‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 183 sur 281 · LA POÉSIE DIDACTIQUE ET LYRIQUE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DIDACTIQUE ET LYRIQUE

sy, chez Mme de Piscatory, quand on l'arrêta, tout à fait par hasard ; ce n'était pas lui que l'on cherchait. Emprisonné à Saint-Lazare, le 7 mars 1794, il fut exécuté le 20 juillet à la barrière de Vincennes. Une même charrette emmenait avec lui Roucher, l'auteur des Mois.

Publication des œuvres. — Deux pièces d'André Chénier, nous l'avons dit, parurent de son vivant (1791 et 1792). Tout le reste de l'œuvre est de publication posthume. — D'abord, on donna quelques fragments : la Jeune Captive, dans la Décade philosophique (1801) ; la jeune Tarenline, û^us le Mercure (1801). Chateaubriand cita trois passages dans les notes du Génie du christianisme. Mais on dut attendre la mort de Marie-Joseph, qui possédait tous les manuscrits de son frère, et qui était de son vivant le gr^nd homme de la famille, pour connaître l'ensemble de l'œuvre. La première édition, tronquée et truquée, parut en 1819, par les soins d'Henri de Latouche ; elle fît une sensation profonde. Mais il faut arriver jusqu'à 1862 pour avoir Chénier à peu près complet (édition Becq de Fouquières). M. Gabriel de Chénier donna, au moyen des manuscrits, une nouvelle édition en 1874; et M. Becq de Fouquières, une définitive, en 1881.

Les idées d'André Chénier. — André Chénier tient à son temps; il est tout le contraire d'un précurseur, par ses sentiments et par ses idées. Il est nourri de V Encyclopédie, il est athée, il conçoit l'amour à la façon de la société libertine du siècle. Son goût pour Fantiquité grecque ne lui est pas du tout personnel, A cette époque, depuis la publication du Voyage du jeune Anacharsis, de l'abbé Barthélémy (1788), tout le monde s'éprend d archéologie et de mœurs grecques. Il faut bien qu'on sache qu'il n'y a de vraiment personnel chez lui que l'inspiration des iamhes, ^ écrits dans sa prison. Partout ailleurs, cest par la forme que Chénier est novateur.

Les Élégies sont au nombre de quarante. Chénier y chante ses amours, ses regrets, sa^ip^éLiac^ie^ en est délicat, précis, mais gâté par^la périphrase et par la mythologie. C'est souvent du style pseudo-classique. D'ailleurs, il est très difficile d'y faire la part de la ^^'ncé-

ritéet de l'iniitalion. Il y a là beaucoup de Tibulle,de Properce et d^Ovide ; beaucoup aussi de Berlin, de Colardeau, de Parny. Cependant, quelques passages semblent bien exprimer la rêverie profonde et la sensibilité frémissante.

Les Bucoliques et les Idylles. — Là, on trouve le vrai Chénier, celui qui a le sentiment exquis de l'antique, à la manière non pas de Racine, mais de Ronsard. Encore manquait-il à Ronsard le sens archéologique et géographique de la Grèce. Il en reproduisait surtout la mythologie et les légendes. Chénier, sans en pénétrer l'esprit ni la religion, s'est attaché aux paysages, aux lointains harmonieux et purs, et surtout (car il n'emprunte guère que des Irails descriptifs à Homère, à Théocrite, à V Anthologie, et toujours sobres) aux attitudes, aux gestes, aux personnages formant des groupes de bas-reliefs. — Parmi les plus célèbres morceaux de ce genre, il faut citer: V Aveugle (Homère, après un dialogue avec des pasteurs de Syros, chante... Et c'est une occasion pour le poète de parcourir tous les thèmes de l'ancienne poésie grecque) ;

— le Mendianl (la fille de Lycus prie son père de donner I hospitalité à un mendiant qu'elle a rencontré sur les bords du Crathis ; ce mendiant raconte ses aventures ; il est le père de Lycus); — la Liberté (dialogue entre un berger et un chevrier ; le berger est esclave, et sa condition lui pèse; il n'aime rien. C'est un des . morceaux les plus achevés de Chénier) ; — le Malade est l'histoire d'un jeune homme qui meurt d'amour pour une jeune fille qu'il a aperçue ; il avoue son mal à sa mère, et celle-ci va chercher la jeune fille qui l'épousera; — /a Jeune Tarentine\

— Néère, etc.

Il y a de très nombreuses imitations dans ces idylles, et l'on pourrait dire que les moindres détails en soiït empruntés. Mais Chénier sait y exprimer des sentiments naturels, d'une façon à la fois française et grecque. Il possède la mesure, l'élégance, le sens de la beauté mystérieuse des choses et des êtres.

L'Hermès. — André Chénier ne voulait pas se contenter de ces imitations antiques. Oui sait? peut-être même les considérait-il, lui qui n'en a rien publié, comme des exe/'-

Page 1