V. — Dîlîusîoïïii et influence des Chansons de Geste
Si nos chansons de geste sont d'origine germanique, c'est bien sur le sol gallo-romain qu'elles prirent leur forme définitive ; et, sous cette forme, elles exercèrent une influence vraiment européenne (1).
(1) L'Allemagne traduit Roland et Aliscans (xii* et xv* siècles); rAngleteiTe se passionne surtout pour Fièrabas ; dans les Pays-Bas, au douzième siècle, Roncevaiix, Renaud, les Lorrains sont autant d'adaptations de nos poèmes français ; en
LïTTÉnATURE FÉODALK
La France seule semble avoir oublié, pendant plus de [rois siècles, de Ronsard à Victor Hugo, des poèmes qui ne devaient pas être sans valeur pour avoir ainsi rayonné ^ sur l'Europe entière. Aujourd'hui enfin, on peut parler des Chansons de gesîe comme d'œuvres classiques, sans se ^oire obligé d'affecter un dédain de bon ton envers cette .cérature essentiellement nationale. Mais gardons-nous de l'excès contraire ; et ne laissons pas d'avouer deux choses : la première, qu'il a manqué à l'inspiration de nos premiers trouvères ce sens de la mesure et de l'équilibre qui caractérise le véritable artiste (et c'est peut-être parce que la plupart de ces Chansons nous sont parvenues sous forme de remaniements maladroits), — la seconde, que leur langue, robuste et précise, déjà bien française par la clarté, n'a pas encore acquis la souplesse nécessaire à l'expression des sentiments intimes ou à la description variée du monde extérieur.
Norvège, au treizième siècle, nous trouvons une collection de Sagas (1), dont la plus célèbre est la Karlamagnus-Saga, traduite elle-même en suédois et en danois; l'Espagne s'en tint à des romances, dont les sujets sont souvent tirés de l'épopée française.
L'Italie est, de tous les pays voisins, celui où la matière de France irouYe le plus de succès. Transportées dans cette société si curieuse et si vive, nos chansons furent d'abord, dans la Lombardie et la Vénitie, répandues en français italianisé. Puis, à la lin du quatorzième siècle, on compile sous le titre de Royaux de France (Reali di Francia) nos légendes épiques; ce vaste ouvrage est suivi d'autres poèmes, VEntrée de Spagne, Aspremont. Rinaldo, etc. Guillaume d'Orange et Ogier le Danois deviennent l'objet de longues rédactions en prose et en vers. Ce succès ne faiblit pas. A la fm du quinzième siècle, Pulci et Bojardo; au seizième, FArioste, et dans une certame mesure le tasse, continuent à exploiter nos Ges/es, chacun à sa façon. C'est encore en Italie que les Roland, les Olivier, les Ogier, les Renaud, etc., sont le plus célèbres.
(1) Le mot Saga (légende) s'applique dans les littératures Scandinaves, d'une part, à des poèmes nationaux islandais, en prose; d'autre part, à des imitations ou adaptations de nos épopées françaises et de nos romans bretons.
LA LITTÉRATURE FRANÇALSE
BIBLIOGRAPHIE
Pour toute la bibliographie du moyen âge, se reporter à la Liitéraliire française au moyen âge, de Gaston Paris (Hachette, 2* éd., 1898). Ici, nous nous contenterons d'indiquer les ouvrages, essentiels, plus spécialement destinés aux élèves et aux étudiants. Pour les dates, souvent discutées, et sur lesquelles les critiques ne sont pas toujours d'accord, nous adoptons celles de Gaston Paris.
L. Gautier, les Épopées françaises^ 2*^ éd., Paris, Palmé, 1878-94, 3 vol. in-8.
G. Paris, la Poésie au moyen âge, série. Paris, Hachette, 1895, 1 vol. in-8.
G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, Paris, 1865, 1 vol. in-8.
Karl Bartsch, Chrestoniathie de Vancien français (treizième et
quinzième siècles), 1 vol., Leipzig, 1880, in-8. G. V xms, Chrestoniathie du moyen âge. Paris, Hachette, 1898, 1 vol.
in-8.
G. Paris, Récits tirés des poètes et prosateurs du moyen âge.
Paris, Hachette, 1896, vol. in-16.
L. Clédat, Chrestoniathie du moyen âge, Paris, Garnier, 1 vol.
iii-12.
Petit de Julleville. Histoire de la Littérature française, des origines à 1900. Paris', Colin, 1895, in-4. (T. I, chap. 2, ii^popée Nationale, par L. Gautier).
J. BÉDiER, les Légendes épiques. Recherches sur la formation des chansons de geste, Paris, H. Champion, 2 vol., 1908. Pour les fecc/es, en dehors des morceaux cités dans différentes Chrestomathies :
La Chanson de Roland, éd. L. Gautier, avec traduction en regard (Tours, Marne, 1875, in-12); — éd. Lehugeur (Paris, Hachette, in-12) en vers français modernes; — éd. Clédat, etc.
Les Chrestomathies renvoient aux éditions séparées ou collectives des autres Chansons de geste.