I.'niSTOIRE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
reaux ni victimes ; il garde son sens du symbole : sa prise de la Bastille, ses portraits de Danton, de Marat, de Robespierre forment autant de pages à retenir. De même, son étude du dix-huitième siècle (lequel est pour lui le grand siècle) est des plus curieuses à lire, quel que soit le parti pris évident qui Fanime. Mais il faut Favouer, les généralisations précipitées, les symboles incohérents abondent dans cette partie.
Le style de Michelet a toutes les qualités, et parfois tous les défauts du romantisme, tl est imagé, vivant, poétique ; il est exagéré, touffu, parfois « apocalyptique ». C'est un de nos écrivains les plus grands, — c'est un des plus inégaux.
VIIL — Autres historiens.
Alexis de Tocqueville (1805-1859) est, après Guizot, le plus* illustre disciple de Montesquieu. Dans sa Démocratie en Amérique (1836-39), et dans V Ancien régime et la révoluîion (1856), il analyse avec autant de clairvoyance que de profondeur la vie intime des sociétés modernes. Nul historien ne fut plus loyal, mieux informé, plus puissant dans sa simplicité.
Henri Martin (1810-1883) a publié, de 1837 à 1854, en 19 volumes, une Histoire de France bien documentée, impartiale, patriotique. Sa principale originalité consiste à chercher et parfois à prouver la persistance de Félément celtique dans notre pays. Son style est simple ; comme écrivain, Henri Martin est disciple de Thiers.
Edgard Quinet (1803-1875), professeur au Collège de France, très au courant des travaux allemands et italiens, publia en 1848 ses Révolutions d'Italie, en 1862 VHisloire de la campagne de 1815, en 1865 la Révolution, Ce dernier ouvrage, œuvre philosophique et symbolique, est celui qui donne le mieux Fidée de son esprit original et poétique, épris de généreuses théories, un peu exalté, toujours vibrant.
Louis Blanc (1812-1882), journaliste et homme politique, donna, de 1841 à 1846^ son Histoire de dix ans (contre la
T ^ 1 tttt'rature fran^athe
monarchie de Juillet), et fît paraître à Londres en 1862, dans l'exil, son ///tÇ/o/r^ de laRévolulion française. Louis Blanc est plutôt un pamphlétaire, pour le fond comme pour le style.
Gamille Rousset (18^21-1892), écrivit en 18G3 son Histoire de Loiivois, îui nommé historiographe du ministère de la Guerre, et publia des ouvrages d\me compétence toute spéciale sur les questions militaires, entre autres les Volontaires de 1791 à 1794 (1870) et VHistoire de la guerre de Crimée (1877).
Taine (1828-1893) est historien surtout par ses Origines de la France contemporaine. Cet ouvrage se compose de six volumes (éd. in-8) : 1. L'Ancien Régime (Taine y étudie la société, les mœurs, et fait une admirable analyse systématique de Vesprit classique). Les volumes II, III et IV sont consacrés à la Révolution (Assemblée Constituante, la Conquête jacobine). Dans cette partie, on trouve les portraits d'une énergie un peu absolue, mais digne de Saint-Simon : Danton, Marat, Robespierre. — Enfin les deux derniers volumes, le Régime moderney nous montrent à quoi la Révolution aboutit. Là, Taine fait le procès de Bonaparte, dont il trace aussi un portrait magnifique et discutable. — Très fortement documentée, passionnée à froid, toujours juste dans le détail mais discutable dans l'ensemble, cette œuvre est écrite avec une rare maîtrise. Jamais le style de Taine n'a été plus vigoureux ni plus varié.
Fustel de Coulanges (1830-1889), professeur à l'École normale et à la Sorbonne, est considéré comme le représentant le plus complet de l'esprit scientifique en histoire. La Cité antique (1864) lui donna une notoriété européenne. En 1874, il publia le premier volume de ses Institutions politiques de Vancienne France, ouvrage continué en 1888, et dont la fin ne parut qu'après sa mort, par les soins de ses élèves. Fustel de Coulanges a soutenu que Thistoire était une « science pure ». « Elle consiste, dit-il, à constater des faits, à les analyser, à les rapprocher, à en marquer le lien. H se peut, sans doute, qu'une certaine philosophie se dégage de cette histoire scientifique ; mais il faut qu'elle s'en dégage naturellement, d'elle-même, presque en dehors de la volonté de l'historien... » Il est le maître de toute /école historique actuelle. Sa vie fut celle d'un
îAllSTOiRË AU DIX-NEUVIÈME SIECLE 830
savant et d'un sage ; il n'est pas moins estimable pd^v son caractère que par ses travaux.
Renan (18^23-1892). — Par ses écrits d'exégèse religieuse, Renan a été amené à faire de l'histoire. Il a donné, de 1863 à 1885, VHisloire des origines du christianisme, en 8 volumes, (dont le 1^^ est la Vie de Jésus), et, de 1887 à 1891, VHiS' toire du peuple d'Israël, en 5 volumes. Renan connaît très bien les sources anciennes et modernes ; il sait l'hébreu et le syriaque; il a voyagé dans les pays qu'il décrit ; il apporte à l'interprétation des documents un esprit à la fois scientifique, tranquille, sensible, délicat, poétique. Son imagination et son scepticisme l'entraînent parfois a prendre pour des certitudes des hypothèses séduisantes et discutables. Le mélange de ces qualités contradictoires lui donne un charme étrange ; il se dégage de ses écrits une philosophie quelque peu troublante, et une impression de « naïveté savante » qui est unique au dix-neuvième siècle.
V. Duruy (181M894) est célèbre, comme ministre, pour les services éminents rendus à l'enseignement des lycées et des Facultés. Historien, Duruy a publié son ^^J^^J^f'^^ des Romains {'m^-m^), et son Histoire des Grecs (1887). Duruy joint, à une très profonde et très sûre érudition, un. style vif et aisé, d\ine sobriété énergique, souvent éloquent et ému.
A. Sorel (1842-1906) a publié de nombreux ouvrages d'histoire diplomatique, dont le plus remarquable est r Europe et la Révolution française (4 vol. 1885-1892). Il unit a une documentation minutieuse et scientifique, des idées générales qui le rattachent à l'école de Guizot et de Tocqueville, et un style d'une pureté classique.
BIBLIOGRAPHIE Les îexle§ des auteurs, cités à leur date.