Le merveilleux
Toute épopée comporte, par le recul même et par la grandeur des exploits, l'intervention du merveilleux. A mesure que l'imagination populaire exagère la situation et les actes, elle sent, toujours conduite par une logique secrète, que les seules forces humaines seraient restées au-dessous d'une pareille tâche. On ne se contente pas de rendre le héros invulnérable (Achille, Siegfried), on fait intervenir en sa faveur la divinité.
Le. merveilleux de la Chanson de Roland est tout chrétien, sans aucun mélange de superstitions populaires ou de magie : c'est plutôt du sur naturel. De plus, il y en a, pour ainsi dire, un minimum. Le poète nous dit que Dieu combat avec la France, et que le diable, avec Apollon et Tervagant, est du côté des Sarrazins. Mais ni Dieu ni le diable ne sortent du surnaturel subjectif pour jouer un rôle direct dans la bataille. Les seules apparitions sont celles de saint Gabriel et de saint Michel, quand ils viennent recueillir Tàme de Roland (6) ; à deux reprises encore, saint Gabriel descend du ciel vers Charlemagne, mais c'est en rêve qu'il lui apparaît (7). On voit quelle est la discrétion de ce merveilleux,
(1) CXCI à CXCIV. - (2) XX. - (3) XXXII à XXXÏIL - (4) CGC. - .5) XV, XX à XXVL - (6) CCIIL - (7) CGXII et CCCXVIIL