‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 236 sur 281 · JOURNALISTES · texte numérisé non relu

JOURNALISTES

Sommaire : i*' Sous la Restauration, l'éloquence politique retrouve une liberté relative. Les principaux orateurs parlementaires sont : Villèle, très clair dans les discussions d'affaires ; Royer-Collard, chef des doctrinaires^ à la parole gra\ ^ et chaleureuse ; Benjamin Constant, libéral, au talent habile e\ souple t le général Foy% dont la parole est soutenue par une ardeite con- .viction libérale et patriotique ; Chateaubriand; etc. — Pail-Louis Coz/rfer écrit, dans un style- concis et attique, des p/împhitts très mordants.

2'* Sous Louis-Philippe : Casimir Périer apporte à la tribune beaucoup de fermeté et de loyauté; Gui^ot est méthodique, élevé; hautain ; Berryer est un avocat vibrant et enthousiaste ; Montalembert parle avec une ardeur qui n'exclut jamais l'élégance ; Thiers vaut par Pintelligence et la clarté ; Lamartine est poète jusque dans ses discours, mais ne manque pas de vues politiques,

3" De 1848 à nos jours: Victor Hugo a le style oratoire, mais un peu exagéré ; Jules Favre est mordant et précis ; Gambetta est un tribun doué d'une éloquence naturelle et passionnée.

4" Journalistes : Armand Carrel fonde, en i83o, le National. c'est un écrivain de race, qui traite sérieusement les questions politiques, et qu'une mort prématurée empêche de donner sa mesure; — Emile de Girardin fonde la Presse en i836: c'est le type du faiseur, « qui a une idée par jour » ; — Luuis Vcuillot est dans U'nivers, un polémiste violent, mais dont le style est aussi remarquable par sa correction que par sa vigueur.

I. — L'éloquence parlementaire et le pamphlet sous la Restauration.

La Restauration rendait à la France (1830 nous le fait trop oublier) une certaine liberté politique. Dès 1815, les débats parlementaires, étouffés sous l'Empire, prirent une ampleur et une vivacité inconnues depuis la Révolution. Parmi les très nombreux orateurs qui se distinguèrent entre 1815 et 1830, et qui égalèrent aussitôt la jeune tribune française à la tribune anglaise, nous citerons : du côté des royalistes, de Vjllèle, La Rourdonnaye, Laine, Martignac; du côté des libéraux de diverses nuances, Royer-Collard, Renjamin CoNS'iANT, Camille Jordan, de Serre, Manuel, le général Foy, etc. A pnrt. Chateaubriand, Caractérisons seulement les principaux.

Villèle (1773-1854). Député de Toulouse en 1815, le comte Joseph de Villèle devint ministre des Finances 'en 1821 et président du Conseil en 1822. 11 a surtout laissé la réputation d'un politicien trop absolu, sous l'administration duquel furent votées les plus discutables lois de la Restauration, et qui fit Fimpopulaire expédition d'Espagne. Mais il faut savoir aussi que Villèle est un orateur d'affaires de premier ordre. Soit comme député, soit comme ministre, il prononça des discours très serrés, très clairs, animés parfois de beaux mouvements (sur le budget de 1816, sur la guerre d'Espagne (1823), sur Tindemnité aux émigrés (1825), etc.) (1).

Martignac (1778-1832) fut député de Rordeaux, successeur de Villèle au ministère en 1828. Orateur élégant, mais vibrant, sorte de Girondin très aristocratique, Martignac se distingua surtout dans la discussion de la loi sur la presse, en juin 1828; le 7 août 1830, il fît entendre une généreuse protestation en faveur de Charles X, accusé « de férocité » (2).

(1) A. CiiABRiER, les Orateurs poliliquês, p. 468; J. Reinach, le Conciones français, p. 104.

(2) A. Ghabrier, p, 546; J. Reinach, p. 134,

T.A TJTTKRATURE FRANÇAISE

Royer-GoUard (1763-1845). — Il avait été, en 1797, membre du Conseil des Cinq-Cents; éminent professeur de philosophie à la Sorbonne, sous l'Empire. Élu député en 1815, il fut le plus redoutable adversaire du ministère Villèle. Il resta député jusqu'en ,1843. — En politique, Royer- Gollard est le chef des doctrinaires; son meilleur élève est Guizot. Il est légitimiste par principe, car il ne veut à aucun prix du gouvernement populaire; mais il s'oppose à toute souveraineté absolue ou aristocratique. Il représente le parti des « parlementaires », ou des « légistes » de l'ancien régime. — Ses discours, d'une méthode qui révèle le professeur, sont animés par une dialectique puissante fondée sur une généreuse conviction. Les plus remarquables sont consacrés : à V Inamovibilité de la magistratare (1815) et à la Liberté de la presse (1815, 1822 et 1827) (1).

Benjamin Constant (1767-1830). — Exilé sous l'Empire, Benjamin Constant revint en France avec la Restauration de 1814. Aux Cent Jours, il se rallia à Napoléon, et rédigea pour lui VActe additionnel. D'abord banni par Louis XVIII en 1815, il est rappelé Tannée suivante, est élu député, et se met dans l'opposition libérale constitutionnelle. C'était un orateur fin, délié, à la parole incisive et piquante, ne déclamant jamais. Il est difficile de signaler tel ou tel de ses discours; car il n'est pas une grande question politique, de 1817 à 1830, où il ne soit intervenu, et toujours d'une façon vigoureuse et précise. Citons, cependant, ses discours sur la loi électorale (1820), sur la cocarde tricolore (1821), et sa participation active aux discussions des lois sur k presse (1822-1827) (2).

De Serre (1776-1824) fut magistrat sous l'Empire, élu député du Haut-Rhin en 1815, président de la Chambre en 1817, ministre de la Justice en 1818 et en 1820. Royaliste modéré, constitutionnel, comme Decazes et Richelieu, il se distingua par son opposition judicieuse et souvent passionnée aux projets de lois du parti ultra. Sur les questions de finances (1816), de presse (1819), il prononça d'excellents

(Ij A. Chabrier, p. 416 à 533; J. Reinach, pp. 94. (2) A. Charrier, pp. 446, 460; J. Reinach, p. 109.

ÔRATEURS ET ECRIVAINS POLITIQUES. jOURNALÎSTES 84â

discours. Conlrairemerii à la plupart de ses collègues qui apportaient à la tribune leur discours écrit, de Serre improvisait; il débutait péniblement, mais s'échauffait peu à peu, et donnait l'impression d'une éloquence naturelle (1),

Manuel (1775-1827), libéral très ardent, est surtout célèbre pour son discours sur l'expédition d'Espagne (1823), qui lui valut d'être expulsé de la Chambre. Mais plus d'une fois, auparavant, il avait soulevé les colères de ses adversaires par l'énergie et la violence de son langage. Manuel est moins un orateur qu'un tribun (2).

Le ge'néral Foy (1775-1825). — Soldat sous l'Empire, élu député en 1819, le général Foy représente à la (Chambre cette forme de libéralisme qui en voulait à la Restauration de méconnaître les gloires de l'Empire, et qui, bientôt servi et exalté par les poètes comme Victor Hugo, prépara le second Empire. Le général Foy parlait d'une façon énergique, brillante et vibrante, non seulement sur les questions militaires, mais en toute circonstance. On peut citer ses discours sur la loi électorale (1817), sur Is cocarde tricolore (1821), sur V armée française^ à propos d'une loi par laquelle on voulait ôter leur pension aux soldats de l'Empire (1821), sur la guerre cT Espagne (1823), sur le milliard d'indemnité (1825). Il était un des orateurs les plus estimés de l'opinion publique pour son caractère comme pour son talent; on lui fit en 1825 des funérailles grandioses (3).

Chateaubriand (1768>-1848). — 11 y a deux parts à faire dans la vie politique de Chateaubriand. Pair de France, plénipotentiaire au Congrès de Vérone, ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Villèle, il soutient avec une hauteur sereine et dogmatique ses opinions. En juin 1824, il quitte le ministère, et, dès lors, il fait à Villèle et à ses successeurs une vive opposition. En 1830, il s'efforce de sauver la monarchie des Bourbons, en proposant d'accep-

(1) A. Chabrier, pp. 400, 404, 429; J. Reinach, p. 113.

(2) A. Charrier, pp. 457, 462, 490; J. Reinach, p. 122.

(3) A. Charrier, pp. 437, 459, 463, 482, 524; J. Reinach, p. 118 Lire, dans les Souvenirs contemporains, de Villemain (1, 387) l'article intitulé : Démosîhène et le Général Foy*

ter rabdication de Charles X, en faveur du duc de Bordeaux. Il prononce alors le plus beau de ses discours (1).

Paul-Louis Courier (1772-18^25). — Courier n'est pas un orateur, mais sa place est à côté de ceux qui contribuèrent par la parole à renverser la Restauration. Il avait d'abord été officier; mais il n'aimait pas le métier militaire, et ses lettres nous le montrent en Italie plus soucieux de fouiller les bibliothèques et les musées que d'acquérir la gloire par les armes. Il était, en effet, un érudit et un délicat. Helléniste passionné, il a traduit en un style archaïque, digne d'Amyot, la pastorale de Longus, Daphnis el Chloé. Démissionnaire en 1809, îl vit désormais dans sa propriété de Véretz, en Touraine, et il se fait, comme Déranger, l'adversaire irréductible du parti légitimiste. Ses plus célèbres pamphlets sont : Simple Discours de Paul-Louis, vigneron de la Chavonnière, aux membres de la commune de Vérelz, à l'occasion d'une souscription pour r acquisition de Chamhord (il s'agit de la souscription destinée à acheter le château de Ghambord pour le duc de Bordeaux) (1821), — Pétition pour des villageois qu'on empêche de danser (1822), — Pamphlet des pamphlets (1824). — Il écrit aussi des pamphlets littéraires : Lettre à M. Renouard, libraire, sur une tache faite à un manuscrit de Florence (1810) (Courier avait, sur un manuscrit de Longus, laissé tomber un peu d'encre; on l'accusa d'avoir voulu détériorer le passage, alors inédit, pour que personne après lui ne pût le lire), — Lettre à MM. de V Académie des inscriptions et belles-lettres (1819) (Courier s'était présenté, comme helléniste^ aux Inscriptions, et n'avait pas recueilli une voix. Il attribue cette exclusion à ses idées politiques). — Sa Correspondance (de 1787 à 1812) contient une foule de lettres piquantes, dont quelques-unes (la lettre sur la proclamation de l'Empire, — celle intitulée : Une Aventure en Calabre) sont justement célèbres. Toutes méritent d'être lues.

L'argumentation de P.-L. Courier, dans ses pamphlets, est serrée, vigoureuse, toujours spirituelle et toujours sophistique. Un peu trop travaillé, son style donne une

(1) A. CnALîniER, p. 547; J. Reixacii, p. 138.

impression unique de précision et de fermeté, de verve et de grâce; le rythme en est très curieux, et les vers blancs y abondent.

ÎI, — Sous la monarchie de Juillet.

De 4830 à 484-8, les plus célèbres orateurs parlementaires sont : LE DUC Victor de Broglie, Casimir Périer, GuizoT, Berryer, Montalemrert, Thiers, Mole, Rému- SAT, DuFAURE, LAMARTINE, ctc. Nous n'étudicrous que les plus remarquables.

N Le duc de Broglie (1785-1870) était le gendre de Mme de Staël. Il représenta, sous la Restauration, comme pair de France, le libéralisme monarchique. Mais il joua surtout un rôle sous Louis-Philippe; il fut alors ministre de Tlns- Iruction publique et des Affaires étrangères. Après l'attentat de Fieschi (juillet 1835), il demanda à la Chambre de voter les lois de septembre, qu'il expliqua et soutint dans plusieurs discours d'un grand style. Il intervint également d'une façon efficace dans les débats sur l'abolition de la traite des nègres. Député à l'Assemblée de 1848, il se retira de la vie politique après le coup d'État de 1851 (1).

Casimir Périer (1777-1832). — Successivement officier (1799) banquier, député en 1817, libéral sous la Restauration, Casimir Périer fut élu président de la Chambre après juillet 1830. Il prit, le 13 mars 1831, la présidence du Conseil, à la démission du cabinet Lafîtte, dans des circonstances particulièrement difficiles. Il s'agissait^ en effet, d'inaugurer une politique de résistance contre ceux qui prolongeaient la période de révolution à laquelle Louis- Philippe devait le trône, et qui disaient, avec Mauguin et Lafayette, que 1830 était Vauènement du peuple. Pendant un peu plus d'un an (jusqu'au 16 mai 1832, date à laquelle il fut emporté par le choléra), Casimir Périer soutint avec une rare fermeté de caractère, avec une simple et robuste éloquence, la mission dont il s'était chargé. Ses succes-

(1) Pellisson, les Orateurs politiques de la France de 1830 à nos jours^ p. 35; J. Reinagh, p. lid»

seurs, les Thiers, les Guizot, les Broglio n'eurent qu'à poursuivre son œuvre (4).

Guizot (1787-1874). — Nous avons déjà parlé de Guizot au chapitre des Historiens (2) . Sa carrière politique ne com= mence qu'en 1830; il est alors nommé député, et signe Vadresse des 221 contre les Ordonnances. Ministre de l'Instruction publique en 1830 et en 1832 (il fait voter la loi sur renseignement primaire), ambassadeur à Londres, ministre des Affaires étrangères de 1840 à 1848, il exerce une influence prépondérante sur la politique intérieure. Par son âpreté doctrinaire et sa résistance inflexible aux partis avancés, il prépare, tout en la retardant, la chute de la monarchie. Après 1848, il n'est pas réélu, et toujours convaincu qu'il a gouverné pour le mieux, il écrit en neuf volumes des Mémoires pour servir à Vhisîoire de son temps (4858-1868). Persuadé que le pouvoir doit appartenir à la classe moyenne, Guizot s'est efforcé de faire face aux adversaires de droite et de gauche. De là cette modération hautaine, cette attitude défensive, ces formules un peu banales et solennelles, qui caractérisent extérieurement son éloquence. Mais cette éloquence, en son fond, est belle et solide, surtout parce que Guizot a des idées générales qu'il appuie sur l'histoire, parce qu'il n'est pas un politicien d'occasion, un avocat que l'ambition et un tempérament combatif ont jeté dans la politique. Qu'on lise ses discours sur V hérédité de la pairie (1831), sur V enseignement primaire (1833), sur la question de la régence (4842), sur la réforme électorale (1847), et que l'on compare ses arguments à ceux de Thiers ou d'Odilon Barrot, on sentira que ce parlementaire est à la fois un philosophe et un historien, et que, quel qu'ait été le résultat de sa politique, il fait le plus grand honneur à notre pays (3)>

Berryer (1790-1868), fils d'avocat, entra lui-même aubarreau, et défendit, sous la Restauration, les généraux Ney et Cambronne. Député en 1830, il fut un des chefs

(1) Pellisson, p. 1; J. Reinacii, p. lU.

(2) Cf. p. 830.

(3) Pellisson, pp. 17,28,52, 134, 170, 182; J. Reinacii, p. 159.

ORATFJJRS ET l'CRTVATNf^. POTJTTOUES. JOUnNAT.ISTE.S 847

de l'opposition dynastique sous le gouvernement de Juil- \eX. Légitimiste loyal et convaincu, il obtint toujours le respect et l'admiration de ses adversaires. Il abandonna la politique après 1851, y rentra en 1863 ; et, comme député au Corps législatif, il combattit le second Empire. Avec son généreux talent, sa voix superbe, son geste énermque, ses beaux et pathétiques mouvements, Berryer reste plutôt un avocat qu'un orateur parlementaire. Mais on lit encore avec intérêt ses discours sur Vhérédite de la pairie (1831), contre la disjonction (1837), contre le ministère Molé (1839), sur la question d'Orient (4840), sur la revision de la Consliîulion (1854). La flamme n'en est pas encore tout à fait refroidie (1).

Montalembert (4810-4870). — Collaborateur de V Avenir en 4834, Montalembert se posa dès cette époque en champion de la liberté de l'enseignement. Il ouvrit une école le 9 mai 4831, sans l'autorisation de l'Université (qui possédait alors le monopole). Cette école fut fermée au nom de la loi, et Montalembert fut traduit en police correctionnelle avec ses deux complices, Lacordaire et de Coux. Le père de Montalembert étant mort sur ces entrefaites, son fils lui succéda à la pairie, encore héréditaire ; et c^est comme pair de France, devant la Haute-Cour, que le jeune accusé eut à répondre de son délit. Ce premier discours (publié en 4844) révèle un admirable tempérament oratoire. Après s'être séparé de Lamennais, Montalembert devint, à la Chambre des pairs, de 1835 à 4848, le chef du parti catholique libéral. Il intervint dans toutes les grandes questions politiques et sociales, protesta contre 5'asservissement de la Pologne et contre l'oppression de rirlande, et surtout il lutta pour obtenir la liberté de renseignement (1844). Montalembert siégea à l'Assemblée nationale de 1848 et au Corps législatif du second Empire, de 4852 à 4857. Il était vraiment né orateur ; il avait, comme Lamartine, une abondance élégante et un peu fluide, et, comme Berryer, du feu et de l'enthousiasme; plus de naturel qu'aucun d'entre eux (2).

(1) Pellïsson, pp. 24, 66, 99 ; J. Reinach, p. 197.

(2) PELLISS0N,P. ; J. Reinach, p. 249.

LA UTTÉRATURE FRA.N'ÇAISE

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du retour des cendres de iv '/^^^ de fer 1849

1-tes et souvent p/ophe^^,';; s^ ? ;,f^^^-'-^^ -es so'nt (i) Cf. p. 8.S2. «es Idées d'un style

(2J Pellfsson, pp. 78, o;?, 120, el. • ,

' • "^'i j J. Kein.\cii, p. 170.

simple et harmonieux, qui paraît d'ordinaire un peu diffus à la lecture, mais qui parfois aussi abonde en formules con^ cises et ingénieuses. Son improvisation aupeuple,à l'HcDlel de Ville, sur le drapeau tricolore et le drapeau rouge (1849) est belle comme un fragment de Démosthène ou des Gracques (1).

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