ses lettres y étaient attendues, lues et admirées.

Lettres de Balzac. — Ces lettres sont nombreuses; elles occupent un volume in-folio, sur deux, de l'édition de ses OEuvres complètes (1665). Elles sont adressées à tous les

grands personnages du temps ; mais le plus grand nombre vont à Chapelain et à Conrart, que Balzac savait gens capables d'apprécier et de faire apprécier son style. Il est question de tout, dans ces lettres, mais surtout des ouvrages nouveaux, sur lesquels Balzac aime à porter un jugement (lettre à Corneille sur Cinna, 17 janvier 1643), — de la campagne, qu'il aime et où il trouve le loisir et la solitude qui lui sont nécessaires pour travailler son style, — de questions religieuses et philosophiques, qu'il traite comme autant de lieux communs sur lesquels peut s'exercer son éloquence.

Son éloquence. Ses idées. — Éloquence, c'est-à-dire art de bien parler, tel est en effet le mot par lequel les contemporains ont caractérisé le style de Balzac, dont les lettres ne sont, en aucune façon, des improvisations ou des épanchements. Tout y est calculé. Tout y est grave et noble. La phrase y est admirablement construite, équilibrée ; le mot est toujours plein et vigoureux, et « mis en sa place ». Balzac rend donc à la prose le même service que Malherbe à la poésie. Il lui donne de la force et de la régularité. — Cela ne va pas sans défauts, Balzac ne sait pas être simple, et il alourdit tout ce qu'il touche.

D'autre part, on est injuste envers lui, quand on lui refuse des idées, et quand on en fait un phraseur. Les lettres de Balzac frappent, au contraire, par la profondeur et la beauté des idées générales. Il n'est guère de questions qu'il ne sache élever et soutenir par la philosophie, la morale et la religion. Comme critique, il a écrit d'excellentes pages ; et ses dissertations à Mme de Rambouillet sur les Romains, comme sa lettre à Corneille, nous prouvent qu'il a le sens de la véritable histoire.

Il voulut, d'ailleurs, prouver qu'il était capable d'écrire des ouvrages de plus longue haleine. Il donna le Prince, éloge indirect de Louis XIII ; Arislippe ou la Cour, dissertation sur la politique ; et le Socrale chrétien. Si le style de ces trois ouvrages est, quand on les lit en entier, trop tendu et fatigant, les morceaux ont une singulière solidité, et ressemblent à des fragments traduit'i de Cicéron ou de Sénèque.

Très admiré par ses contemporains, qui Tont surnommé le Grand Épisîolier, Balzac fut vivement attaqué par Je P. Goulu, supérieur général des Feuillants, qui l'accusa de plagiat et d'immoralité. Balzac se défendit avec hauteur; et l'opinion publique fut pour lui.

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