VI. — La critique dramatique : Francisque Sarcey
Après Jules Janin, qui occupa pendant plus de trente ans le rez-de-chaussée du Journal des Débals, de 1836 à 1874, on compte de nombreux critiques dramatiques. Le plus célèbre fut Francisque Sarcey (1828-1899), qui écrivit, do 185i) à 1867, le feuilleton dramatique de V Opinion nalionale, et de 1867 à 1899 celui du Temps. Une partie de ses articles a été recueillie en 8 volumes, sous le titre de Quarante Ans de théâtre.
Sarcey n'est ni un théoricien dogmatique, ni un moraliste, ni un philosophe, ni un humaniste; ou plutôt il est un peu de tout cela, car il ne manque ni d'idées, ni de sentiments, ni de lettres, ni d'érudition. Mais il subordonne tout à une règle plus générale : il va au théâtre^ pourvoir une œuvre de théâtre ; il l'examine en homme de théâtre, dans sa perspective propre, et la juge d'après l'emploi plus ou moins habile des conventions nécessaires du théâtre. Au moyen de ce système, il a renouvelé, dans une certaine mesure, la critique du répertoire classique, en faisant ressortir avec verve et justesse les qualités de métier d'auteurs considérés trop exclusivement comme des psychologues ou des moralistes. Il a, ensuite, trop estimé les dramaturges habiles, tels que Scribe et Sardou, auxquels il ne demande rien au delà de leur art ou de leurs artifices. Il a donné trop d'importance au vaudeville, au mélodrame, à toute la production inférieure du théâtre. Enfin, il n'a pas bien compris les contemporains, tels que Augier, Dumas fils ; et il est absolument fermé aux nouveautés contemporaines et au théâtre étranger.
Gomme conférencier, Sarcey avait des qualités très personnelles, beaucoup de bonhomie et de finesse.