I. — La fable, du moyen âge à La Foutaiiie
Nous avons vu combien la fable était populaire au moyen âge. Le seizième siècle en fit un genre pHitôt savant. D'exactes traductions latines d'Ésope, en particulier celle de Laurentius Valla, en Italie, — la publication du vrai texte de Phèdre par Pierre Pithou, — déterrainèrent les humanistes à composer des fables littéraires. Parmi les fabulistes ae la Renaissance française, il faut nommer : Gilles Gocp^ozet, qui donna, en 1542, les Fables du très ancien Ésope phrygien^ dédiées au Dauphin (La Fontaine s'est-il souvenu de cette dédicace, quand il a dédié les siennes au fils de Louis XIV ?), — GuillaUxMe
T A FONTAINE ET LA FABLE
Haudent, qui publie, en 1547, Trois cent soixanle-six apologues d'Ésope, — GviLLAVME Guéroult, auteur du premier Livre des emblèmes (1550) où sont intercalées vingtsept fables. De Haudent et de Guéroult, on a, sous des titres différents, des versions du sujet traité par La Fontaine dans les Animaux malades de la peste ; et la beauté de l'apologue de La Fontaine ne peut faire oublier quelques traits excellents de ses prédécesseurs (1). — En dehors des fabulistes proprement dits, on doit citer la charmante fable insérée par Marot dans son Épître à Lyon Jamet (1526) ; quand La Fontaine écrira le Lion et le Rat, il restera, cette fois, au-dessous de son jnodèle. — Enfin, en prose, Rabelais a donné, dans le prologue du Quart livre, un développement très pittoresque de la fable le Bûcheron et Mercure ; — de Bonaventure des Périers, on cite le Savetier Blondeau [le Savetier et le Financier), et la Laitière-, — de Philippe de Commines, VOurs et les Deux Compagnons,
Au dix-septième siècle : — Mathurin Régnier insère, dans la satire 111, le Mulet, le Loup et la Lionne (sujet traité par La Fontaine : le Renard, le Loup et le Cheval) ; — les recueils de Pierre Boissat (1633), et de Audin (1648) ; — et surtout la traduction latine d'Ésope par Meslier (1629) > dans ce dernier ouvrage, on trouve de jolis traits descriptifs. « Cela sonne déjà, par moments, comme du La Fontaine ; les procédés sont les mêmes ; et, peut-être, devrions-nous tenir de ces ressemblances plus de compte, YÉsope de Meslier ayant certainement été livre classique dans ce collège de Reims où notre grand fabuliste fît nonchalamment ses études (2). »
Il faut également marquer ici l'apparition, en 1644, du Livre des lumières, ou la Conduite des rois, composé par le sage Pilpay. C'était une traduction, plus ou moins libre^ par Gaulmier, du célèbre recueil de contes orientaux, Calila et Dimna, déjà exploité au moyen âge par les prédicateurs et par les auteurs de fabliaux.
(1) Sur ces fabulistes, voir F. Godefroy, Morceaux choisis du seizième siècle ; et L. Levrault, la Fable {Évolution du genre). Paris, Delaplane.
(2) Levrault, la Fable, p. 69r
LA LITTÉRATURE FRANOAISË