‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 212 sur 281 · VI. — Alfred de Musset · texte numérisé non relu

VI. — Alfred de Musset

Dans quelle catégorie classer les pièces dW. de Musset? Le poète ne j£is^,paâ..éiy.ites pour la scène, et elles n'apparÈfennent à aucun genre déterminé. Si nous en parlons \ au chapitre du Drame, c'est que les principales sont la réalisation la plus complète et la plus artistique du programme romantique.

Musset avait voulu faire du théâtre. Le 4°' décembre 1831, rOdéon représentait la Nuit vénitienne, comédie en un acte et en prose, qui fut sifflée. Heureuse chute ! Musset, dépité, renonça à écrire pour la scène, et donna librement carrière à sa fantaisie, dans ses essais dramatiques. 11 publia, en 1832, sous ce titre : Un Spectacle dans un fauteuil, trois essais : les Marrons du feu, la Coupe et les Lèvres^ A quoi rêvent les jeunes filles. En 1833, pendant un séjour à Venise, il écrivit Lorenzaccio, drame admirable par Vintensité et le relief. C'est l'histoire du meurtre d'Alexandre de Médicis par son neveu Lorenzo, d'après la chronique de Varchi. — A dater de 1833, Musset donne, dans la Revue des Deux-Mondes, toutes les autres pièces réunies aujourd'hui sous le titre général de Comédies et Proverbes; les principales sont : les Caprices de Marianne, André del Sarte, Fantasio, On ne badine pas avec Vamour, Il ne faul jurer de rien] et dans le genre mondain : Un Caprice, Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée.

Si l'on étudie les sources de ce théâtre, on y trouve du Shakespeare et du Byron, du Racine et du Marivaux, de LAristophane et du Beaumarchais. Mais surtout du Musset. Et il convient de dégager son originalité. Musset a écrit ses pièces sans songer qu'en un décor de bois et de toile peinte, des acteurs dussent parler à un public. Aucune tradition, aucune convention, aucune nécessité pratique ne Tenchaînent ; il voit, il sent, il imagine, et il fixe au passage ce qui ravit ses yeux ou son cœur. Ses personnages sont variés comme la nature; il n'a pas besoin de subordonner leur diversité à un caractère dominant; et cependant ils son-t très tranchés, très différents les uns des autres. Octave et Fortunio sont poétiques et charmants, Blasius et Bridaine sont bêtes à souhait.

LE DRAME ROMANTIQUE 783

Comme Shakespeare, Musset ne fait apparaître aucun personnage qui ne soit marqué et vivant. Que dire du style, le plus spontané, le plus vif, le plus bouffon ou le plus éloquent, le plus coquet ou le plus passionné qui tut jamais.

Aussi, quelle surprise, quand une actrice qui revenait de Saint-Pétersbourg, Mme Allan, et qui avait eu l idee de risquer là-bas cette petite pièce, joua à la Lomedie- Française Un Caprice (1847). Le succès prodigieux qu elle obtint engagea Musset à donner presque tout le reste au môme théâtre. Il fallut sans doute faire quelques retouches et quelques raccords; mais, dans l'ensemble, c était du théâtre, et du vrai. L'exemple de Musset prouve que le génie, le don, peut suppléer au métier, ou du moins peut suggérer au poète par intuition tout ce que le métier apprend aux autres. Mais cet exemple est unique dans l'histoire de notre théâtre.

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