JEAN-JACQUES ROUSSEAU S
à Saint-Preus, de M. de Volmar, etc. Il noug .pat;^ f
d'hni d'une lenteur désespérante, et ne nous interes&e plus què par quelques pages : le tableau de la société pansierme nar Saint-Preux (2« partie) ; c'est Rousseau jugeant les salons,, fes S-es,'etcS - quelques passages .Ph.»osophKiues su^^ le suicide (3» partie). Mais surtout les descriptions ont conserve ei^Sheti, et leur beauté : les montagnes du Valais (1" partie) a fameuse promenade aux rochers de Meillerie et sur e ac de GeSe (3. partie) ; les vendanges à Clarens (5» partie)^ Ces pa "es magnifiques contiennent tout ce que le romantisme devait LlTlôt rythmer et chanter. Chateaubriand et Lamartine^ voyez . Tac) en procèdent, ainsi que les romans de Mme de Staël et de George Sand. Mais les contemporains y goûtèrent bien autre chose : la peinture animée et souvent emphatique de 1 amom malheureux, une sensibilité exaltée et larmoyante, des d sseï Sus sur Utes sortes de sujets politiques, religieux philan- IhroDiques, pédagogiques, etc. Sous ce rapport, le succès D^ eux de'/a Nouvelle Héloïse est un document sur le goiit, ^ paiSe pire, du dix-huitième siècle enl7Cl. Il a"t reconnaître que celte façon d'analyser les passions en les prenant au sérieux jusqu'à la sentimentalité ridicule, était préférable au froid libertinage, à Vamoralilé, comme nous disons aujour d'htii, de la plupart des romans alors à la mode.
Le Contrat social (17G2). - Rousseau établit que nul n;a le droit d'aliéner au profit d'un autre sa liberté morale et civique. U condamne donc tout gouveiniement monarchique ou aristocFatique. Mais l'homme aliénera sa liberté au profit de la cornmunaulé : « Chacun se donnant à tous, ne se donne a personne et comme il n'y a pas un associé sur lequel <>" nfcqmere c même droit que sur soi, on gagne l'équivalent de tout ce que l'on perd et plus de force pour conserver ce que 1 on a. » Ainsi, l'on arrive à la conception d'un pouvoir abstrait et absolu . r£/o;. Pour mesurer les dangers d'une paredle doctrine, i suffit de ne pas oublier que le jacobinisme conventionnel s es réclamé hautement du Cônfrat social. On comparera utilement la Dolïtique toute expérimentale de Montesquieu a cette utopie criminelle d une imagination malade. Mais le Contrat social e, littérairement, une beauté singulière, faite de log«l^e 'mplacable et de simple vigueur. La morne main qui venait de tiacer les analyses délicates et passionnées, les descriptions ravi*,santes Inthousiastes, colorées, de la Nouvelle IMoUe gravait en. quelque sorte en un style lapidaire, incisait en formules d une éloquence toute laconienne, ce.'* paradoxes de politique visionnaire.
L'Émile (i/62). — VÉniile est le « chef-d'œuvre » de Rousseau, non pas seulement parce qu'il est le plus varié et le plus suggestif de ses écrits, mais encore et surtout parce qu'il contient tout Rousseau. Les Discours^ la Lettre sur les spectacles^ la Nouvelle Héloïse, le Contrat social, sont comme des préparations à VÉmile. Rousseau avait établi ce principe : l'homme est bon par nature, la civilisation l'a corrompu. Mais comment guérir une société si profondément atteinte qu'elle aime son mal et ne veut pas s'en corriger? C'est à la base qu'il faut reprendre l'œuvre, par Véducation des enfants. Rousseau, cette fois, posait bien le problème. Tout ce qu'il avait écrit jusque-là n'était que déclamation et utopie; mais établir une pédagogie^ c'était une idée pratique. Nous allons voir l'utopie s'y glisser encore.
VÉmile se compose de cinq livres : I. La première enfance. Rousseau veut que la mère nourrisse elle-même son enfant. Il proteste contre l'usagé de l'emmaillotemenl. Le précepteur, qui doit bientôt s'emparer du jeune Emile, surveille déjà ses premières impressions et sensations ; il prend garde qu'on ne ^ lui donne de mauvaises habitudes. — IL Ici commence vraiment le rôle du précepteur. Rousseau entend ce rôle tout à fait au ; rebours de l'usage. Un maître, en général, apprend à l'enfant ce dont celui-ci aura besoin pour vivre en société ; il l'arme , pour cette vie par l'instruction et par l'éducation. Mais Jean- 1 Jacques pense que la société est corrompue et vit de sa cor- \ ruption. Le rôle du maître sera donc surtout négatif et consistera à préserver l'enfant, puis le jeûne homme, contre cette société. On l'élèvera, cet enfant, à la campagne, « loin des vaîets, les derniers des hommes après leurs maîtres ». Le pré- ; cepteur nele quittera pas, mais le laissera, autant que possible,^ s'instruire lui-même. Il ne faut rien lui commander; mais lui faire'; sentir qu'il est, par sa faiblesse et par son ignorance, à notre i merci. Point de morale, point de lectures (1), point de devoirs'; écrits; la causerie, l'expérience préparée, et toujours la leçons de c/ïose.s. L'idée de propriété, Emile l'acquerra par une discus*' sion avec le jardinier Robert (il est nécessaire que celui-ci' n'ait lu ni le Discours sur r inégalité ni le Contrat social). S'iil casse, dans un accès de colère, les vitres de sa chambre, ne dites rien ; il aura froid la nuit, et sentira qu'il a fait une sottise (mais si ce sont les vôtres qu'il a cassées ?). Bref, laissez -a*iLi^ /2a/«re ; votre rôle doit se borner à faire naTfFe^cÎFs^-oc::
(1) Là se trouve le célèbre passage *^.ur les fable^^. de 1.3 Fontaine (Cf. l^jcl rails de M. L. Brunel). ,
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casions. « lî est impossible que les enfants dewnnent indociles, méchants, menteurs,- avides, quand on n'aura pas semé dans leurs cœurs les vices qui les rendent tels.» Quel dommage que Jean-Jacques n'ait pas conservé un de ses cinq enfants pour juger de la vérité de ce précepte! D'excellentes choses ensuite sur la façon d'apprendre la géographie, 1 histoire la géométrie, — sur la manière d'exercer la vue, l'ouïe la voix' —
une grande place dans 'ce second livre; Emile, qui a appris à marcher seul, da^^^^^^^^^ pré ^'eterce à la course, à la nage, à divers jeux. Il va toujours nu-pieds, la tête découverte ; il porte des vêtements clairs • il couche sur la dure. Sa nourriture est simple et abondante' et il mange peu de viande. A douze ans, c'est ufi enfant robuste et sain, un « bel animal ». - III. Avec ce troisième livre nous arrivons U'éxlucalion de V intelligence. On continue les leçons de choses, mais en leur donnant plus de signification et d'étendue ; les livres restent suspects, Emile ne lit que Rohinson Lnisoe, exemple d'énergie humaine et naturelle. Le précepteur tirera presque tout du spectacle de la nature ; c'est en mon-trant a Emile le lever et le coucher du soleil, et en l'obligeant à raisonner lui-même sur ce qui l'ëtonne, qu'il lui apprendra l'astronomie, un peu de physique, etc. Mais Rousseau veut encore que le jeune homme, si riche qu'il soit, se prémunisse contre les hasards de la fortune, et qu'il devienne capable au besoin, de gagner sa vie. Emile saura donc un métier man'uel celui de menuisier. ™ IV. Emile a seize ans : la vie morale et sensible ^evem m luk Le précepteur profitera de cette crise de radolescence pour le conduire dans la société, où il essayera de satisfaire son cœur par la pitié, la charité, et par les joies d'une conscience toujours pure. Puis viendra le momejTt de lui donner une religion. Ici, se place la fameuse Prolession de foi du vicaire savoyard. Rousseau suppose qu'il em^ mené son élève sur une montagne d'où un magnifique paysage, la vallée du Pô, se déroule à leurs yeux. Le vicaire (dans lequel Rousseau a incarné, si l'on en croit les Confessions deux prêtres qu'il a connus, l'abbé Gaime et l'abbé Gâtier)' devant ce spectacle qui porte Emile à la méditation et à l'ado- ^^^^ï^' êiPi>s^ les principes de la religion naturelle. C'est un raisonnement en règle, souvent abstrait et métaphysique très bien he, auquel viennent s'ajouter la preuve des causes finales et presque l'impératif catégorique de Kant, et qui aboutit à peu près a la religion chrétienne. Ce morceau célèbre, d'une grande élévation de pensée, et d'un style à la fois solide et pittoresque, nous entraîne bien loin du persiflage de Voltaire. ^ est un rationalisme qui commence à s'ing^uiéter de ses néga-
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lions, qui B'inlcrrogc et qui laisse Dieu « lui parler au cœur Le succès en fut immense, et ramena sinon à la religion, du moins à la religiosité, bien des âmes qui « cherchaient en gémissant ».— Emile peut maintenant affronter seul la société. Sa santé physique et morale le met à Tabri de la contagion. Mais Rousseau veut qu'il considère la campagne comme le séjour le plus propre à satisfaire ses goûts naturels et à entretenir sa vertu. Il trace donc le plan de vie pour un homme riche, un des plus ravissants passages du livre.— V. Il s'agit enfin de marier Émile. On a élevé une jeune fille,, Sophie, dans les mêmes principes'^'que lui. Ils se rencontrent, s'aiment et s'épousent. Le précepteur reste dans la maison, pour élever leurs enfants.
Cette rapide analyse suffit à montrer le fort et le faible du système. Rousseau a raison de protester contre Fabus de la contrainte dans l'éducation morale et de la mémoire livresque dans l'instruction. Il est d'accord avec Rabelais et avec Montaigne, sur la nécessité de l'expérience, de la conversation, des leçons de choses, des exercices physiques, etc. Mais il a tort de croire que le précepteur sera ainsi maître absolu d'une jeune âme, et surtout d'affirmer que cette âme d'enfant ne peut avoir que de bons instincts qu'il suffit de préserver et d amener à v leur maturité naturelle. Là est l'utopie. La vertu s'apprend. C'est la faiblesse de l'homme de ne pas la pratiquer d'instinct; c'est son honneur d'être propre à la goûter et de mettre sa grandeur à la pratiquer
Les Confessions (écrites de 1765 à 1770, publiées en 1788). — Dans cet ouvrage étrange, où l'excellent et l'exquis, et parfois le sublime, se mêlent sans cesse à la déclamation et au cynisme, Rousseau entreprend de raconter sa vie, depuis sa naissance jusqu'en 1766, année où il quitta l'île de Saint-Pierre. D'après le titre, on serait en droit d'attendre tout autre chose que cette apologie exaltée et haineuse. Mais il faut lui pardonner ses mensonges et ses sophismes, en songeant qu'il écrit les Confessions au moment le plus malheureux de sa vie. Il a le délire de la persécution ; il erre, en vagabond, de Suisse en Angleterre, de Normandie en Dauphiné. Et puis, ce livre est le premier chef-d'œuvre de cette littérature personnelle qui devait s'épanouir avec le romantisme.
Aux Confessions, il faut rattacher les Rêveries du promeneur solilaire, écrites par Rousseau pendant son dernier séjour à Paris. Les descriptions en sont charmantes.
Sa Correspondance, assez considérable, n'a pas l'intérêt des lettres de Voltaire, d'abord parce qu'elle ne nous apprend rien, ou à peu i3rès, que nous ne connaissions déjà par se& autres