La langue et le style
Le meilleur texte que nous possédions de la Chanson de Roland est celui d'Oxford, œuvre d'un scribe anglonormand, dont Léon Gautier place l'exécution entre 1150 et 1160. C'est une mauvaise copie, aussi mal corri* gée que mal écrite; le manuscrit original devait être rédigé en dialecte normand. Nous n'avons pas ici à étudier ce dialecte. Rappelons seulement que le roman du onzième et du douzième siècle est une langue à deux cas, où le fonds latin est encore très transparent, oii l'influence germanique apparaît dans la forme tout extérieure des mots. La syntaxe en est raide et peu variée : c'est l'insuflisance réelle de cette langue, dont le vocabulaire n'est pas aussi pauvre que l'affirment les ignorants. Les formules reviennent fréquemment dans les récits et dans les descriptions ; elles suppléent aux images qui sont très rares. Évidemment, la poésie du Roland ei^i dans les situations et dans les sentiments, et presque point dans la forme. Nous sommes habitués, par notre éducation classfque, à ce que les poètes nous fournissent la poésie toute faite, toute parée de figures qui s'imposent à notre imagination paresseuse ; et sous ce rapport, le romantisme nous a rendus encore plus passifs : nous aimons les poètes et les arlisles, nous n'aimons ni la poésie ni les arts. Pe«t-être nos pères sentaient-ils plus vivement que nous la poésie des choses; une indication rapide et sobre suggérait à leur imagination plus fraîche un tableau ou une ém.otion.