‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 192 sur 281 · III. — Les écrivains · texte numérisé non relu

III. — Les écrivains

Il faut mettre à part, quand on parle des écrivains, cou?? qui se sont appliqués à la philosophie, à la science, et qui, pour la plupart, furent beaucoup moins occupés de plaire au public, que d'approfondir et d'éclaircir les grands problèmes psychologiques, sociaux, critiques; ceux-là sont animés par le seul amour du vrai. Mais les autres, s'adres- Gant à ce public que nous avons essayé de définir, et voulant être lus, que deviennent-ils, si on les compare aux écrivains des dix-septième et dix-huitième siècles?

Pour plaire, ils ne peuvent plus, comme jadis, épier et satisfaire un goût précis dans chaque genre et dans chaque société. « Que reste-t-il à faire à l'auteur ? A parler pour lui-même, à écrire pour se satisfaire, à dire ses sentiments, ses passions, ses idées propres et ses rêves, à penser tout haut. Sans doute, il s'adresse à un public, mais il ne s'y soumet pas, il ne cherche plus à s'y accommôder, par la raison qu'il n'a plus de contact avec lui. La littérature personnelle d'une société démocratique est la littérature naturelle d'un public nombreux, dispersé, non hiérarchisé, non discipliné et inconnu des auteurs. — Et il ne faut pas entendre par littérature personnelle seulement une littérature élégiaque, soit en vers, soit en prose, une littérature d'épanchement, de confessions et de confidences. 11 faut entendre par littérature personnelle une littérature individualiste, où chaque auteur, sans se soucier des opinions probables du public, parce qu'il ne peut pas s'en soucier, suit la pente naturelle de son esprit,une littérature par conséquent très variée, très aventureuse, très accidentée (1)... » Cette observation de M. É. Faguet est juste. L'écrivain devient individuel, parce qu'il ne peut plus s'adresser à un pubhc restreint.il y a d'ailleurs d'autres cau^ ses, plus générales, de cet individualisme, et qui sont des causes politiques et sociales originaires de la Révolution.

(1) Introducîion aux tomes VII et VIII de la Litîéraîure française de Petit de Julleville (Colin).

LA LITTlîllATURE FliAN'ÇAISÉ

D autre part, si, pendant la première moitié du siècle a peu pves, l'écrivain est jaloux de sa personnalité el s impose fièrement aux diverses portions du public il faut

moftirr!" •^"^'?T"*' '""■^'^"^ ^ans la seconde Tnelé d. iwvl' Sainte-Beuve a fort bien le^théâtïit ^nduslridlc. Aux âges précédents,

e théâtre et le livre ne nourrissent pas leur homme. Voltaire ne s est pas enrichi avec ses ouvrages, mais par la spéculation financière. On fit bien d'établir des lofs cfui reconnaissaient la propriété littéraire et assuraient à l'auteur des bénéfices comme aux acteurs et aux libraires.

H ° P^"^ 'ï"*' jamais un mélier

que celui d écrivain. Dira-t-on qu'il est plus honorable de vivre de la vente de ses ouvrages que d une pension' officielle, qui vous ôtait toute liberté ? D'accord. Mais

Lr^-Ay ■ ^T'I ""'l ^y'^"' "'a<=hète votre livre que s 11 lui plaît ; et comme il est rare que la majorité se plaise a ce qui est beau, désintéressé et moral, l'écrivain' sera 1 esclave des goûts les plus frivoles ou les plus bas. Il faut 1 avouer, il est peu d'écrivains, même parmi les) plus grands, au dix-neuvième siècle, qui aient eu le courage de ne pas sacrifier à cette idole aux mille têtes qu'est le nouveau public, et de résister à la tentation de faire tortune. On en arrive à estimer les auteurs d'après leurs revenus Et combien ont renoncé à leur original é, qu^ ne se fut imposée que trente ans plus tard, pour travailler' dans les genres à la mode et gagner de l'agent? i

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