‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 148 sur 281 · VI. — Les arts · texte numérisé non relu

VI. — Les arts

Ici encore, nous devons nous borner à quelques indicaiions générales (1). L'art français suit à peu près le mouvement du siècle : Watteau (f 1721) représente la première émancipation. A la grandeur et à la majesté de Lebrun, il substitue une grâce spirituelle et piquante ; et cet art n'exclut pas le naturel. Il a, pour successeurs, des peintres qui exagèrent ses qualités jusqu'aux défauts, tels que Lancret. — En même temps, l'architecture se fait souple et ornée. Elle aboutit au style rocaille ou rococo.

L'originalité du siècle, en ce qu'elle a de plus délicat et de plus fâcheux à la fois, se précise dans Boucher, dessi^ nateur négligent, mais coloriste aimable. Après lui) dans le même genre, Fragonard fait de jolie peinture anecdotique. Greuze compose mieux ; mais on peut préférer ses charmantes figures isolées à ses grands tableaux littéraires et moraiiXy qui faisaient délirer Diderot. Le réalisme apparaît avec Chardin, admirable peintre de portraits.

Cependant, dans le dernier tiers du siècle, il se fait, sous des influences scientifiques, historiques et archéologiques, une réc^ction contre la peinture de genre. Le plus célèbre représentant de la grande peinture est alors David, qui rapporte de Rome le sentiment d'une antiquité factice

(1) Voir V Histoire générale des beaax-arts, de M. R. Peyre. Delagrave ; et S. Rocheblave, F Art français au dix-huitième siècle dans ses rapports avec la littérature {Hist. de la titt. franç.^ Petit de Julleville. Colin, t. VI, chap. 15).

encore en sa raideur, mais moins conventionnelle que celle de Lebrun.

La sculpture, d'abord assez maniérée avec Lemoyne, BoucHARDON, Falconet, prcud plus de vigueur et de réalisme avec Pigalle et Houdon.

Les/ plus célèbres architectes du siècle sont Gabriel, qui a construit l'École militaire et les deux grands hôtels de la place delà Concorde, et Soufflot, qui a fait le Panthéon. Mais le goût d^ temps est plutôt représenté par l'architecture privée, qui conserve jusqu'à la fin son caractère d'élégance un peu mièvre.

VIL — Les iufiueuees extérieures.

Jamais le cosmopolilisme ne fut plus développé qu'au dix-huitième siècle. Ouvrez la correspondance des grands écrivains, vous les trouvez en rapport avec les rois, les princes, les grands seigneurs, les savants, les écrivains de tous les pays. Les étrangers affluent à Paris et tiennent à honneur de se faire présenter dans les salons. D'ailleurs, notre littérature rayonne sur l'Europe entière. Les grands écrivains du dix-septième siècle sont devenus les modèles des Anglais qui oublient Shakespeare, des Allemands qui attendent Lessing, des Italiens qui manquent alors d'hommes de génie. Nos arts ont la même influence. L'Allemagne et la Russie se couvrent de palais à la française, et le rococo sévit de Berlin à Rome. Enfin, nos idées philosophiques s'infiltrent partout.

L'Angleterre. — Mais l'étranger n'avait-il pas aussi sa part dans notre littérature et dans notre philosophie ? Notre littérature a été relativement peu touchée. Sans doute, Shakespeare a fourni quelque chose, mais fort peu, à Voltaire ; et il a été traduit par Letourneur et adapté par Ducis. Et nous devons aussi reconnaître que les romans anglais de Richardson ont déterminé chez nous des imitations, sans oublier que ceux de l'abbé Prévost leur étaient antérieurs. Mais c'est surtout dans le domaine des idées et des mœurs que se fait sentir l'inlluence anglaise. Nous aurons assez Toccasion d'y revenii'. Montes-

TABLEAU GÉNÉRAL DU XVIII® SIECLE

quieu et Voltaire doivent particulièrement à leur séjour en Angleterre leurs idées politiques et sociales. Nos encyclopédistes, nos économistes, nos savants, s'inspirent aussi des théories d'outre-Manche. La société en est imprégnée. La tolérance, la liberté civique, la dignité du commerce et de l'industrie, le confortable public et privé, etc., circulent en France à titre d'importations anglaises.

Les grands noms et les grandes dates de la littérature anglaise sont, en ce dix-huitième siècle : Newton (f 1727);

— Swift (f 1745), qui publie en 170He Conte du Tonneau, et en 1726 les Voyages de Gulliver (Voltaire s'en inspirera dans ses romans et dans ses pamphlets); — Addison (f 1719 donne en 1711 son Spectateur, journal littéraire, critique, moral, imité par Marivaux, et en 1713 sa tragédie de Caton ;

— Pope (f 1714) publie en 1718 sa Dunciade, poème satirique imité par Palissot, et en 1732 son Essai sur Ihomme, qui a servi de modèle à Voltaire pour sa poésie philosophique ; — Daniel de Foë (f 1731), dont le Robinson Crusoé est de 1719; — Richardson (f 1761), dont les romans, Paméla, Clarisse Harlowe, etc., paraissent de 1740 à 1750;

— des philosophes comme David Hume, Adam Smith, Thomas Reid, — des historiens comme Gibbon, etc.

Or, au dix-huitième siècle, chacun savait l'anglais, comme au siècle précédent l'italien.

L'Allemagne. — De ce côté, où tout le monde parlait français, il faut signaler cependant les premiers chefsd'œuvre d'une littérature qui se préparait à jeter le plus vif éclat et à exercer, eïie aussi, une forte influence sur notre pays.

Leibniz (f 1716) a publié sa Théodicée en 1710, et sa Monadologié parut après sa mort, en 1720 ; — Gottsched (f 1766) traduit des tragédies de Racine et engage bientôt la lutte contre Lessing ; — Klopstock (f 1803) publie sa Messiade de 1748 à 1773 ; — Lessing (f 1781) écrit en 1765 son Laocoon, et en 1767 sa Dramaturgie de Hambourg ) i\ donne ensuite ses pièces, dont la principale, Nathan le Sage, est de 1779; et, tout en subissant l'intluenc© de Diderot, il renouvelle le théâtre allemand ; — mais déjà Goethe avait fait jouer, en 1773, son Gœlz de Berli"

êéâ LA LITTÉRATURE FRANÇAÎSË

chingeriy et publié Werther en 4774 ; or, Werther est traduit en français en 1784, et obtient un grand succès; Egmont est de 4 788, Iphigénie de 1789, Wilhelm Meisler de 1796, Hermann et Dorothée de 1798 ; — Schiller donnait tes Brigands, en 1780, Fiesque (1784), ta Guerre de Trente Ans (1791), Watlenstein (1799). Il faudrait nommer encore Voss, WiELAND, — le grand archéologue et critique d art WiNCKELMANN (f 1768), — Ics philosophcs Herder (f 1803), Kant (t 1804), etc.

L'Italie a l'historien Vico (f 1744); — Métastase (| 1782), dont les tivrets d'opéras sont des chefs-d'œuvre de sensibilité et de pathétique; — Goldoni (f 1793], qui renouvelle, par l'imitation de Molière, la comédie italienne ; — Alfieri (f 1803), auteur de tragédies qui abondent en situations fortes et éloquentes ; — Beccaria (f 1794), dont le Traité des délits et des peines fut accueilli avec enthousiasme par les philosophes.

Quant à l'Espagne, elle est toute à l'imitation française, et ne produit alors aucune œuvre originale.

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