MOLIÈRE ET LA COMEDIE AU XVU^ SIECLE
et Molière obtint des renseis^neraents exacts sur les Turcs par Laurent d'Arvieux, qui revenait d'Orient (1).
1671. Psyché, autre « divertissement », Iragédie-ballet représentée aux Tuileries, composée en collaboration avec Corneille, musique de Lulli ; Quinault a écrit les vers qui devaient être chantés.
1671. Les Fourberies de Scapin. — Cette comédie, en trois actes et en prose, est imitée du Phormion de Térence. Molière y revient aux valets italiens et y reprend encore une farce de son répertoire primitif : Gorgibus dans le sac, imitée d'une célèbre tabarinade.
1672. La Comtesse d Escarbagnas. — Molière est chargé d'organiser des fête 1 à Saint-Germain en l'honneur du mariage de Monsieur frère du roi. Il arrange une sorte de Ballet des ballets^ où il intercale les intermèdes de Psyché, de George Dandin, de la Pastorale comique, du Bourgeois gentilhomme. Le tout est assez lâchement relié par une pastorale, aujourd'hui perdue. Enfin, y figuraient quelques scènes dialoguées, qui forment : la Comtesse d Escarbagnas. Là encore, on peut retrouver quelques souvenirs des ridicules de province.
1672. Les Femmes savantes. — Molière a enfin le loisir de terminer et de faire représenter sur son théâtre une grande comédie en cinq actes et en vers, les Femmes savantes, qui sont comme un agrandissement des Précieuses ridicules. Inutile d'insister sur un ouvrage aussi classique.
1673. Le Malade imaginaire. — Cette comêdie-ballet, composée à l'occasion du retour de Louis XIV vainqueur de la Hollande, ne fut pas représentée à, la cour, mais sur le théâtre du Palais-Royal. Elle y obtint un grand succès. C'était la dernière satire de Molière contre les médecins. A la quatrième représentation, Molière fut frappé d'une attaque ; il put achever son rôle ; mais, transporté chez lui, il y mourut.
Molière, les règles et le public. - C'est dans la Critique "de VÉcole des femmes que Molière nous donne, par la bouche de Dorante, son opinion sur les règles du théâtre. « Ce ne sont là, dit-il, que quelques observations que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir que Ton
(1) Sur la îurqiierie du Bourgeois gentilhomme, cf. l'édition de cette pièce publiée à la librairie Behn par M. A. Gasté ; et E. HiGAL, t. II, p. 195.
LA LITTERATURE FRANÇATSÊ
prend à ces sortes de poèmes... Le même bon sens qnileâ a faites autrefois les fait aisément tous les jours sans le secours d'Horace et d'Aristote. » Pour lui, comme pour ^^9lïï?xla gi>^nde règle, c'est de Mais à qui faut-il
plaire? A deux sortes de spectateurs, dont Molière se réclame à la fois : le pari erre -et la cour. Une comédie qui lait rire tout ensemble la cour et le parterre a « attrapé son but ». Molière défend le parterre contre les mai^uis turlupins, et la cour contre Lysidas et Trissotin. Ceux dont il répudie et récuse le jugement sont les pédants, les prudes, les précieux, les gens à la mode que nous appellerions aujourd'hui les snobs, bref tous ceux qui, au lieu de « se laisser aller aux choses qui les prennent par les entrailles », cherchent « des raisons pour s'empêcher d avoir du plaisir » (1). — Molière a défini lui-même le genre de comédie qu'il a pratiqué, même dans ses farces en apparence les plus excentriques : « Lorsque vous peignez des hommes, il faut peiadre .d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent, et vous n'avez rien fait, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle... C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. » Dégagée de la comparaison un peu injuste et trop personnelle avec la tragédie, cette définition est excellente.
L'action dans les comédies de Molière. — Molière au point de vue de l'intrigue, e.^ejfi:^i^4^^ LtaHen^. Il'sait construire une pièce avec ûne remarquable aisance, en taisant sortir les incidents les uns des autres, en donnant aux entrées et aux sorties de ses acteurs les motifs à la lois les plus imprévus et les pius propres à piquer notre curiosité. On ne saurait accepter sur ce point les reproches que lui adressent certains critiques ; rien n'est plus amusant qu'une intrigue de Molière. Mais il faut bien remarquer que Mohère, dans les pièces de caractère, ne s'attache guère à l'intrigue pour elle-même, et qu'iila subordonne presque entièrement à l'étude psychologique: Son oT^jêï est de placer ses personnages principaux dans une série de situations, qui solliciteront successivement toutes les
(1) Cf. F. Hémon, Cours de liiiérature^ Molière, p. 39.