‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 146 sur 281 · IV. — La Littérature · texte numérisé non relu

IV. — La Littérature

Les lettres proprement dites. - Le dix-huitième siècle a rejeté l'autorité et l'imitation des anciens. Mais, dans toute réaction littéraire, en France, il n'y a jamais, comme le dit finement Rémusat, qu'un changement de modèle. On n'imite plus les anciens, soit. Mais on imite, et avec quelle fidélité ! ceux qui ont imité les anciens Boileau est devenu le législateur du Parnasse. C'est dans lArl poétique, ce n'est pas dans un nouvel idéalpropre au siècle, que l'on cherche les lois des genres. La tragédie seraracmienne. Dans la comédie, jusqu'à Marivaux, on imitera Molière. L'épopée effode seront conformes aux préceptes de Boileau, ainsi que la poésie descriptive. Rien de plus singulier que la docilité de ce siècle indépendant, en ce qui concerne les formes littéraires : c'est le pseudo-classicisme qui commence. - Aussi,quelle infériorité ! Aucun de ces ouvrages du dix-huitième siècle ne donne la forte impression d originalité, de beauté, de durée, que nous éprouvons toufours à la lecture des grands classiques. Le style poétique lui-même devient artificiel ; c'est une sorte de langue morte, dont on apprend le vocabulaire spécial, les hgures, les périphrases.

T.A T.TTTÉRATUnE FRANÇAISE

L'originalité du dix-huitième siècle. — Mais ce ne sont là que des apparences, auxquelles le dix-huitième siècle lui-même s'est laissé prendre. La vérité, c'est qu'il n'y a plus de lilléralare^ ou du moins qu'elle est négligeable, si estimable d'ailleurs qu'elle ait pu paraître aux contemporains. La tragédie devient la « pièce à thèse »; et la valeur de Zaïre, de Mahomet^ comme de la Veuve du Malabar de Lemierre ou des Barmécides de La Harpe, est dans les idées ; ce sont pour nous des documents sur la façon de penser du dix-huitième siècle. La poésie descriptive ou légère n'a pas une valeur esthétique, ou a perdu celle qu'elle voulait avoir; elle renferme aussi la psychologie et la philosophie du temps.

Quand on passe à la prose, c'est mieux encore. Plus de cadres conventionnels, plus de genres imposés, plus de langue factice. La matière est nouvelle, et la forme aussi. On fait presque tort à des ouvrages comme l'Esprit des lois, le Siècle de Louis XIV, V Emile, V Histoire naturelle, quand on prononce à leur sujet ce mot équivoque de \ littérature. Ce sont des manifestations spontanées, originales, d'idées et de découvertes, dans des domaines inexplorés. Et l'on souffre à les voir s'encadrer, dans des ma- ; nuels scolaires, entre Verl-Vert et les Saisons !

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